ENIGMA ROSSO [TRAUMA]
Titre: Enigma Rosso / Red Rings of Fear
Réalisateur: Alberto Negrin
Interprètes: Fabio Testi

 

Christine Kaufmann
Ivan Desny
Jack Taylor
Fausta Avelli
Carolin Ohrner
Silvia Aguilar
Année: 1978
Genre: Giallo
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

Au début des années ’70, alors que le giallo atteint le sommet de sa popularité, Massimo Dallamano entame une trilogie thématique située dans le cadre d’écoles pour jeunes filles. Un premier film, le bien connu et excellent MAIS QU’AVEZ-VOUS FAIT A SOLANGE ? sort en 1972 suivi, en 1974, par LA LAME INFERNALE. Dallamano souhaite boucler sa saga avec ENIGMA ROSSO mais sa mort accidentelle en 1976 en décide autrement.

Cependant, le projet voit finalement le jour en 1978 sous la direction d’Alberto Negrin, metteur en scène prolifique pour la télévision dont ce sera l’unique incursion cinématographique. Hélas, le passé de Negrin au petit écran se fait cruellement sentir tant ENIGMA ROSSO souffre d’une réalisation plate dénuée de la moindre personnalité, incapable de transcender un scénario quelconque et confus.

Cette intrigue, complexe mais peu passionnante, a pourtant nécessité la participation de six scénaristes, ce qui explique probablement son manque de cohérence. Une jeune fille de bonne famille, Angela, est retrouvée assassinée et sexuellement mutilée au bord d’une rivière. L’inspecteur Gianni Di Salvo se voit chargé de l’enquête et commence ses investigations dans l’école pour demoiselles que fréquentait Angela. Très vite, il s’intéresse à un trio de copines « libérées » (Franca, Paola et Virginia) qui se surnomment « les inséparables ». De nouveaux meurtres surviennent et Di Salvo soupçonne que les innocentes demoiselles ne le sont pas tant que ça, ce que confirme la petite sœur d’Angela…

La découverte d’un journal intime couvert de dessins d’un chat mène Di Salvo sur la piste de l’assassin, lequel élimine méthodiquement tous les témoins. Bientôt, l’inspecteur révèle l’existence d’un réseau de prostitution d’étudiantes impliquant des personnalités respectables. Le commissaire, pour sa part, tente d’étouffer le scandale menaçant d’éclater et l’assassin poursuit ses méfaits...

Classique, ENIGMA ROSSO déroule un scénario dont les trop nombreuses fausses pistes finissent par saturer le spectateur, amenant un désintérêt au lieu du suspense attendu. Le derniers tiers du métrage se montre ainsi particulièrement confus et l’identité du tueur s’avère à la fois risible et prévisible pour les familiers du genre, lesquels connaissent le principe du « plus innocent est forcément coupable ». Pour conférer au film un certain rythme, Alberto Negrim en réduit la durée au maximum mais accentue l’impression de précipitation lors de la résolution – plutôt obscure - de l’énigme.

Même si ENIGMA ROSSO ne dure que 80 minutes, son rythme semble en outre déficient, la très banale enquête policière prenant le pas sur les éléments fondamentaux du giallo, à savoir l’érotisme et la violence. Au niveau sexy, Negrim se permet cependant de nombreux plans de nudité féminine en full frontal et détaille sans pudeur les adolescentes changeant de vêtements ou prenant leur douche. L’aspect horrifique, lui, manque cruellement de mordant et les meurtres, parfois originaux (des billes font chuter une victime dans les escaliers !), sont trop platement mis en scène pour fonctionner vraiment. Reste un crime sadique commis à l’aide d’un godemichet brutalement enfoncé dans le vagin d’une étudiante, un modus operandi que l’on retrouve dans d’autres gialli et en particulier dans THE SISTER OF URSULA. La toute dernière scène s’avère, elle, franchement ratée et un peu « douteuse » idéologiquement, l’inspecteur agissant de manière aberrante et en contradiction avec sa détermination précédente.

ENIGMA ROSSO recourt parfois à l’humour, sans beaucoup de finesse mais de manière originale comme lorsque le détective emmène un suspect sur une montagne russe pour le contraindre à avouer. Les méthodes utilisées par le policier laissent d’ailleurs songeur et se révèlent peu crédibles ou réalistes. Nonchalant, il se laisse aller à des crises de colère pas vraiment professionnelles, surgissant en pleine nuit pour réveiller les enseignants de l’école où ont été commis les meurtres, donnant des détails sordides sur les crimes ou brutalisant un suspect pour recueillir ses aveux. Un comportement trahissant surtout son incompétence (il résout l’énigme en utilisant davantage la chance que la déduction) tandis que son amorce de romance avec une belle kleptomane tourne court. En dépit de son charisme, Fabio Testi (MAIS QU’AVEZ-VOUS FAIT A SOLANGE ?, QUATRE DE L’APOCALYPSE,…) ne convainc pas réellement dans ce rôle, il est vrai assez schématique et mal écrit.

A ses côtés, Christine Kaufman (BAGDAD CAFE, le MURDER IN THE RUE MORGUE de Gordon Hessler) s’octroie le personnage totalement inutile et non développé de la petite amie kleptomane du policier. A mi film, la jeune femme disparaît d’ailleurs de l’histoire (« quand tu rentreras, je ne serais plus là ») dans l’indifférence générale. Jack Taylor (de nombreux Jess Franco mais également des apparitions dans les plus prestigieux LA NEUVIEME PORTE et CONAN LE BARBARE) complète une distribution plus professionnelle qu’impliquée, les interprètes se montrant compétents et fonctionnels sans chercher à conférer la moindre épaisseur à des protagonistes hâtivement brossés. Les jeunes filles fréquentant l’école sont, pour leur part, jeunes et jolies mais il est difficile de s’intéresser à leur existence et elles-mêmes paraissent relativement indifférentes aux événements tragiques survenant dans leur entourage. Encore une fois, les faiblesses du script transparaissent dans cette caractérisation minimaliste.

Si Negrim convie quelques tics du giallo (des gros plans sur un œil occupant entièrement l’écran, l’usage de la caméra subjective, la nudité complaisante,…), sa mise en scène reste malheureusement trop sobre et télévisuelle pour emporter le morceau. Dans l’ensemble, ENIGMA ROSSO s’apparente à un épisode de série policière plus audacieux que la moyenne, une impression encore accentuée par un « body count » assez faible qui ne joue guère en faveur du film. De son côté le compositeur Riz Ortolani se soumet au dictat de la fin des seventies et propose une bande originale funky assez inappropriée mais néanmoins agréable.

En résumé, ENIGMA ROSSO constitue un giallo ni très original ni très mémorable, que l’on peut qualifier de routinier à tous points de vue. Sa durée restreinte, ses nombreux plans de nudité et quelques scènes « choc », associé à une révélation finale grotesque mais sympathique en rendent toutefois la vision acceptable et vaguement divertissante. Les inconditionnels du giallo peuvent donc s’y risquer mais un public plus large se tournera plus volontiers vers d’autres métrages similaires et plus réussis, à commencer par le fameux MAIS QU’AVEZ-VOUS FAIT A SOLANGE ?

A noter enfin que le titre français de ENIGMA ROSSO, « Trauma » a également été utilisé pour un giallo espagnol signé Leon Klimovsky intitulé « Violacion fatal » en version originale et pour le « Burnt Offering » de Dan Curtis. Sans oublier, bien sûr, le TRAUMA de Dario Argento.

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2011