LES SIX EPREUVES DE LA MORT
Titre: Enter the Game of Death / Si wang mo ta
Réalisateur: Joseph Velasco aka Joseph Kong
Interprètes: Bruce Le

 

Bolo Yeung
James Nam
Steve James (ou Samuel Walls?)
Michael B. Christy
Robert Kerver
 
Année: 1979
Genre: Bruceploitation / Game of Death rip-off
Pays: Hong Kong
Editeur FIP
Critique:

Combinant la classique rivalité sino-japonaise héritée de LA FUREUR DE VAINCRE, quelques éléments tirés d’OPERATION DRAGON et l’ascension d’une pagode abritant de redoutables combattants (les prémices du JEU DE LA MORT), cette modeste série B constitue, sans nul doute, une des bruceploitations les plus outrancières des années ’70.

Paradoxalement, cette absence totale de retenue et de complexe lui confère un charme indéniable qui permet d’en atténuer les nombreux défauts et en fait même une des plus belles réussites d’un sous-genre qui en compte finalement très peu.

L’intrigue, ultra basique, se situe durant l’occupation de la Chine par le Japon. Ahn (Bruce Le) est un jeune expert chinois des arts martiaux dont la sœur fut jadis violée par une crapule nipponne (pléonasme !). Aujourd’hui, Ahn vivote tranquillement, fait du sport, court dans les rues, participe à quelques combats sur un ring et se désole que « le fleuve coule toujours mais que son eau ne soit plus chinoise ». C’est beau !

Après cet intermède philosophique, Ahn se voit recruter par une organisation secrète chinoise qui souhaite récupérer un important document, d’une valeur inestimable, caché au sommet d’une pagode défendue par six combattants d’élite. Au départ, Ahn refuse la mission mais une jeune demoiselle, vague sosie de sa sœur décédée, titille sa fibre patriotique (et peut-être autre chose mais le mystère reste entier) et notre brave gars s’en va, seul, défier les six méchants armé de son seul courage et de ses exceptionnels capacités de combattants.

LES 6 EPREUVES DE LA MORT débute, comme souvent, par un générique sur fond rougeâtre qui permet à Bruce Le de démontrer ses aptitudes martiales contre des jarres suspendues au plafond. Pas très glorieux mais la suite, pour sa part, sera beaucoup plus attrayante.

Le film reprend en effet, sans la moindre honte, le scénario original de Bruce Lee pour LE JEU DE LA MORT, débarrassé, toutefois, de toute la dimension philosophique désirée par la star défunte. Le décès de Lee ayant obligé les producteurs du JEU DE LA MORT au remontage pataud que l'on connaît, Joseph Velasco, alias Joseph Kong, peut donc, de son côté, livrer sa propre version de l’intrigue: une suite de bastons dans une pagode de cinq étages.

Précurseur des jeux vidéo par sa construction en "niveaux" habités par des adversaires de plus en plus coriaces, LES SIX EPREUVES DE LA MORT suit ainsi les pas de Bruce Le décidé à récupérer un document caché au sommet d’une tour. Si la première demi-heure de projection se limite à de banales escarmouches motivées par une poussive intrigue d’espionnite, le gros morceau du métrage se concentre sur la progression de Bruce Le dans les différents étages de la pagode. Ces trente minutes d’action non-stop permettent à l’acteur de briller face à six guerriers ayant chacun leur spécialité.

Le premier utilise des billes d’acier et de longs poignards. Le second, vivant dans une pièce envahie de cobras, se sert de serpents comme d’armes mortelles : il leur arrache la tête pour asperger ses adversaires de leur sang ou use des reptile comme d’un fouet. Mais Bruce Le, vêtu comme il se doit du survêtement de sport popularisé par le Petit Dragon, triomphe toujours et poursuit sa montée vers le sommet. Il défie ensuite un adepte du nunchaku puis deux combattants qui baignent dans une sinistre lumière rouge. « Tu sais ce que signifie ce rouge ? » demande d’ailleurs l’un d’eux à quoi Bruce Le réplique en souriant « ce n’est qu’une couleur » avant que le méchant ne rétorque, vexé, « cette couleur signifie ta mort ». Ce grand moment de dialogue nanar se poursuit par un duel martial très sympathique à deux contre un.

