LA GRENOUILLE ATTAQUE SCOTLAND YARD
Titre: Der Frosch mit der Maske / Face of the Frog
Réalisateur: Harald Reinl
Interprètes: Joachim Fuchsberger

 

Elfie von Kalckreuth
Jochen Brockmann
Carl Lange
Eddi Arent
Dieter Eppler
Eva Pflug
Année: 1959
Genre: krimi
Pays: Allemagne
Editeur  
Critique:

Réalisé en 1959, FACE OF THE FROG constitue la première adaptation post-Seconde Guerre Mondiale d’un roman du prolifique et populaire Edgar Wallace. Son succès devait entrainer une recrudescence du film policier à l’allemande, souvent teinté d’humour mais aussi d’épouvante.

Précurseur du giallo, cette tendance nommée « krimi » (qui, en Allemagne, qualifie tous les films de détection) perdura jusqu’au début des années ’70, époque où elle fut, justement supplantée par le giallo avec lequel les derniers épisodes de la saga ont fusionné. FACE OF THE FROG introduit, dès son entame, un univers immédiatement reconnaissable qui deviendra, par la suite, la norme du genre, tout en atmosphère mystérieuse et brumeuse.

Hélas, en dépit de son importance historique, FACE OF THE FROG semble aujourd’hui bien daté: les années ne furent pas tendre avec cette intrigue désuète qui manque clairement de mordant pour passionner le spectateur. Pourtant, les rebondissements y sont nombreux (peut-être un peu trop !) et s’enchainent sans temps morts, au risque de perdre le public dans une complexité un brin factice.

Un gang de criminels terrorise Londres, mené par un dirigeant masqué (affublé d’un déguisement ridicule de grenouille) dont nul ne connait l’identité. Les forces de l’ordre, menées par l’inspecteur Elk, s’avèrent incapable de le stopper et ne possèdent pas le moindre indice pouvant conduire à son arrestation. Neveu de Sir Archibald, le directeur de Scotland Yard, le jeune Richard Gordon prend l’enquête en main et remonte une piste prometteuse, celle de la charmante Ella Bennet dont le père parait appartenir au gang de la Grenouille.

Complexe (voir brouillon dans son dernier acte), le scénario de FACE OF THE FROG multiplie les sous-intrigues : l’investigation officielle de Scotland Yard, celle – officieuse - d’un jeune débrouillard aidé de son majordome distingué (Eddi Arent, élément comique récurent de la saga), les relations compliquées entre divers protagonistes secondaires empêtrés dans leurs liaisons amoureuses, etc. Tout cela n’est pas franchement aisé à suivre, ni d’ailleurs particulièrement intéressant : le film apparait parfois plus « agité » que réellement rythmé, un peu à la manière d’une pièce de boulevard dans laquelle chacun court, pousse des cris et claque des portes.

Néanmoins, les rebondissements en rafale rendent l’ensemble distrayant et l’humour, essentiellement véhiculé par un Eddie Arent en grande forme, fonctionne plaisamment et fera sourire les plus indulgents. La mise en scène, illustrative, se met, elle, entièrement au service du script et de ses mécanismes bien huilés qui proviennent directement de la littérature populaire avec leur lot de retournements de situation, coups de théâtre et autre criminel démasqué dans les ultimes secondes.

Troisième adaptation du roman homonyme d’Edgar Wallace, FACE OF THE FROG ne possède donc qu’un intérêt limité mais se suit sans déplaisir pour les cinéphiles curieux qui souhaitent explorer les origines du krimi. Honnête, sans plus ni moins.

 

Fred Pizzoferrato - Août 2013