EMMANUELLE 2: L'ANTIVIERGE
Titre: Emmanuelle: L'antivierge / Emmanuelle 2
Réalisateur: Francis Giacobetti
Interprètes: Sylvia Kristel

 

Umberto Orsini
Frédéric Lagache
Catherine Rivet
Tom Clark
Laura Gemser
Eva Hamel
Année: Erotique
Genre: 1975
Pays: France
Editeur  
Critique:

Suite au succès colossal du premier épisode, une séquelle apparaissait d’emblée comme une évidence, d’autant que le cinéma érotique et pornographique atteignait, au milieu des années ’70, les sommets de sa popularité. Tourné en 1975, le film ne sortit pourtant en France qu’en janvier 1978, après avoir connu deux années de purgatoire consécutives à un classement X inexplicable et injustifié. Le résultat, sans posséder l’aura « mythique » du premier EMMANUELLE, n’en demeure pas moins, globalement, plus satisfaisant et convaincant et embrasse davantage sa dimension purement érotique.

Débarrassé de la pseudo philosophie libertine et « post-soixante-huitarde baba-cool » du premier opus, le cinéaste italien Francis Giacobetti (qui, ensuite, disparaitra entièrement des écrans) se concentre sur l’essentiel, à savoir une suite de saynètes érotiques plaisantes et agréables à l’œil tant les interprètes féminines sont charmantes et naturelles.

Après deux mois de séparation forcée, Emmanuelle (toujours Sylvia Kristell bien sûr) rejoint son mari, Jean (cette fois joué par Umberto Orsini qui reprendra le rôle dans GOODBYE EMMANUELLE), à Hong Kong. Dès la traversée, la jeune femme, forcée de dormir à fond de cale en compagnie d’une vingtaine de passagères, s’abandonne joyeusement aux étreintes féminines. Arrivée à Hong-Kong, Emmanuelle découvre que son mari héberge un pilote, trafiquant sur les bords, Christopher, qui ne semble pas insensible à ses charmes. Jean entretient aussi une relation avec une certaine Laura mais Emmanuelle n’en est guère jalouse : après tout, elle forme un couple très libre, d’autant qu’elle jette, pour sa part, son dévolu sur la virginale Anna Maria, âgée de 18 ans. Emmanuelle va s’employer à la « pervertir » et lui faire découvrir les joies du sexe, d’abord en sa compagnie même si son idée est de l’offrir en « cadeau » à son époux lors de leur voyage à Bali.

Simple prétexte à de nombreuses scènes osées (mais pas trop, le spectacle restant essentiellement « grand public »), l’intrigue d’EMMANUELLE 2 apparait comme une tranche de vie n’ayant ni début ni fin. Le long-métrage débute ainsi rapidement par le voyage de l’héroïne vers Hong Kong et n’apporte, au final, aucune conclusion à son scénario, lequel s’achève de manière ouverte et insatisfaisante. Par contre les actrices, elles, seront largement ouvertes mais satisfaite, ce qui est sans doute l’essentiel.

Le réalisateur, de son côté, s’applique à proposer une vignette sensuelle à intervalles réguliers : duo, trio, viol, intermèdes lesbiens, caresses, massages,…Toutes les possibilités érotiques « soft » sont évoquées par le long-métrage qui bénéficie, bien sûr, d’une jolie photographie et d’une mise en scène soignée, moins portée sur les clichés exotiques et la sexualité « papier glacé » que son prédécesseur.

La bande originale, signée Francis Lai, se montre également plus appropriée à l’ambiance et se révèle moins kitsch (mais aussi, avouons-le, moins mémorable) que celle composée par Pierre Bachelet. On n’échappe pas, cependant, à la chanson « romantique » du générique, « L’amour d’aimer », cette fois chantée par Sylvie Kristell elle-même.

Les passages sexy, plus nombreux et plus intenses que dans le premier épisode, développent pour leur part une approche « à l’italienne » de l’érotisme : plus moite et plus graphique, qui aboutira aux imitations en provenance de la Péninsule mettant en vedette Laura Gemser. Cette dernière apparait d’ailleurs brièvement dans la meilleure scène du film, une longue séquence de séduction dans un salon de massage. Les autres passages chauds comprennent, entre autres, un viol lesbien, un dessin animé hardcore visionné par une Emmanuelle émoustillée et besognée par un inconnu, un voyage dans un bordel, etc.

Rien de vraiment osé (le film reste purement softcore) mais Francis Giacobetti démontre une envie manifeste de pousser plus loin les situations coquines, ne serait-ce que par cette sous-intrigue, finalement peu exploitée, de « perversion de l’innocence », symbolisée par la très jeune Anna Maria, tombée entre les mains expertes d’Emmanuelle.

Plus rythmé et honnête que le premier film, dont le derniers tiers s’avérait interminable, EMMANUELLE 2 ne cherche pas à intellectualiser le propos ou à noyer le poisson dans de pénibles dialogues philosophiques ou cyniques. Il se contente d’offrir au spectateur une bonne dose d’érotisme soft et d’exotisme de carte postale, avec une certaine classe et un charme indéniable pour les inconditionnels du softcore.

L’ensemble, anodin, se regarde toutefois sans le moindre déplaisir et, contrairement au premier EMMANUELLE, sans le moindre ennui. Ce n’est déjà pas si mal même si nous sommes loin des plus grandes réussites de l’époque comme, par exemple, LA BETE, STORY OF JOANNA ou JE SUIS A PRENDRE.

 

Fred Pizzoferrato - Février 2015