LE MASQUE DE FU MANCHU
Titre: The Face of Fu Manchu
Réalisateur: Don Sharp
Interprètes: Christopher Lee

 

Nigel Green
Joachim Fuchsberger
Karin Dor
James Robertson Justice
Howard Marion Crawford
 
Année: 1965
Genre: Aventures / Science-fiction
Pays: Grande Bretagne
Editeur Studio Canal
Critique:

Personnage archétypal du « péril jaune » inventé par le romancier Sax Rohmer en 1912, Fu Manchu constitue un des grands génies du mal de la littérature populaire. Durant une cinquantaine d’années, le romancier poursuivra les aventures du diabolique docteur au travers de 13 romans et 3 nouvelles. Dès 1923 le cinéma s’empare de cet antihéros qui hantera de nombreux sérials et quelques longs-métrages comme l’excellent LE MASQUE D’OR avec Boris Karloff en 1932. Mais, après ce coup d’éclat, Fu Manchu n’intéressa plus guère le cinéma et il faut attendre le milieu des années 50 pour assister à son retour sur les (petits) écrans via une série télévisée en 13 épisodes.

C’est en 1965 que le fameux producteur Harry Allan Towers, ayant jusque là essentiellement travaillé pour la télévision, décide de ressusciter le maître du crime auquel il va prêter les traits de la star de l’épouvante Christopher Lee. En parallèle, Towers adaptera également à deux reprises les aventures de Sumuru, une japonaise sadique, véritable alter-ego féminin de Fu Manchu, et autre création de Sax Rohmer. En tout, le producteur livrera cinq « Fu Manchu », les deux premiers bénéficiant de budget conséquent étant signés Don Sharp tandis que les deux derniers (à la réputation exécrable) sont par contre de petits budgets emballés par le mercenaire Jésus Franco.

Premier long-métrage du cycle, dont Towers signe en outre le scénario, LE MASQUE DE FU MANCHU demeure, plus de quarante ans après sa réalisation, un très sympathique récit d’aventures teinté de science-fiction et fortement apparenté au sérial. L’intrigue débute de manière assez incongrue puisque nous assistons, au Tibet, à la fin de Fu Manchu, décapité pour ses crimes devant l’inspecteur anglais Nayland Smith, son ennemi juré. Celui-ci rejoint ensuite Londres et reprend une existence routinière avant que des crimes mystérieux ne commencent à ensanglanter la capitale britannique. Smith est rapidement persuadé que le démoniaque Fu Manchu a échappé à la mort et, effectivement, le « Péril Jaune », toujours bien vivant, prépare la conquête du monde en utilisant un redoutable gaz mortel.

LE MASQUE DE FU MANCHU porte la signature de l’australien Don Sharp, lequel a livré une série de films intéressants comme RASPOUTINE LE MOINE FOU, CURSE OF THE FLY ou surtout l’excellent BAISER DU VAMPIRE. On lui doit aussi quelques épisodes de CHAPEAU MELON ET BOTTES DE CUIR ou de HAMMER HOUSE OF HORRORS ainsi que le très correct remake des TRENTE NEUF MARCHES en 1978. Bref, un solide artisan ayant l’habitude de tirer le meilleur parti des budgets dont il dispose.

Pour incarner Fu Manchu, Harry Alan Towers engage Christopher Lee, lequel prête sa prestance au personnage et ne se montre jamais ridicule sous le maquillage lui donnant une apparence asiatique. Typique des génies du mal de la littérature populaire (il inspira probablement l’Ombre Jaune de Bob Morane ou certains vilains de comics comme Le Mandarin ou Ra’s Al Ghul), Fu Manchu possède une base secrète, une armée de serviteurs dévoués et une fille aussi belle que sadique. Ses plans visent inlassablement la conquête du monde mais il ne dédaigne pas de plus modestes exactions, allant du kidnapping à l’anéantissement d’un village entier en passant par la torture d’une jeune beauté dévêtue. Bref, un méchant irrécupérable, un vrai de vrai, face auquel se dresse le valeureux détective Nayland Smith, joué par le très polyvalent Nigel Green vu dans des productions aussi variées que LE CRANE MALEFIQUE, MATT HELM REGLE SON « COMTE », PLUS FEROCES QUE LES MALES, IPCRESS DANGER IMMEDIAT, LA LETTRE DU KREMLIN, LE SERMENT DE ROBIN DES BOIS, LE MASQUE DE LA MORT ROUGE, ZOULOU ou encore COMTESSE DRACULA. Toutefois le rôle le plus célèbre de Green reste probablement Hercule qu’il incarne dans le chef d’œuvre JASON ET LES ARGONAUTES en 1963.

Ici, Nigel Green et Christopher Lee se montrent fort inspirés et leur composition respective élèvent largement le niveau d’une production souffrant malheureusement d’un certains manque de moyens par rapport aux visées du scénario. Si le début et le final, tous deux situés au Tibet, offrent un bel exemple d’aventures à l’ancienne, divertissante et rondement menée, les passages situés dans le quartier général londonien du génie du crime laissent par contre à désirer.

Tout cela manque en effet de folie pop, de fantaisie échevelée, d’imagination dans la menace (un gaz mortel, ce n’est pas franchement délirant) et de perversité dans le sadisme (même dans le cadre d’une production grand public le film peine à traduire la cruauté de l’infâme Fu Manchu). Comparativement aux James Bond de l’époque (ou même a CHAPEAU MELON ET BOTTES DE CUIR), le métrage souffre de trop de retenue dans le délire. Mais la reconstitution convaincante des années 1920, les quelques bagarres et poursuites (pas franchement réussies mais néanmoins distrayantes), l’une ou l’autre idée sympathique (le prologue tibétain par exemple) et le charme suranné de l’ensemble opèrent toutefois, de manière sporadique mais réelle.

Dans l’ensemble, LE MASQUE DE FU MANCHU se révèle donc satisfaisant même si il lui manque un petit quelque chose pour accéder au rang de véritable réussite. Si nous sommes loin d’un impérissable chef d’œuvre, le métrage, très professionnellement emballé par Don Sharp, reste en définitive un bon moyen de se divertir agréablement durant 90 minutes.

Et ce n’est déjà pas négligeable !

 

Fred Pizzoferrato - Aout 2009