EVIL DEAD TRAP III
Titre: Chigireta ai no satsujin
Réalisateur: Toshiharu Ikeda
Interprètes: Shirô Sano

 

Megumi Yokoyama
Kimiko Yo
Tatsuo Yamada
Kenji Imai
Akira Hamada
Yuma Nakamura
Année: 1993
Genre: Thriller / Horreur
Pays: Japon
Editeur  
Critique:

Comme son titre l’indique EVIL DEAD TRAP 3 constitue le troisième épisode d’une « fausse » saga initiée quelques années plus tôt. En effet, à la manière de HOUSE ou HURLEMENTS (pour citer des exemples occidentaux) ou encore de WHISPERING CORRIDORS (pour rester dans l’horreur asiatique), aucun des métrages de la série ne s’avère la suite des précédents et chaque film peut par conséquent se voir de manière indépendante.

Toutefois, on retrouve derrière ce troisième volet les réalisateurs et scénaristes du premier EVIL DEAD TRAP, à savoir respectivement Toshiharu Ikeda et Takashi Ishii, ce dernier étant principalement connu pour une série de mangas érotiques adaptés au cinéma sous forme de 6 longs métrages regroupés sous le titre de ANGEL GUTS (le premier date de 1978 et le dernier de 1994).

Sans autre lien avec les précédents épisodes, EVIL DEAD TRAP III délaisse le gore excessif des deux premiers « volets » pour s’orienter vers un thriller déstabilisant et un peu confus. Le métrage débute pourtant de manière « trash » (un corps horriblement mutilé découvert sur une plage) avant de s’orienter vers un suspense beaucoup plus classique et timoré. Nami, une jeune policière, enquête sur la mort d’une étudiante enceinte, laquelle s’est apparemment suicidée suite à une déception sentimentale causée par un de ses professeurs, nommé Muraki. Cet événement tragique rappele à Nami des souvenirs malheureux puisqu’une de ses amies s’est donné la mort quelques années auparavant dans des circonstances similaires. Muraki avait, déjà à l’époque, été suspecté d’avoir poussé la jeune fille à se supprimer mais aucune preuve n’avait pu être fournie à son encontre. Nami, qui soupçonne le professeur de n’être pas tout à fait net, décide de le surveiller et s’inscrit à ses cours de Kendo pour l’espionner. D’autres crimes surviennent et un mystère semble sur le point d’être révélé…

Les amateurs d’horreur et de gore souhaitant une œuvre dans la lignée des deux précédents EVIL DEAD TRAP seront probablement déçus par ce troisième épisode puisque le quota « sanglant » s’avère quasi nul. L’ensemble ressort d’ailleurs davantage du suspense que de l’épouvante mais peine toutefois à convaincre.

En effet, EVIL DEAD TRAP 3 joue la carte du film d’atmosphère, délaissant l’horreur graphique (à de rares exceptions près) et la tension angoissante au profit d’un climat malsain entretenu vaille que vaille. Malheureusement, le métrage ne décolle jamais, en dépit de personnages en apparence prometteurs et qui, en réalité, passent l’essentiel de l’intrigue à ne rien faire. Leurs relations troubles ne seront, par conséquent, jamais développées comme il se doit et laisseront le spectateur sur sa faim. La jeune enquêtrice, par exemple, semble incapable de mener une investigation fouillée et se laisse porter par les événements, basant tous ses soupçons et déductions sur ses souvenirs. Le professeur, de son côté, entretient le mystère sur son passé en brouillant (sciemment ?) les pistes mais là encore le jeu du chat et de la souris tourne court.

Bref, rien de bien novateur pour un thriller se contentant de reprendre des recettes éprouvées et les clichés attendus comme le lien naissant entre le suspect et la policière, utilisant une situation classique vue par exemple dans BASIC INSTINCT ou L’AFFAIRE THOMAS CROWN. Pour maintenir l’intérêt, le metteur en scène compose quelques scènes bizarres, pas vraiment convaincantes d’ailleurs, chargées d’entretenir le mystère et qui ne seront jamais expliquées.

Tout EVIL DEAD TRAP 3 s’étire donc, sur près de deux heures, pour que le spectateur sache au final si le professeur (seul suspect proposé !) s’avère coupable ou non des crimes qui lui sont imputés. Un principe exploité à maintes reprises par des scénaristes plus doués que Takashi Ishii, lequel se repose sur de grosses ficèles et une poignée de références plus ou moins avouées à divers classiques d’Alfred Hitchcock. Reste quelques belles séquences, par exemple les affrontements pleins de sous-entendus entre la jeune flic et le maître de Kendo.

Seul le climax, pourtant prévisible, se montre un poil plus secouant mais ne parvient pas à dissiper notre ennui tant il est difficile de s’intéresser à cette intrigue banale manquant d’originalité et de mordant. L’interprétation, tout juste passable, et la mise en scène fonctionnelle mais sans génie n’aident guère à apprécier ce psycho-thriller horrifique noyé dans la masse des productions similaires lâchées sur les écrans depuis plusieurs décennies. Cependant, comme de nombreuses productions basées sur le suspense, EVIL DEAD TRAP 3 se regarde distraitement, ne serait ce que pour en connaître les révélations finales.

En résumé, EVIL DEAD TRAP 3 se révèle un thriller « old school » jouant pleinement la carte du mystère et laissant peu de place à l’horreur. Son intérêt s’avère par conséquent limité et explique l’oubli dans lequel le film, contrairement aux deux premiers volets plus réputés, est aujourd’hui tombé. A voir par curiosité pour les plus courageux même s’il est plus conseillé de s’abstenir purement et simplement.

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2017