FACE A LA MORT 2
Titre: Faces of death II
Réalisateur: John Alan Schwartz
Interprètes: Michael Carr

 

John Alan Schwartz
 
 
 
 
 
Année: 1981
Genre: Mondo / Gore
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Imaginé pour le marché japonais à la fin des années ‘70, FACE A LA MORT renouait, de manière radicale, avec la vague du « mondo » (ou « shockumentary » ou « documenteur ») lancé par les Italiens au début des années ’60. Plus extrême que tous ses prédécesseurs, FACE A LA MORT se présentait comme une compilation de faits divers horribles, d’accidents et de meurtres avant de se conclure sur une note d’espoir en une hypothétique vie après la mort. Le film, interdit dans 49 pays, devint rapidement un mini phénomène de société et bien des adolescents voulurent briser l’interdit en le visionnant en vidéo K7, aidant à son incroyable succès.

Confectionné pour 450 000 dollars à partir d’images d’archives et de scènes reconstituées par des maquilleurs anonymes, FACE A LA MORT rapporta plus de 35 millions de dollars. Une entreprise aussi douteuse que rentable. Bien sûr, des allégations de trucages surgirent rapidement et, aujourd’hui, il est admis que les deux tiers des images proposées étaient, en réalité, d’habiles fabrications. Pourtant, avant Internet et les « mondo » ultérieurs comme TRACES OF DEATH ou FACES OF GORE, ce long-métrage excessif constituait une sorte de passage à la limite pour bien des spectateurs, partagés entre la consternation, le dégoût et la fascination.

Le succès commercial récolté exigeait une suite et celle-ci fut proposée en 1981, adoptant immédiatement un ton plus dépressif et sombre. Ainsi, le docteur Francis B. Gross (en réalité le minable acteur Michael Carr) affirme, dès le départ, que ses conclusions optimistes sur l’au-delà ont été remises en question depuis le premier film.

Une nouvelle plongée dans la souffrance, le trépas et la violence est donc offerte au public et FACE A LA MORT 2 devint, à son tour, un « classique » des vidéoclubs des années ‘80. Par la suite la saga se poursuivit avec deux nouvelles « suites » officielles, un premier « best of » (THE WORST OF FACES OF DEATH), deux direct-to-vidéo composés entièrement d’extraits de films antérieurs (FACE A LA MORT 5 et 6), un pseudo documentaire rétrospectif (FACES OF DEATH : FACT OR FICTION ?) et de nombreux dérivés officieux et illégitimes comme les huit (!) THE MANY FACES OF DEATH.

Contrairement au premier film et aux séquelles ultérieures FACE A LA MORT 2 s’avère, pour la majorité des séquences, authentique et laisse peu de place aux scènes fabriquées. Par conséquent, cette suite se rapproche davantage des mondo de la décennie précédente et présente des séquences plus longues, moins sensationnalistes, agrémentées d’une narration souvent hypocrite mais cependant respectueuse et « sérieuse ».

La mort, ici, n’est pas propice à des blagues douteuses mais sert d’illustration à la folie humaine. Le commentaire pointe ainsi du doigt le goût du morbide, le besoin de sensations fortes, l’envie de dépasser ses limites et le manque de prudence des intervenants. Par exemples, les victimes d’une avalanche qui, par jeu, ont emprunté des pistes risquées sans se soucier des avertissements.

Le sport de haut niveau a, lui-aussi, droit à une séquence peu reluisante consacrée aux boxeurs qui s’infligent des souffrances inimaginables sur le ring. Le combat de Jimmy Owen est présenté, quasiment dans son intégralité, en guise d’illustration, jusqu’à la mort du jeune boxeur lors du dernier round, victime d’un crochet de son adversaire.

Le film présente encore de dangereuses prouesses qui se terminent, parfois, par la mort des cascadeurs et amènent des réactions avides des spectateurs désireux de ne pas perdre une miette de l’agonie des victimes. Secouant et effrayant. Après toutes ces images d’archives, un long passage reconstitué détaille la capture d’un criminel (joué par le réalisateur lui-même) blessé suite à un braquage ayant mal tourné. Mal joué, digne d’une série Z, ce segment tranche radicalement avec l’horreur réelle des autres séquences.

Dans la tradition des mondo, FACE A LA MORT 2 examine également les problématiques causés par le comportement aberrant des humains, s’interroge sur le futur de la planète victime d’une pollution affolante ou dénonce l’extermination d’espèce protégée comme les baleines et les dauphins, chassés de manière sanglante. Les cruautés perpétrées à l’encontre des animaux permettent, malheureusement, leur lot d’images horribles, compilées par des producteurs soucieux de choquer le public à peu de frais.

Des reportages variés concernant des accidents d’avion ou de train augmentent, eux aussi, la durée de projection et ajoutent davantage de barbarie et d’images sanglantes à un menu déjà corsé.

Des images d’autopsie insoutenables sont, heureusement, suivies par un reportage plus léger sur divers collectionneurs et musées consacrés aux criminels de l’Ouest ou à la violence meurtrière. La guillotine, la peine de mort et les milices privées sont, à leur tour, évoquées, de même que les guerres en Amérique Latine ou la tentative d’assassinat à l’encontre de Ronald Reagan.

Manipulateur, hypocrite, racoleur, sensationnaliste, écoeurant, dépressif, nihiliste…Tous ces adjectifs s’appliquent évidemment à un projet comme FACE A LA MORT 2. Mais, dans la masse des mondo fabriqués ou irrespectueux, le long-métrage de John Alan Schwartz apparaît presque comme honnête et sérieux. Sans apporter la moindre réponse, il pose différentes questions, souvent pertinentes en dépit de l’emballage voyeuriste choisi, et rappelle, à chaque instant, la fragilité de l’existence humaine.

FACE A LA MORT 2 s’impose, en outre, comme un témoignage sociologique intéressant sur le début des années ’80 et questionne, au final, notre rapport à la censure et à l’acceptabilité de certaines images. Il est ainsi presque incroyable que des gens aient pu, au début des années 80, se rendre dans une salle de cinéma pour supporter plus de 90 minutes d’images atroces sur un grand écran dans un but de « divertissement ». Pourtant, ce fut le cas et ce genre de productions crapoteuses connaissaient, alors, un succès certain auprès du public. Evolution ou décadence, le film, à l’époque sévèrement interdit dans 46 pays est, aujourd’hui, visible par tous sur un site comme youtube. Sans commentaire.

Pas franchement recommandable, FACE A LA MORT 2 n’en reste pas moins un témoignage horrible et sans concession sur la sauvagerie humaine et une des « œuvres » les plus brutales imprimées sur la pellicule.

A réserver à un public très averti même si on peut aussi, tout simplement, passer son chemin et laisser cette douteuse saga disparaître dans les limbes du cinéma d’exploitation.

Cette chronique a été originellement publiée dans Medusa 24

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2014