EVIL OF DRACULA
Titre: Chi o suu bara
Réalisateur: Michio Yamamoto
Interprètes: Toshio Kurosawa

 

Kunie Tanaka
Katsuhiko Sasaki
Shin Kishida
Mariko Mochizuki
Mio Ohta
Mika Katsuragi
Année: 1974
Genre: Fantastique / Horreur
Pays: Japon
Editeur  
Critique:

« Si le Diable existe en ce monde il ne peut exister en tant que démon, il doit se déguiser et prendre l’apparence d’un être humain. ». Telle est la morale de ce très classique récit de vampire, le troisième et dernier volet de la « bloothirsty trilogy » réalisé, comme les précédents (LEGACY OF DRACULA et LE LAC DE DRACULA) par Michio Yamamoto.

Moins ancré dans l’imaginaire nippon que les deux titres précités, EVIL OF DRACULA apparaît, thématiquement, très proche des films de la Hammer sortis quelques années plus tôt et s’inspire effrontément de la saga Karnstein. Yamamoto lorgne, forcément, sur le pourtant peu convaincant LUST FOR A VAMPIRE (lui-même inspiré par le roman « Carmilla » de Sheridan LeFanu) mais en évacue les caractéristiques principales, à savoir la dimension érotique et les scènes saphiques. Curieux choix pour un métrage manquant terriblement de mordant, un comble lorsqu’on parle de vampires !

Shiraki, un professeur de Tokyo, se rend dans le nord du Japon pour accepter un poste dans une école pour jeunes filles. Sur place, l’enseignant rencontre le directeur de l’établissement, dont la femme est récemment décédée dans un accident de voiture. Cependant, pour obéir à une coutume locale, il conserve le corps de son épouse dans une cave et prie, une semaine durant, qu’elle revienne à la vie. Ni inquiet ni impressionné par ce singulier comportement, Shiraki passe la nuit dans la demeure et rêve d’une demoiselle mystérieuse entièrement vêtue de blanc qui l’agresse avant de disparaître.

Au matin, notre professeur se persuade qu’il s’agissait d’un simple cauchemar, vérifie que l’épouse décédée est toujours dans son cercueil (elle l’est !) et se voit offrir la place du directeur. Shiraki décide toutefois de s’accorder un temps de réflexion et commence à enseigner la psychologie à une bande de nymphettes apparemment très intéressés de réviser en sa compagnie. Quelques temps plus tard, Shimimura, le médecin de l’école, raconte à Shiraki l’histoire d’un Chrétien, jadis persécuté pour sa foi, qu’il se verra contraint de renier. Abandonné à lui-même et condamner à mourir de soif, le disciple de Jésus survivra en se nourrissant de son propre sang.

Cette légende raisonne curieusement au vu des événements étranges survenus dans la région et Shiraki, aidé de Shimimura, mène l’enquête et comprend finalement que le directeur de l’école est un « nosferatu » ayant déjà contaminé plusieurs élèves.

Largement tributaire de LUST FOR A VAMPIRE, Yamamoto en reproduit les grandes lignes, à savoir l’arrivée dans une école pour demoiselles d’un nouveau professeur tombant amoureux de l’une d’elles avant de comprendre la terrible menace qui pèse sur la région. Au deux tiers du métrage, le héros découvre la véritable identité du maître vampire et entame un jeu du chat et de la souris visant à le supprimer avant qu’il n’infecte toutes les étudiantes. Malheureusement, EVIL OF DRACULA ne se montre guère plus réussi que le médiocre métrage dont il s’inspire et s’avère, au contraire, encore plus ennuyeux une fois débarrassé de ses oripeaux de pure exploitation.

Toute la tension sexuelle et les passages saphiques présents dans la trilogie produite par la Hammer sont, en effet, évacués et seul subsiste un ennui poli, tempéré par l’exotisme dont fait montre cet EVIL OF DRACULA. Malheureusement, le recyclage des légendes occidentales, additionnées d’une cuillère de récits de fantômes japonais (ou Kaidan Eiga) aboutit à une mixture peu digeste et, surtout, bien trop pour maintenir l’intérêt du spectateur.

Soutenu par une musique inapproprié typiquement sixties, EVIL OF DRACULA déroule, en effet, sa confuse intrigue sur un rythme languissant et, en dépit d’une durée restreinte (environ 80 minutes), le métrage parait fort longuet. Le directeur et vampire en titre (qui ne sera jamais nommé, laissant la possibilité au spectateur de l’appeler Dracula) manque de charisme et échoue à représenter la terrible menace qu’il est supposé être. Son adversaire, joué par Toshio Kurosawa, n’est pas non plus franchement convaincant en professeur beau gosse faisant tourner les têtes avant de se transformer en redoutable chasseur de vampires.

Heureusement, EVIL OF DRACULA possède quelques qualités qui en rendent la vision supportable. La mise en scène se révèle agréable et utilise une belle photographie jouant, lors du final, sur les couleurs pour créer une atmosphère de tension menant à un climax raisonnablement divertissant sans doute influencés par l’épouvante gothique italienne des sixties. En raison de ses origines japonaises, toute la symbolique chrétienne se voit évacuée du métrage qui élimine par conséquent le décorum à base de croix et d’eau bénite. Par contre, les roses se teintent de sang en la présence des « nosferatus », une idée originale, signalées dans certaines légendes littéraires traitant du vampirisme mais rarement visualisée à l’écran, permettant une poignée de plans surprenants.

Si EVIL OF DRACULA reste timide sur les plans de l’horreur et de l’érotisme, on note cependant quelques touches de nudité fortuite et l’un ou l’autre effet sanglant, ainsi qu’une classique mais efficace décomposition finale du maître vampire.

Tentative, plus surprenante que convaincante, de mêler les mythologies horrifiques européennes et nippones, EVIL OF DRACULA constitue, au final, une curiosité non déplaisante mais peu passionnante ne pouvant prétendre au rang de vraie réussite. L’ensemble se laisse regarder d’un œil distrait mais reste, hélas, largement en deçà des espérances et, plus simplement, des deux épisodes précédents.

Fred Pizzoferrato - Mars 2011