SALUT BRUCE LEE, BONJOUR LE TIGRE
Titre: Tian whang jou whang /
Exit the Dragon, enter the Tiger
Réalisateur: Tso Nam Lee
Interprètes: Bruce Li

 

Chang Yi
Fei Lung
Lu Chi
Ma Chi Chiang
Kang Chin
 
Année: 1976
Genre: Bruceploitation
Pays: Hong Kong
Editeur
Critique:

Sorti peu après la mort du véritable Bruce Lee, cette petite production de kung-fu tente de se donner un semblant de légitimité en imposant Bruce Li, alias le Tigre, comme le successeur de Bruce Lee, dit le Dragon. Le résultat, acceptable, s’inscrit parmi les bonnes surprises (relatives bien sûr) de la honteuse et pourtant divertissante bruceploitation.

Bruce Lee tourne son nouveau film. Durant une pause, un de ses amis, David Lee, dit le Tigre, lui rend visite et s’inquiète de son état de santé. Bruce Lee, rassurant, affirme qu’il ne doit pas s’inquiéter, en dépit de ses maux de tête et des coups de fil bizarres qu’il reçoit ces derniers temps. « Néanmoins, s’il devait m’arriver quelque chose », affirme le Petit Dragon, « c’est toi, le Tigre, qui sera mon successeur ».

Evidemment, Lee meurt mystérieusement quelques jours plus tard et le Tigre enquête sur ce décès suspect auprès d’une starlette amie de Lee, Suzy Young (clairement inspirée par Betty Ting Pei), ce qui le met sur la piste d’un redoutable trafiquant de drogues, le Baron.

D’abord cascadeur, Ho Chung Tao, né en 1950, se fait connaître à Hong Kong et Taiwan sous le nom de James Ho quoiqu’il soit parfois crédité, déjà, sous le pseudonyme de Li (ou Lee) Hsiao-Lung, soit Li Petit Dragon. Mais, à la mort de Bruce Lee, sa carrière débute réellement. En effet, de rusés producteurs notent sa ressemblance (lointaine) avec la défunte star du cinéma kung fu. Contacté par la Golden Harvest pour terminer LE JEU DE LA MORT, Bruce Li décline l’offre (ce seront Yuen Biao et Kim Tai Jong qui s’en chargeront quelques années plus tard).

A la fin de son service militaire, Ho Chung Tao participe cependant à une poignée d’hommages (!) au Petit Dragon, dont quelques documentaires fantaisistes (IL ETAIT UNE FOIS L’UNIQUE) et de pseudo versions terminées du JEU DE LA MORT, alors inachevé, comme par exemple GOODBYE BRUCE LEE – SON DERNIER COMBAT. Sa filmographie, difficile à établir suite à de nombreux retitrages folkloriques, s’étend sur une dizaine d’années et comprend une poignée de long-métrages honorables, comme FIST OF FURY 2 et 3 ou encore le désabusé et étonnant LE CASCADEUR CHINOIS, hélas noyé dans des paquets de titres médiocres voire catastrophiques recyclant les pires clichés des films de Bruce Lee.

Sorti en 1976, au plus fort de la vague bruceploitation, SALUT BRUCE LEE, BONJOUR LE TIGRE reste, sans doute, un des films les plus célèbres de ce courant. Réalisé par le spécialiste Tso Nam Lee (qui livra également FIST OF FURY 2, LES 6 EPREUVES DE LA MORT, THE WOMAN AVENGER, FATAL NEEDLES Vs FATAL FISTS ou le déjanté SUPER NINJA 2), le film multiplie les approximations (montage effectué en dépit du bon sens, mise en scène à l’arrache) mais compense un scénario stupide (à croire que seule la moitié des pages furent filmées tant l’ensemble s’avère brouillon) par une foultitude de combats distrayants.

Pour économiser sur un budget sans doute restreint, SALUT BRUCE LEE, BONJOUR LE TIGRE place d’ailleurs la plupart de ces duels dans des lieux peu fréquentés, devenus de véritables poncifs du cinéma de kung fu bis. Sur un toit, dans un entrepôt abandonné, une zone industrielle ou au bord de l’eau, Bruce Li montre ses capacités martiales, certes limitées, mais plaisantes.

Les chorégraphies, dans l’esprit du Petit Dragon, se révèlent correctes à condition de se montrer indulgent et les adversaires de Li décochent quelques coups de pieds ou de poings efficaces avant de tomber sous les coups du Tigre. Rien de révolutionnaire mais le nombre de combat est suffisamment élevé pour contenter les amateurs, d’autant que la courte durée du film (moins d’une heure et vingt minutes) permet de maintenir un rythme élevé qui laissent peu de place aux dialogues et aux scènes d’exposition, lesquelles se révèlent – soyons honnêtes – très accessoires dans la bruceploitation.

Sans être un classique (loin de là), ni même la meilleure bruceploitation disponible (un « honneur » qui revient, probablement, au trop décrié JEU DE LA MORT 2), ce sympathique kung fu bis demeure un divertissement très acceptable capable d’amuser un spectateur conciliant durant près de 80 minutes.

Cela peut paraître dérisoire mais, dans un genre souvent décevant de nullité, ce n’est déjà pas si mal. La notoriété de SALUT BRUCE LEE, BONJOUR LE TIGRE entraina le retitrage d’un autre long-métrage de Bruce Li, pourtant sans aucun rapport, RETURN OF THE TIGER (alias LE TIGRE SORT SES GRIFFES), présenté comme une pseudo-séquelle du titre qui nous occupe.

 

Fred Pizzoferrato - Aout 2012