EVIL DEAD
Titre: The Evil Dead
Réalisateur: Sam Raimi
Interprètes: Bruce Campbell

 

Ellen Sandweiss
Richard DeManincor
Betsy Baker
Theresa Tilly
Ted Raimi
Scott Spiegel
Année: 1982
Genre: Horreur / Gore / Video-Nasty
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Difficile de croire qu'un film aujourd'hui aussi connu, vénéré et apprécié qu'EVIL DEAD subi lors de sa sortie les foudres de la censure britannique. Le premier long-métrage de Sam Raimi fut pourtant banni en Angleterre, en dépit d'un ton bien plus humoristique que la majorité des autres "video-nasty".

Lors d'une projection à Cannes, Stephen King décrivit pourtant EVIL DEAD comme le "film d'horreur le plus férocement original" qu'il ait vu. Pas suffisant pour lui éviter l'infâmie chez les Britons. Mais revenons sur le métrage en lui-même.

L'intrigue, disons le tout de suite, est d'une simplicité confondante. Deux types et trois jeunes filles se retrouvent pour un week-end dans une cabane, non pas au Canada mais bien au fond des bois ("Within The Woods" étant d'ailleurs le titre du court-métrage qui servira d'inspiration à EVIL DEAD). Là, un des garçons, Ash, découvre un magnétophone qu'il met imprudemment en route, réveillant les forces maléfiques qui, toute la nuit, vont posséder tour à tour chacun des protagonistes.

Ce n'est donc pas l'originalité du scénario qui fait d'EVIL DEAD un film culte dans le monde entier, d'autant que Sam Raimi s'est apparemment pas mal inspiré d'un petit métrage quasiment amateur nommé EQUINOX. Quoiqu'il en soit, le cinéaste, alors âgé d'une vingtaine d'années, cherchait sans doute "seulement" à offrir aux amateurs du genre le spectacle définitif qu'ils attendaient et, à l'époque, EVIL DEAD s'inscrivait sans hésitation parmi les titres les plus gore jamais vu sur un écran de cinéma.

Allant encore plus loin que les metteurs en scènes bis italiens, Raimi accumulait en effet les démembrements, boucherie et décapitations avec une véritable énergie communicative. D'autant que le spectacle, jamais écoeurant et rarement vomitif au sens strict du terme, se voulait également une comédie noire et burlesque.

Mais EVIL DEAD distille pourtant quelques passages inquiétants où le suspense est effectif, en particulier la séquence de possession (la première) qui s'avère d'une redoutable efficacité. La dernière scène, lorsque Ash tente de brûler le Necronomicon, se montre elle aussi fort inspirée. Enfin, le jeu sur l'horloge qui s'arrête de manière menaçante et la fameuse (et incroyable!) scène du viol d'une des jeunes filles par des branches d'arbres animées d'intentions lubriques ont également marqués les esprits. Bref, si Raimi joue sur l'humour il sait aussi comment faire grimper la tension et se ménage quelques scènes chocs propices à filler une belle frousse aux spectateurs. Un mélange en apparence simple (horreur graphique + épouvante + un peu d'humour et quelques références assumées - l'affiche de LA COLLINE A DES YEUX dans la cave, les emprunts à l'univers de Lovecraft) mais ici totalement maîtrisé.

Avec son intrigue minimaliste, EVIL DEAD se devait d'être resserré au maximum pour ne pas lasser et Raimi opte sagement pour une durée réduite (environ 80 minutes) qui lui permet de garder un rythme rapide. Après l'introduction des personnages, assez vite expédiée, le cinéaste décide donc de foncer et ne laisse pratiquement pas au public le temps de souffler, lui balançant une suite de mutilations bien sanglantes. Inventives, extrêmes, les scènes gore se succèdent avec frénésie et parviennent à ne pas se montrer répétitives, allant carrément au bout de leur concept lors d'un final qui voit les corps des possédés être mis en pièces par des mains démoniaques surgies d'on ne sait où.

La mise en scène de Raimi (à l'époque certains journaux conservateurs écrivirent qu'il "n'avait aucun sens de la mise en scène") est évidemment d'une grande inventivité, osant des plans complètement fous et une utilisation novatrice de la caméra. Montée sur une mobylette, celle-ci se lance littéralement dans la mêlée, aboutissant à des mouvements bizarres, sorte de travelling déjanté, approximatifs et accélérés, qui donnèrent naissance à ce qu'on appelle désormais la "shakycam". Un véritable coup de fouet qui donne à EVIL DEAD toute son énergie ravageuse et incomparable.

Beaucoup trouveront sans doute les effets spéciaux assez ringards à l'heure actuelle mais pourtant ce mélange de latex et de sirop de maïs teint en rouge s'avère étonnamment convaincant, bien davantage sans doute que les éclaboussures numériques et trop propres de nos films gore récents. Ici on peut pratiquement sentir l'odeur des maquillages et les difficultés des comédiens à jouer sous d'épaisses couches de latex et des litres de faux sang. Des interprètes assez amateurs mais le jeu complètement possédé de Bruce Campbell transcende le métrage, avec son côté anti-héros voulant sauver le monde mais toujours prompt à faire une connerie. Il n'est pas interdit de penser que, sans lui, EVIL DEAD n'aurait pas été cette réussite.

Bref, EVIL DEAD est un incontournable qui a sa place obligée dans toute vidéothèque digne de ce nom. Sans doute un des dix meilleurs films d'horreur de tous les temps…et probablement tout en haut du Top 10!!!

Les deux séquelles restent également d'un très haut niveau même si elles donnent davantage dans l'humour (EVIL DEAD 2) ou la fantasy grand public (ARMY OF DARKNESS) mais la perspective d'un remake donne froid dans le dos!

Fred Pizzoferrato - Mars 2008