EMMANUELLE IV
Titre: Emmanuelle IV
Réalisateur: Francis Leroi (& Iris Letans)
Interprètes: Mia Nygren

 

Sylvia Kristel
Patrick Bauchau
Deborah Power
Marilyn Jess
Sophie Berger
Fabrice Luchini
Année: 1983
Genre: Erotique
Pays: France
Editeur  
Critique:

Le soporifique GOODBYE EMMANUELLE étant supposé clôturer la très rentable saga, il fallut attendre sept ans pour voir débarquer dans les salles un nouvel opus. Le producteur Alain Siritzky ne souhaitant pas voir disparaitre une telle manne financière, il confie la réalisation de ce quatrième épisode officiel à Francis Leroi, fameux pornocrate responsable de quelques classiques du X français comme le splendide JE SUIS A PRENDRE.

Cependant, la série « Emmanuelle » entrant dans les années ’80, il fallait davantage de piment pour contenter le spectateur et Siritzky joua sur deux tableaux : un tournage en 3D (alors en vogue !) pour la sortie cinéma et des scènes hardcore additionnelles pour l’exploitation vidéo. Le scénario, pour sa part, vira rapidement au n’importe quoi assumé.

La belle trentenaire Sylvia (Sylvia Kristel dans son « propre rôle ») ne peut oublier son amant, Marc. Pour tenter de s’en détacher, elle part pour le Brésil et confie son corps à un chirurgien esthétique renommé qui la transforme en Emmanuelle (Mya Nigren, Suédoise de 22 ans qui retournera ensuite à l’anonymat), une moderne « déesse de l’amour ». La nouvelle Emmanuelle embarque dès lors dans un périple érotique et philosophique émaillé de nombreuses rencontres sensuelles.

Débutant de manière complètement ridicule (mais amusante) par une opération de chirurgie plastique complète, EMMANUELLE IV permet à Sylvia Kristel de quitter (provisoirement) la série pour laisser place à la très belle mais totalement inexpressive Mya Nigren. Le reste de l’intrigue reste dans le même ton : du n’importe quoi assumé à la cohérence douteuse plombé par une voix-off continuelle déblatérant d’imbitable (hum !) commentaires libertaires / post-soixante-huitard pseudo philosophiques. Le film tente, bien sûr, de se rattacher à la tradition de la saga et de retrouver l’esprit du premier hédoniste volet, sorti dix ans auparavant, mais rien n’y fait et l’ensemble ne décolle jamais.

Pourtant, en dépit de ses faiblesses criantes, EMMANUELLE IV se montre plus divertissant que l’insipide GOODBYE EMMANUELLE. Quoique restreint dans son imagination érotique, Francis Leroi manie agréablement sa caméra et compose quelques saynètes sexy agréables à l’œil. Un accouplement frénétique dans la boue, la présence d’un serpent ondoyant sur un corps féminin trempé de sueur, une séance de domination qui se termine par l’introduction d’une cravache entre les cuisses d’une demoiselle,…

EMMANUELLE IV se rapproche du second épisode et épice davantage un plat cependant assez fade : les passages chauds ne durent qu’une poignée de secondes (exceptés dans la version X) et se révèlent trop brefs pour être efficaces. De son côté, le montage haché donne souvent l’impression d’une suite de sketches disparates à peine reliés par une intrigue prétexte et ridicule mais EMMANUELLE IV possède, au moins, un rythme soutenu qui évite de s’ennuyer.

L’exotisme, aussi important que l’érotisme dans cette franchise, est, lui, toujours de la partie avec de nombreuses scènes situées en Amérique du Sud qui transforment l’entreprise en une sorte de films d’aventures pour adultes. Les cinéphiles guetteront, pour leur part, l’apparition d’un jeune Fabrice Luchini (lequel avait déjà tâté du cinéma érotique via le nettement plus réussi CONTES IMMORAUX) dans un rôle de magicien hypnotiseur.

Alain Siritzky, par la suite, produisit les cinquième, sixième et septième volets cinématographiques officiels de la saga avant de la transposer sur les petits écrans. En 1993, sept téléfilms sont lancés dans lesquels Marcella Walerstein et Sylvia Kristell se partagent le rôle d’Emmanuelle, l’une « jeune » et l’autre « âgée ». Au milieu des années ’90, Siritzky lance huit téléfilms qui débutent par EMMANUELLE QUEEN OF THE GALAXY et confie le rôle-titre à la débutante Kirsta Allen. Au début du XXIème siècle, la porn star Holly Sampson hérite du rôle pour huit nouveaux films destinés à la vidéo et regroupés sous le titre générique de EMMANUELLE 2000. L’Emmanuelle suivante est Ludmilla Ferraz (dont ce sera l’unique contribution au septième art) dans le complètement oublié EMMANUELLE IN RIO. La top-modèle Natasja Vermeer sera, au milieu des années 2000, la nouvelle incarnation du personnage à l’occasion d’EMMANUELLE TANGO et de quatre téléfilms intitulés EMMANUELLE : LA COLLECTION PRIVEE. Enfin, en 2001, Allie Haze devient à son tour Emmanuelle pour une nouvelle série réalisée par Rolfe Kanefsky et dénommée EMMANUELLE TROUGH TIME.

Quatrième relecture d’une même histoire, EMMANUELLE IV reste fidèle aux fondamentaux de la saga érotico-exotique initiée par Emmanuelle Arsan : des décors enchanteurs, des scènes sexy soft, une philosophie libertine plus ridicule que passionnante, des actrices superbes au corps fréquemment dévoilé et une bande originale à la fois kitsch et mémorable. Pas de quoi se relever la nuit mais l’assurance d’un divertissement plaisant dans les limites de ses modestes ambitions.

 

Fred Pizzoferrato - Février 2015