Hélas, le dernier défenseur de la tour se révèle le plus faible des six et Bruce Le le défait aisément. Heureusement pour le spectateur avide d’action, notre Petit Dragon de pacotille n’en a pas encore terminé et poursuit ses combats à l’extérieur de la pagode, sur une pâture qui appartient probablement au producteur. En effet, lorsque Bruce Le ne se bat pas, il court d'un point à un autre, apparemment sans but, mais les emmerdes ne sont jamais longues à le rattraper et la bagarre peut débuter. Heureusement pour notre héros, les méchants prennent soin de ne pas sortir un flingue ou toute autre arme peu sportive et préfèrent, à chaque fois, l’affronter à mains nues. Bien sûr, cela ne sert à rien mais, comme les Golgoths, ils reviennent inlassablement à la charge.

Les vingt dernières minutes constituent, par conséquent, une nouvelle poignée de bastons, entre autre contre Bolo Yeung, célèbre pour avoir croisé le vrai Bruce Lee sur OPERATION DRAGON puis Van Damme sur BLOODSPORT et DOUBLE IMPACT. Aux côtés de cette brute du kung fu, une poignée de « karatékas américains » (on les dénomme même ainsi sur l’affiche) tentent de faire illusion. Parmi ceux-ci le plus costaud demeure, sans nul doute, un Black athlétique aux coups puissants...Est-ce Steve James (fameux pour ses rôles dans la saga AMERICAN WARRIOR et précocement décédé en 1993) ou Samuel Walls? La question reste posée. Un piètre imitateur de Kareem Abdul-Jabbar apparaît également, très brièvement, mais le géant ne fait guère le poids face à Le qui s’en débarrasse en deux ou trois coups bien placés.

Mises bout à bout les bastons totalisent près de trois quart d’heure de métrage et occupent donc plus de la moitié du temps de projection. Un pourcentage effrayant confirmé par Crig D. Reid dans son indispensable « The Ultimate Guide to Martial Arts Movies of the 1970’s » qui avance même le chiffre effarant de 28 combats, ce qui représente précisément 43 minutes et 20 secondes du métrage!

Bien sûr, la réalisation assure, elle, le minimum syndical et le scénario se limite à un pitch d'une ligne, agrémenté de vagues répliques flattant le nationalisme chinois. Le Taiwanais Joseph Kong, collaborateur coutumier de Bruce Le (on lui doit BRUCE CONTRE ATTAQUE, LE DEFI DU NINJA, CLONES OF BRUCE LEE, LA VENGEANCE DE SHAOLIN, etc.) se contente souvent de laisser sa caméra enregistrer les images sans se soucier de proposer la moindre idée de mise en scène. Mais on ne lui en demande pas vraiment plus à vrai dire.

Le plus plaisant reste néanmoins Bruce Le qui assure une amusante imitation forcenée du petit Dragon: il lui reprend son fameux costume jaune, ses mimiques, ses postures et ses célèbres cris de rage. Un numéro hallucinant qui consiste, à chaque scène, à singer le vrai Bruce Lee de manière éhontée et sans la moindre pudeur. Bruce Le, par exemple, se frotte le nez de manière appuyée et référentielle après chaque réplique prononcée ce qui rend ses scènes drôles tant ce rabâchage systématique s’apparente, au final, à du comique de répétition.

Cependant, Le possède un certain charisme et, surtout, s’avère suffisamment doué pour donner le change lors des combats. Ces-derniers sont, pour la plupart, bien menés et rendent hommage au maître : les chorégraphies, un peu rudimentaires, assurent des duels rapides, nerveux et violents dans la tradition du Petit Dragon.

Dans le domaine du cinéma populaire, LES SIX EPREUVES DE LA MORT se montre donc idéal pour une soirée réussie et, à condition d’en accepter le postulat de base, l’amusement est garanti. Sans prétention et indéniablement malhonnête, LES SIX EPREUVES DE LA MORT demeure néanmoins une des meilleures bruceploitation des seventies.

Un divertissement plaisant qui supporte sans mal de nombreuses visions en raison de son quota astronomique de combats martiaux et de son humour indéniablement efficace quoique souvent involontaire. Au risque de paraître sacrilège, bien des amateurs de kung-fu trouveront sans doute davantage de plaisir à cette série B « nanar » qu'au médiocre mais officiel LE JEU DE LA MORT de Robert Clouse.

 

Fred Pizzoferrato - Juillet 2012