EMMANUELLE 6
Titre: Emmanuelle 6
Réalisateur: Bruno Zincone & Jean Rollin
Interprètes: Natalie Uher

 

Jean-René Gossart
Thomas Obermuller
Gustavo Rodríguez
François Guerrar
Luis Carlos Mendes
Tamira
Année: 1988
Genre: Erotique
Pays: France
Editeur  
Critique:

Après le fiasco de l’épisode précédent, cet EMMANUELLE 6 se devait de redresser la barre…si le résultat s’élève un peu au-dessus du chapitre 5, nous sommes néanmoins loin d’une grande réussite. Pourtant, le scénario a été confié à Jean Rollin, grand amateur d’érotisme et de littérature populaire qui tente d’emmener la franchise sur les terres des romans « pulp » débridés en plaçant quelques références à la traite des Blanches et à la piraterie. En vain, hélas.

Bruno Zincone, coupable trois ans plus tôt d’une adaptation de la bande dessinée « Gros dégueulasse » de Reiser, entame le tournage mais lâche l’affaire après six semaines difficiles. Seules quarante-cinq minutes de métrage sont, à ce moment, utilisables et Rollin, non crédité au générique, le termine après avoir retouché le scénario.

Par un tour de passe-passe finalement typique de la littérature populaire, Emmanuelle a perdu la mémoire. Prise en main par un spécialiste parisien, la jeune femme tente de se souvenir de ses aventures sensuelles, ce qui permet d’accepter la construction très relâchée du récit, lequel passe d’une vignette à une autre sans grand souci de cohérence. En gros, Emmanuelle et une poignée de mannequins effectuent une croisière avant d’être capturées, au large de l’Amérique du Sud, par de modernes pirates qui désirent les envoyer dans un réseau de traite des Blanches après les avoir délestées de leurs bijoux. Diverses rencontres surviennent, propices à autant de vignettes érotiques très BCBG.

Après deux apparitions dans des productions allemandes tournées en Espagne, Nathalie Uher, playmate pour le Playboy germain de septembre 1984, est choisie pour camper, à tout juste 20 ans, l’héroïne d’Emmanuelle Arsan. Malheureusement, son physique avenant ne peut compenser son manque d’expérience et son jeu limité, lequel s’accorde avec le reste de la distribution, uniformément mauvaise, en particulier Jean-René Gossart (vu dans P.R.O.F.S.) que l’on n’hésitera pas à qualifier, ici, de calamiteux.

L’intrigue, sans grand intérêt, peine pour sa part à maintenir l’attention et n’a guère à proposer qu’une suite de séquences sexy d’ailleurs plutôt timorées même si la version française comprend une dizaine de minutes porno additionnelles assez mal intégrées et tout à fait dispensables. Le final, à l’instar de celui d’EMMANUELLE 5, emmène le long-métrage vers le récit d’aventures et offre quelques prudentes scènes d’action sans parvenir à tirer le spectateur de sa torpeur.

Languissant, mal rythmé, longuet (en dépit d’une durée restreinte à 80 minutes), ce mélange d’aventures, d’exotisme et d’érotisme ne possède comme seuls et maigres atouts qu’une agréable photographie, l’anatomie fréquemment révélées de ses starlettes et quelques décors paradisiaques. Bien peu pour justifier la vision de ce produit de série routinier au possible qui oublie toute la portée pseudo libertine et la philosophie hédoniste des trois premiers épisodes pour se complaire dans un softcore anodin qui transforme Emmanuelle en une héroïne sans personnalité passant d’un partenaire à l’autre sans jamais parvenir à intéresser le public.

Un beau ratage.

 

Fred Pizzoferrato - Février 2015