EMMANUELLE 7: EMMANUELLE AU 7ème CIEL
Titre: Emmanuelle 7
Réalisateur: Francis Leroi
Interprètes: Sylvia Kristel

 

Caroline Laurence
Annie Bellac
Carolyn Monroe
Cynthia Van Damme
Roberto Malone
 
Année: 1993
Genre: Erotisme / science-fiction
Pays: France
Editeur
Critique:

En 1974, EMMANUELLE, l’adaptation du roman autobiographique d’Emmanuelle Arsan par Just Jaekin avec Sylvia Kristell dans le rôle titulaire, fut un succès sans précédent, devenant numéro 1 du box-office et réalisant près de neuf millions d’entrées en France (et plus de cinquante millions dans le monde). Inespéré pour une production sympathique mais anodine, d’ailleurs plus exotique qu’érotique.

Plus réussi, EMMANUELLE 2 subit les foudres de la censure: classé X il ne sortira qu’en 1978 et ne pourra réunir que deux millions de spectateurs. Un piteux troisième volet, censé boucler la saga (GOODBYE EMMANUELLE), arrive sur les écrans en juin 1978, cinq mois à peine après le précédent. La formule lasse d’autant que, pour éviter la censure, l’érotisme est quasi absent et le public doit se raccrocher à quelques détails (les paysages ensoleillés, la chanson titre de Gainsbourg) pour éviter l’assoupissement.

En 1984, Sylvia Kristell passe le relais, en début de bobine, à la jeune Mia Nygren pour un EMMANUELLE 4 plus plaisant. Tourné en version soft et hard par le vétéran du porno chic Francis Leroi (l’excellent JE SUIS A PRENDRE avec Brigitte Lahaie et le non moins réussi REVES DE CUIR avec Zara White), le film approche des 1 300 000 entrées en France. Un score suffisant pour générer un cinquième film, désastreux, confié au spécialiste de l’érotisme classieux Walerian Borowczyk (INTERIEUR D’UN COUVENT). Incompréhensible et soporifique, le film attire cependant 400 000 couillons dans les salles françaises. Après un médiocre EMMANUELLE 6 coréalisé par Bruno Zincone et Jean Rollin en 1988 la franchise entre en demi-sommeil.

Toutefois, le producteur Alain Siritzky ne se résigne pas à laisser tomber la belle et lance, en 1993, une série télévisée (réalisée par Francis Leroi) avec Marcella Walerstein, George Lazenby et Sylvia Kristell en guise de caution. Après sept épisodes, une nouvelle série, américaine celle-là, met en scène Krista Allen pour sept nouvelles aventures. A la même époque, le dernier long-métrage cinématographique officiel de la saga, EMMANUELLE AU 7ème CIEL débarque dans une seule salle parisienne. Les temps ont changé et le succès d’antan s’est envolé, quoique cet ultime opus s’avère finalement divertissant et moins raté qu’on a pu le dire et le lire. Pour moderniser le propos, Emmanuelle devient, cette fois, maîtresse de cérémonie d’une société spécialisée dans le sexe virtuel et, par la réalité artificielle, elle tente de faire surmonter à une de ses anciennes camarades de classe un traumatisme adolescent ayant impacté sa vie sexuelle adulte.

Rien de bien neuf dans cet opus heureusement très court qui s’apparente à une suite de vignettes gentiment sexy sans guère de lien entre elles (le principe repris par la série télé) dans lesquelles Sylvia Kristell se contente de présenter les différents « sketches » et garde ses vêtements, laissant le soin à Annie Bellac (dans son seul rôle répertorié) de camper sa version « jeune et entreprenante ». Outre Sylvia Kristell, le film (qui s’apparente à une célébration – hélas bien pauvre - des 20 ans de la saga) convie Caroline Laurence, déjà présente dans les deuxième et troisième volets (à chaque fois dans un rôle différent). A leurs côtés la porn star américaine Caroline Monroe joue, une fois de plus, les pseudo-Marylin dans une séquence référentielle fantasmatique et l’étalon italien Roberto Malone s’invite pour une petite scène chaude.

Tout cela est sympathique, joyeusement kitsch, assorti d’une morale prévisible (la réalité sera toujours préférable au virtuel) et se termine par une scène de science-fiction assez déjantée et amusante dont les effets spéciaux ringards renforcent paradoxalement le charme auprès des plus réceptif.

Si tout ça n’est évidemment pas terrible (on navigue dans les eaux bien proprettes d’un softcore télévisuel de seconde partie de soirée), EMMANUELLE 7 marque néanmoins léger sursaut qualitatif par rapport aux deux précédents épisodes et se regarde sans déplaisir quoique sans passion pour les inconditionnels de ce mythe incontournable de l’érotisme gentillet.

Fred Pizzoferrato - Novembre 2015