EVIL LAUGH: LE RIRE DU DIABLE
Titre: Evil Laugh
Réalisateur: Dominick Brascia
Interprètes: Ashlyn Gere

 

Steven Baio
Tony Griffin
Jody Gibson
Jerold Pearson
Myles O'Brien
Howard Weiss
Année: 1986
Genre: Slasher
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Deux comédiens sans emploi, Dominick Bascia et Steven Baio, décident, au milieu des années ’80, d’écrire un long-métrage afin, espèrent-ils, d’être remarqué par la profession. Le premier, apparu quelques mois plus tôt dans VENDREDI 13 – CHAPITRE 5 (il y jouait le gros mangeur de chocolat), s’octroie également le poste de metteur en scène tandis que le second se réserve le rôle principal. Par affinité et, sans doute, pour des raisons commerciales, le duo opte pour l’épouvante et tourne leur premier film en 16 millimètre durant une semaine avec un budget restreint de 150 000 dollars.

Le résultat, intitulé EVIL LAUGH, s’inscrit dans la veine du slasher, pourtant en perte de vitesse depuis les « années glorieuses » situées, grosso modo, entre 1981 et 1984. Le scénario, lui, n’innove absolument pas et aligne un véritable festival de clichés, déjà éculés à sa sortie (en 1986) et aujourd’hui plus risibles qu’effrayants.

Une poignée d’étudiants en médecine sont invités à restaurer un ancien orphelinat ayant mauvaise réputation depuis qu’un meurtre sanglant y fut commis dix ans plus tôt. A peine arrivé, les jeunes entendent des voix menaçantes et fantomatiques mais n’y prêtent guère attention, occupés à remettre la demeure en état ou à se draguer joyeusement.

Les protagonistes répondent d’ailleurs à tous les stéréotypes en vigueur dans le slasher : le dragueur invétéré, le fils à papa pistonné, le geek blagueur fanatique d’épouvante (il lit Fangoria et cite VENDREDI 13 et HALLOWEEN) et, bien sûr, la salope blonde qui insiste « je ne veux pas que tu me prennes pour une pute » avant de déboutonner le pantalon d’un de ses copains. Hélas, si les protagonistes sont totalement inintéressants, le cinéaste les présente pourtant longuement et se permet même quelques considérations pseudo sociales entre une scène de sexe timorée et une blague vaseuse. Du pur remplissage, à l’image de l’incroyable et pathétique numéro de danse au cours duquel nos « héros » se déhanchent, une serpillère ou une éponge à la main, sur une bande sonore pop eighties aujourd’hui affreusement datée.

Les scènes dialoguées, parfois amusantes (« tu ne peux pas tomber enceinte, j’ai eu une vasectomie à dix-sept ans »), sont cependant souvent imbuvables et permettent uniquement d’atteindre la (courte) durée réglementaire. Le doublage français, en roue libre, accentue néanmoins le coefficient « nanar » du métrage et le rend plaisant pour les mieux disposés ou les plus imbibés.

A l’exception d’une poignée de crimes isolés, il faut patienter cinquante minutes avant que le carnage ne débute enfin. La première moitié du métrage se montre donc particulièrement ennuyeuse et teste la patience des amateurs les plus indulgents de slasher. Loin des croquemitaines mythiques comme Jason ou Freddy, le tueur lui-même manque de classe et peine à susciter le frisson, affublé de gants en plastique bleu, d’un masque de clown ridicule et d’un rire voulu sadique. En outre, il décime la plupart de ses victimes hors champs, le manque de budget empêchant la confection de véritables effets gore. Seul le résultat (comme un étonnant couteau qui ressort par le postérieur d’un jeune homme !) est brièvement exposé à l’écran. Frustrant.

Hélas, si les restrictions monétaires limitent les scènes sanglantes, elles n’encouragent pas pour autant le cinéaste à jouer la carte du suspense et toutes les tentatives de créer un climat angoissant tombent lamentablement à l’eau.

Pour se différencier de la masse, EVIL LAUGH tente de jouer la carte de l’humour, le plus souvent référentiel et auto-parodique, grâce à Barney, un fan de film d’horreur qui explique à ses amis les règles à suivre pour survivre. Cette recette, popularisée dix ans plus tard par la vague du néo (ou méta) slasher initiée par SCREAM, reste ici trop embryonnaire pour fonctionner efficacement. Néanmoins, lorsque Barney avertit très sérieusement son ami « de ne pas baiser sous peine d’être la prochaine victime du tueur », le clin d’œil s’avère plaisant. Les nombreux sous-entendus « homo érotiques » surprennent eux-aussi, le cinéaste ne pouvant s’empêcher de filmer sous toute les coutures des éphèbes musclés qui se caressent le torse en maillot de bain.

Le moment le plus drôle survient cependant lorsque le tueur grille le crane d’une de ses proies dans un four à micro-onde…La victime avertit pourtant le meurtrier: il est impossible d’utiliser ce genre d’appareil la porte ouverte et « ça ne marchera pas »… mais, au final, le four fonctionne de manière complètement improbable ! Débile mais amusant ! Le casting se compose, pour sa part, d’inconnus (qui le sont resté) à l’exception de la principale comédienne, Kim McKamy. Cette dernière, après une brève carrière dans l’horreur (DREAMANIAC, CANNIBALES, CREEPOZOID), s’est reconvertit avec succès dans le porno et tourna dans plus d’une centaine de X sous le pseudonyme plus attrayant d’Ashlyn Gere.

Dans le rôle de la « final girl », elle s’avère ici terriblement mauvaise, tout comme le reste de la distribution, proprement catastrophique. L’actrice sombre ainsi dans une hystérie, plus risible qu’effrayante, durant l’inévitable climax où elle découvre (surprise !) les cadavres ensanglantés de ses différents amis dissimulés dans la cave. Un lieu commun supplémentaire dans un métrage qui n’en manque pas.

En dépit de quelques tentatives humoristiques bienvenues, EVIL LAUGH peine à se hisser jusque la moyenne du slasher. Les maigres « production values », la médiocrité des interprètes, l’amateurisme de la réalisation, la ringardise de la musique, le manque d’effets gore et l’absence rédhibitoire d’érotisme rend l’ensemble bien pauvre.

Seuls les inconditionnels du slasher, les adeptes du nanar horrifique des années ’80 ou les fans d’Ashlyn Gere désireux de la voir habillée (ça existe de tels pervers ?) pourront, peut-être, s’amuser de ce sous-produit noyé dans la masse qui, aujourd’hui, se trimballe inexplicablement une réputation galvaudée de « film culte ».

 

Fred Pizzoferrato - Juillet 2012