EVIL SENSES
Titre: Sensi
Réalisateur: Gabrielle Lavia
Interprètes: Gabrielle Lavia

 

Monica Guerritore
Mimsy Farmer
Lewis E. Ciannelli
Dario Mazzoli
Gioia Scola
 
Année: 1986
Genre: Thriller / Giallo / Polar / Erotique
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

Souvent catégorisé dans le giallo, EVIL SENSES se rapproche davantage d’un compromis entre le thriller, le « néo-noir », le drame et l’érotisme. Si la recette n’est pas spécialement désagréable et se révèle cuisinée avec plus de conviction que d’autres titres similaires de cette époque (DARK BAR ou THE WASHING MACHINE par exemple), elle manque, cependant, de piment pour emporter l’adhésion.

Un tueur professionnel désabusé, Manuel, possède une série de documents secrets capables de malmener une mystérieuse organisation criminelle. A son tour traqué par des assassins, Manuel trouve refuge à Rome, chez son ancienne copine, Nicole, tenancière d’un bordel huppé. Dans le même temps, Manuel entame une relation torride avec la trop belle Victoria, prostituée occasionnelle qui dissimule, peut-être, sa véritable nature. En dépit d’un sujet potentiellement excitant et pervers, EVIL SENSES demeure timoré et se concentre de manière un peu trop narcissique sur Gabrielle Lavia, scénariste, acteur et réalisateur de cette intrigue qui le met fréquemment en valeur.

Vu précédemment dans LES FRISSONS DE L’ANGOISSE, INFERNO et ZEDER, Gabrielle Lavia s’octroie donc le rôle principal en compagnie de son épouse d’alors, Monica Guerritore, avec laquelle il venait de tourner le similaire SCANDALEUSE GILDA. Mimsy Farmer, vétérane du giallo, complète la distribution. Séducteur irrésistible, Lavia vole de rencontres sensuelles en étreintes torrides et le long-métrage le suit dans son itinéraire marqué par la dépression de plus en plus prégnante. Le comédien tente ainsi d’épaissir son personnage et se filme plongé dans ses pensées, désabusé et cynique face à ce monde où la traitrise et la duplicité règnent en maître.

Le rythme se fait, par conséquent, volontiers lent afin de donner la prédominance à une atmosphère voulue moite et pesante mais qui, hélas, génère davantage d’ennui que d’excitation. Filmé de manière désinvolte, EVIL SENSES multiplie les intermèdes « sexy » façon téléfilm de seconde partie de soirée. Si le cinéaste soigne l’une ou l’autre séquence chaude ou s’attarde sur certains détails effectifs, comme les ruissellements de sueur qui serpentent sur les corps féminins, l’ensemble peine néanmoins à convaincre. La violence, restreinte, comporte pour sa part quelques passages timidement gore dont un meurtre perpétré à l’aide d’une perceuse électrique.

Visuellement, l’esthétique années 80 domine avec ses inévitables filtres bleutés, les jeux d’ombres sur les visages des protagonistes (dissimulateurs de sinistres secrets) et une musique (signée Fabio Frizzi) qui alterne variété synthétique et pseudo jazz langoureux. Rien de véritablement honteux mais rien n’ont plus qui puisse élever le résultat au-dessus d’une piètre moyenne.

Petit polar érotique teinté d’une vague machination, EVIL SENSES se suit d’un œil distrait mais disparait rapidement des mémoires.

 

Fred Pizzoferrato - Août 2013