L'EMPIRE DES FOURMIS GEANTES
Titre: Empire of the Ants
Réalisateur: Bert I. Gordon
Interprètes: Joan Collins

 

Robert Lansing
John David Carson
Albert Salmi
Jacqueline Scott
Pamela Susan Shoop
Robert Pine
Année: 1977
Genre: Horreur / Science-fiction / Film catastrophe
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Ayant déjà adapté à deux reprises H.G. Wells, Bert I. Gordon (surnommé Mr Big vu son amour immodéré – oserait on dire freudien ? - du gigantisme) a probablement fait sienne la fameuse maxime populaire « jamais deux sans trois » en proposant, douze ans après VILLAGE OF THE GIANTS et un an à peine après SOUDAIN LES MONSTRES un troisième métrage similaire, cet EMPIRE DES FOURMIS GEANTES reprenant, dans les grandes lignes, la trame du précédent. La petite ville menacée par des insectes rendus monstrueux par des radiations nucléaires donna lieu à plusieurs réussites de la science-fiction horrifiques suite au succès du fameux DES MONSTRES ATTAQUENT LA VILLE et Gordon n’innove guère sur ce thème balisé même si le derniers tiers du métrage se montre plus intéressant et original.

Deux promoteurs immobiliers, Marylin Friers (Joan Collins, qui apparut dans quelques séries B horrifiques avant de trouver la célébrité via « Dynastie ») et son compagnon Charlie Pearson (Edward Power) souhaitent transformer une île marécageuse floridienne en un petit paradis touristique. Ils rassemblent un groupe d’acheteurs potentiels que le pilote de bateau Dan Stokely (Robert Lansing) conduit vers leur futur Eden. Malheureusement des scientifiques négligents ont balancés dans les eaux locales des produits radioactifs ayant entraînés la mutation accélérée d’une colonie de fourmis, devenues géantes et agressives. A peine arrivés, Friers, Pearson et les futurs investisseurs sont attaqués par les insectes géants et, en tentant de les repousser, Stokely détruit accidentellement son bateau, laissant les survivants piégés sur l’île. Une course contre la montre s’engage pour échapper aux fourmis géantes…

Dans la droite ligne de SOUDAIN LES MONSTRES, Bert I. Gordon livre une quasi photocopie de son précédent film en remplaçant les rats géants par des fourmis, géantes elles aussi. On retrouve hélas dans cet EMPIRE DES FOURMIS GEANTES les mêmes défauts que dans SOUDAIN LES MONSTRES, à commencer par des acteurs peu concernés et presque toujours inexpressifs, adoptant une attitude impassible devant les morts de leurs amis. Les protagonistes réagissent, en outre, de manière peu vraisemblable, pour ne pas dire aberrantes aux événements vécus, à l’image de ce couple de retraités décidant inexplicablement de se séparer du groupe (« viens, allons par là ») et subissant, forcément, un sort funeste.

Les dialogues, pour leur part, sont souvent affligeants de banalités, purement descriptifs et redondants ou inutilement sensationnalistes (on ne compte plus les personnages s’exclamant « c’est horrible ! ») quand ils ne versent pas dans les clichés éculés et le comique involontaires (« c’est calme…c’est trop calme »).

Heureusement, le rythme se montre plutôt soutenu, permettant au spectateur de ne pas trop s’ennuyer à condition d’accepter les nombreuses facilités du script. Les premières attaques surviennent au bout d’environ vingt-cinq minutes et, par la suite, le métrage ne perd guère de temps en multipliant les morts violentes, bien qu’essentiellement suggérées.

Comme souvent dans ce genre de productions à portées « écologiques », le cinéaste glisse quelques considérations alarmistes et laisse entendre que la victoire de l’Homme sera de toutes manières seulement provisoire et que, un jour ou l’autre, la Nature aura le dessus. Au niveau des effets spéciaux, Bert I. Gordon tente de donner le change en alternant les plans de véritables fourmis, rendues gigantesques par des trucages optiques et de très visibles incrustations, et de grotesques maquettes en plastique à peine animées.

Dommage que L’EMPIRE DES FOURMIS GEANTES ne parvienne jamais à rendre les insectes réellement menaçants, les protagonistes passant une grande partie du temps de projection à fuir devant des fourmis supposées redoutables mais surtout ridicules. Lors des scènes d’attaques, Gordon recourt, en effet, à des marionnettes nullement convaincantes contre lesquelles les héros se battent mollement, permettant de brefs effets gore.

Si la première heure de L’EMPIRE DES FOURMIS GEANTES se contente de rejouer SOUDAIN LES MONSTRES, la dernière demi-heure se montre toutefois plus originale. Bert I. Gordon imagine un twist réussi s’inspirant, cette fois, des classiques de la science-fiction paranoïaque et en particulier de L’INVASION DES PROFANATEURS DE SEPULTURE. Sans être très convaincant, car un peu précipité et insuffisamment développé, ce final paranoïaque s’avère toutefois plus intéressant que ce qui précède. La perspective de voir les fourmis dominer le monde en soumettant l’humanité à leur volonté se révèle, au final, plus angoissante que les attaques bestiales vues au début du film.

Sans être une grande réussite, loin de là, L’EMPIRE DES FOURMIS GEANTES reste une petite série B divertissante et suffisamment rythmée pour mériter une vision à condition de se montrer indulgent vis-à-vis des trucages franchement ratés et d’une narration très prévisible durant la première partie du métrage.

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2011