MESSE NOIRE
Titre: Evilspeak
Réalisateur: Eric Weston
Interprètes: Clint Howard

 

R.G. Armstrong
Joseph Cortese
Claude Earl Jones
Haywood Nelson
Don Stark
 
Année: 1981
Genre: Horreur / Fantastique / Video Nasty
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Petit classique de l’horreur du début des années 80, qu’une inclusion dans la liste des fameuses « video nasties » anglaise rendit un temps célèbre, MESSE NOIRE a bien sur pris un méchant coup de vieux mais demeure tout à fait recommandable. L’intrigue se déroule dans une académie militaire, lieu assez original rarement fréquenté par le cinéma fantastique (LA MALEDICTION 2 excepté).

Nous y découvrons la triste vie de Stanley Coopersmith, un orphelin qui se retrouve dans cette prestigieuse école américaine (la West Andover Military Academy) suite à un programme du gouvernement pour venir en aide aux déshérités. Autant dire que le pauvre Stanley a bien plus d’ennemis que d’amis dans l’académie et qu’on l’y traite même comme un homme à tout faire devant s’acquitter de toutes les corvées. Peu doué en football, le jeune homme est en outre la tête de turc des autres joueurs de l’équipe qui lui reproche la moindre défaite. Condamné une fois de plus à une tâche ingrate (nettoyer les immenses caves de l’école), Stanley découvre par hasard une chapelle secrète dédiée à Satan, fondée par un prêtre défroqué du XVème siècle, un certain Esteban.

De plus en plus soumis aux brimades de ses condisciples et même de ses professeurs, Stanley se plonge dans l’étude attentive d’un vieux grimoire ayant appartenu à Esteban et, avec l’aide d’un ordinateur, il invoque les puissances des ténèbres lors d’une messe noire aux conséquences apocalyptiques. Clint Howard (le frère du renommé Ron Howard), alors âgé d’une vingtaine d’années, incarne le cadet Stanley Coppersmith dans ce MESSE NOIRE sympathique où l’on retrouve en instrument du Mal un vieil ordinateur. Ce sera sans doute l’aspect aujourd’hui le plus kitsch et daté du métrage, nous renvoyant au bon vieux temps où les ordinateurs semblaient pouvoir résoudre toutes les questions posées et expliquer au premier quidam venu les secrets de l’univers, fussent ils sombres et impies lorsqu’ils ne lançaient pas de contrariant « données insuffisantes, ne peut répondre ».

Le scénario de MESSE NOIRE suit donc une trajectoire classique, dans la lignée de CARRIE et, plus tard, des slashers routiniers dans lesquels un pauvre type injustement martyrisé finit par disjoncter et se venger des sévices subis. Ici, Clint Howard n’a pas d’autre choix que d’invoquer Satan pour obtenir réparation et cette revanche sanglante sera à la hauteur des brimades que le pauvre garçon a endurées.

Le métrage prend, en effet, son temps pour installer son intrigue et présenter une galerie de personnages typiques, que ce soit l’infâme ivrogne (joué par le vétéran R.G. Armstrong), le chef de bande ignoble, la reine de beauté cruche, les militaires coincés, la secrétaire fascinée par le pouvoir (érotique ?) du grimoire ou encore le curé hypocrite tenant de grands discours moralisateurs. Peu à peu, par petites touches bien ficelées, MESSE NOIRE fait cependant monter la tension, utilisant comme principaux instruments du Mal une troupe de cochons (!) rendus fous furieux par les invocations démoniaques.

Dans la scène la plus mémorable (mais pas la plus crédible), les porcs sataniques s’introduisent dans la maison de la secrétaire de l’école militaire pour aller la dévorer dans son bain à grands renforts d’éclaboussures sanglantes et de tripes répandues. Pas la peine d’y chercher rigueur ou cohérence, juste le souhait de proposer une séquence d’horreur inédite et bien gore. Pari réussi !

Malheureusement la tension souhaitée par le cinéaste ne s’avère pas toujours présente et le métrage accuse un sérieux ventre mou durant son deuxième acte. Afin d’humaniser le personnage de Stanley, MESSE NOIRE s’égare ainsi en proposant un embryon d’amitié avec le cuistot (homo ?) de l’Académie, développe longuement une peu utile camaraderie entre le jeune homme et un chiot qu’il a recueilli et amorce une tentative de drague envers une pétasse à la suite de l’élection chahutée de Miss Artillerie Lourde (ça ne s’invente pas !). Rien de tout cela, hélas, ne s’avère très convaincant d’autant qu’à ce moment, soit après plus d’une heure de projection, l’intrigue roule sur ses rails et fonce vers son final explosif, le reste du métrage est donc très prévisible mais Eric Weston tarde un peu avant d’offrir aux spectateurs le carnage attendu, atténuant ainsi la puissance de son oeuvre.

Pourtant, les dix dernières minutes du métrage sont sublimes et s’inscrivent aux côtés de CARRIE parmi les déluges pyrotechniques et sanglants les plus efficaces vus sur un écran. Un véritable déchaînement des forces du mal incluant un crâne éclaté par le clou d’un immense crucifix, des décapitations en pagaille, une tête coupée dans le sens de la hauteur par un coup d’épée rageur et de nouvelles attaques des cochons de l’enfer, le tout dans un décor s’écroulant majestueusement au milieu des flammes. Bref, un final splendide propre à s’inscrire durablement dans les mémoires des amateurs.

Fermement ancré dans les conventions du genre (y compris lors d’une séquence introductive située au Moyen-âge au cours de laquelle le méchant sorcier Esteban lance sa malédiction par delà les siècles), bien daté par le recours à une technologue aujourd’hui antédiluvienne (les écrans verdâtres de l’ordinateur soudain envahis par des pentacles rouge sang !), mais très distrayant MESSE NOIRE, en dépit de ses longueurs et maladresses, reste un bel exemple du cinéma d’horreur excessif et sans compromis du tout début des années 80.

A redécouvrir !

Fred Pizzoferrato - Aout 2009