L'EXORCISTE III: LA SUITE
Titre: The Exorcist 3
Réalisateur: William Peter Blatty
Interprètes: George C. Scott

 

Ed Flanders
Brad Dourif
Jason Miller
Nicol Williamson
Scott Wilson
Nancy Fish
Année: 1990
Genre: Fantastique / Horreur
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Né en 1928, le romancier William Peter Blatty reste indissociable du roman « L’exorciste », écrit en 1971 et adapté pour l’écran par William Friedkin, lequel en fit un classique absolu de l’épouvante. Blatty, de son côté, poursuivit sa carrière littéraire avec « La Neuvième configuration » (qu’il filma lui-même en 1980) et « Legion ». Ce-dernier, suite officielle de « L’exorciste », en continue l’intrigue de manière détournée, par le biais de certains personnages clés comme le détective Kinderman et le père Karras, supposé décédé après l’exorcisme de Regan McNeil.

Si le roman poursuit l’histoire abandonnée en 1975, il ignore totalement, par contre, les événements du film de John Boorman, L’EXORCISTE 2 : L’HERETIQUE. L’adaptation cinématographie, livrée par Blatty après les refus de Friedkin et John Carpenter, procède de la même manière et se veut davantage une suite du livre originel de Blatty que de son adaptation cinématographique. Par exemple, Kinderman présente le père Karras comme son meilleur ami tandis que leur relation, dans le film de Friedkin, était fort peu développée.

1990. Une série de meurtres sanglants secouent Georgetown et le lieutenant de police William Kinderman tente de les résoudre. Chaque victime est retrouvée décapitée, la tête remplacée par celle d’une statue du Christ. Kinderman relie rapidement l’affaire à un tueur en série surnommé le Gémeau, exécuté quinze ans auparavant sur la chaise électrique. Après la mort d’un de ses amis, le policier réalise que les crimes pourraient, également, être liés à un exorcisme effectué quinze ans plus tôt et au cours duquel le père Damien Karras trouva la mort. Peu à peu, Kinderman se persuade qu’un patient non identifié, détenu dans un hôpital psychiatrique, est en réalité Karras, maintenu en vie par le Diable et dont le corps sert à présent de réceptacle à l’esprit sanguinaire du Gémeau.

Filmé sous le titre « Legion », le long-métrage fut, par la suite, largement remonté par les producteurs (Morgan Creek) qui insistèrent pour y inclure une scène d’exorcisme, un peu hors de propos, lors d’un spectaculaire climax qui coûta, à lui seul, quatre millions de dollars. Une belle somme pour l’époque puisque la première version du film n’avait coûté, en tout et pour tout, que onze millions de dollars. Contraint et forcé, Blatty accepta ce nouveau final, beaucoup plus démonstratif, qui tranche radicalement avec l’atmosphère feutrée et réaliste des scènes précédentes.

Comme le signale le romancier devenu réalisateur « ce climax, correct en lui-même, est inutile et modifie sensiblement le ton de l’intrigue ». Cependant, au lieu de laisser un quelconque « yes man » se charger de ces scènes additionnelles, Blatty préféra tourner lui-même cet exorcisme sanglant pour, en quelque sorte, « sauver les meubles ». Le cinéaste a cependant longtemps espéré éditer son « director’s cut ». Hélas, le métrage original semble perdu même si certains passionnés ne désespèrent pas de mettre, un jour, la main dessus. Ironiquement, ce tripatouillage rappelle les démêlées de Mario Bava avec ses producteurs quinze ans plus tôt, le maestro italien ayant été contraint de mutiler son LISA ET LE DIABLE, jugé trop « mou », pour offrir le putassier LA MAISON DE L’EXORCISME.

Malgré ces ajouts intempestifs censés drainer dans les salles un public adolescent peu concerné par les dialogues et les non-dits, L’EXORCISTE 3 fonctionna moyennement au box-office. Il rapporta cependant environ quarante millions de dollars. Un score honorable. A la même période, la compagnie Carolco, qui avait espéré produire leur propre suite à L’EXORCISTE (impliquant les jumeaux possédés de Regan McNeil) livra de son côté une piteuse parodie, Y A-T-IL UN EXORCISTE POUR SAUVER LE MONDE ?, dans laquelle Linda Blair se ridiculise aux côtés de Leslie Nielsen.

Au niveau du casting, William Peter Blatty dut choisir de nouveaux acteurs pour la plupart des rôles principaux, ceux de l’original étant indisponibles ou décédés. Lee J. Cobb, par exemple, a quitté ce monde en 1976 et George C. Scott reprit son rôle, celui du lieutenant Kinderman, personnage secondaire de L’EXORCISTE et principal protagoniste de cette séquelle. Son interprétation n’est pas mauvaise même s’il cabotine à l’un ou l’autre moment ou paraît parfois peu concerné par le sujet. De plus, Scott peine à rester crédible lorsqu’il prononce certaines répliques trop littéraires ou pompeuses, lesquelles manquent, il est vrai, de naturel.

Brad Dourif, de son côté, incarne le mystérieux interné surnommé le Gémeau et son habituel jeu outré, pas toujours convaincant, fonctionne ici agréablement, notamment lorsqu’il déclame tout le plaisir ressenti à torturer et tuer d’innocentes victimes. Mais le cinéaste n’était pas au bout de ses peines et il dut une fois de plus batailler avec ses producteurs. Ceux-ci souhaitaient qu’un acteur du premier film reprenne son rôle pour assurer la transition et Blatty accepta de reprendre Jason Miller (Damien Karras dans le Friedkin) pour jouer le « patient X » dans quelques scènes additionnelles, celles où l’interné est « habité » par l’âme du prêtre. Dourif et Miller alternent donc leurs scènes dans la « cellule 11 » mais cette idée, en apparence saugrenue, fonctionne adroitement.

Handicapé par un remontage sauvage qui amoindrit le propos initial de Willima Peter Blatty, L’EXORCISTE 3 s’impose toutefois comme une intrigante version alternative de l’intrigue du premier film. Centré sur le personnage de Kinderman, flic vieillissant à la recherche de sa foi perdue et d’un serial killer sadique, il mêle enquête policière, fantastique, épouvante et réflexions théologiques de manière intéressante quoique parfois maladroite, l’ajout des scènes chocs amoindrissant paradoxalement le potentiel du récit.

Contre l’avis de ses producteurs « avisés », William Peter Blatty joue néanmoins la carte de l’épouvante diffuse plutôt que les effets horrifiques gratuits. Il confectionne ainsi une poignée de scènes frissonnantes à souhait, comme le rêve de Kinderman déambulant dans un inquiétant au-delà ou les promenades d’une infirmière dans les corridors menaçant de l’hôpital. De la belle mécanique propre à susciter l’angoisse des plus réceptifs.

En partie bancal, boiteux et inabouti, affadit par un dénouement faussement spectaculaire (et aujourd’hui bien dépassé), L’EXORCISTE 3 demeure, malgré toutes ces imperfections, un bel exemple de suite réussie. Cette œuvre novatrice n’hésite pas, en effet, à prendre ses distances par rapport à un premier volet immensément populaire et prend le risque insensé d’imposer ses propres parti-pris, y compris les plus couillus. Sans égaler la perfection de L’EXORCISTE, cette séquelle reste donc largement supérieure aux trois autres déclinaisons officielles engendrées par le chef d’œuvre de William Friedkin.

A redécouvrir.

 

Fred Pizzoferrato - Septembre 2012