FALCO TERROR
Titre: El ataque de los pájaros /
Beaks: The Movie / Birds of Prey /
Uccelli 2 - La paura / Evil Birds
Réalisateur: René Cardona Jr.
Interprètes: Christopher Atkins

 

Michelle Johnson
Sonia Infante
Salvador Pineda
Gabriele Tinti
Aldo Sambrell
Nené Morales
Année: 1987
Genre: Horreur
Pays: Mexique / Espagne
Editeur  
Critique:

Né en 1939 et décédé en 2003, le cinéaste, scénariste et producteur mexicain René Cardona Jr débute sa carrière en jouant, dès son plus jeune âge, dans les films de son papa, René Cardona Sr. Il passe, à son tour, à la mise en scène au milieu des années ’60 et va signer, durant une carrière qui s’étend sur quatre décennies, une centaine de long-métrages dont la plupart restent méconnus en Occident.

Spécialisé dans le cinéma bis, Cardona Jr livre, en 1972, un petit classique du genre, LA NUIT DES MILLE CHATS, puis se lance fiévreusement dans l’exploitation de recettes ayant déjà fait leur preuves comme en témoigne son célèbre TINTORERA LES DENTS D’ACIER, imitation largement portée sur l’érotisme des DENTS DE LA MER.

Le cinéaste aime également s’entourer d’anciennes gloires hollywoodiennes et engage, au fil des ans, des personnalités comme Joseph Cotten, John Ireland, Stuart Whitman, Yvonne de Carlo, John Huston ou Donald Pleasance. Véritable touche à tout, Cardona Jr passe du film catastrophe (CYCLONE) au fait divers romancé (LA SECTE DE L’ENFER), sans oublier le fantastique (LE MYSTERE DU TRIANGLE DES BERMUDES) ou l’aventure sanglante (LES DIAMANTS DE L’AMAZONE, par ailleurs plutôt plaisant).

Réalisé en 1987, FALCO TERROR s’inscrit dans la vivace tradition des « agressions animales » et reproduit, de manière brouillonne et chaotique, les grandes lignes du classique d’Alfred Hitchcock, LES OISEAUX. Les Italiens qui, décidément, ne reculent devant rien, l’exploitèrent même comme une séquelle officielle sous le titre racoleur de « Uccelli 2 - La paura ». L’intrigue, d’une simplicité proverbiale, illustre platement la révolte de la nature contre l’Homme. Les oiseaux, les premiers, protestent contre la destruction de leur environnement et se rassemblent pour attaquer les êtres humains. Diverses morts sanglantes se succèdent et une journaliste, chargée d’écrire un article sur le sujet, comprend peu à peu l’ampleur du phénomène et la menace qui pèse sur le monde. Elle va tenter de convaincre les incrédules, à commencer par son rédacteur en chef, du danger…

Décalque pataud du chef d’œuvre d’Hitchcock, FALCO TERROR substitue à la tension jadis développée par le maître du suspense une suite d’effets gore maladroits mais généreux. Fasciné par les énucléations, René Cardona Jr en filme une bonne dizaine, en gros plan et avec des flots de sang censés masquer les carences des maquillages. Si le cinéaste donne dans l’épouvante suggestive en filmant, comme son glorieux prédécesseur, la multiplication des méchants volatiles massés de manière menaçante sur les murets (quelle belle allitération !), il retombe rapidement dans les travers du gore de série B et propose des attaques variablement spectaculaires, souvent divertissantes quoique peu inspirées.

Pilote de deltaplane dont les yeux sont crevés en plein vol, assaut sur un avion puis sur un train, sans oublier le traditionnel siège d’une maison envahie par les bestioles qui brisent les vitres et se jettent sur leur victime,… FALCO TERROR joue la carte de la surenchère. Un procédé payant puisqu’il rend le long-métrage distrayant en dépit de son amateurisme consternant.

La mise en scène, pour commencer, patine dans la choucroute et le montage haché donne l’impression de visionner une copie de travail tant les raccords, d’une scène à l’autre, paraissent hasardeux. L’intrigue, elle, avance par à coup, sans la moindre fluidité ni progression dramatique, en suivant mollement divers protagonistes aux prises avec les volatiles. Difficile, par conséquent, de s’intéresser à leur sort ou de se sentir un minimum concernés par les péripéties routinières proposée par René Cardona Jr. Quant aux oiseaux utilisés, pour la plupart des pigeons et des colombes (sic !), ils peinent à générer le frisson et s’avèrent peu crédibles lors des attaques.

Toutefois, les acteurs humains se montrent aussi peu convaincants, que ce soit le bellâtre Christopher Atkins (LE LAGON BLEU) ou la mignonne Michelle Johnson (Dr RICTUS), lesquels côtoient l’inévitable Gabrielle Tinti, un familier de l’exploitation souvent vu chez Joe d’Amato. Des interprètes d’ailleurs peu aidés par des dialogues croquignolets, lesquels transforment le film en nanar parodique, offrant à l’amateur éclairé une poignée de répliques (involontairement) drôles.

Citons, pour la fine bouche, l’explication avancée par un quidam concernant l’origine de l’invasion animale : « Regarde ces poulets en train de rôtir avec une broche dans le cul, si j’étais leurs copains, moi aussi je me révolterais ». Un peu plus tard, le même déclare avec romantisme à son avenante collègue « il y a pas mal de mecs au bureau qui aimeraient farcir une volaille telle que toi ». Au moins, à défaut de frissons, FALCO TERROR permet de s’amuser.

La musique de Stelvio Cipriani, pour sa part, fatigue rapidement les oreilles et recycle des mélodies déjà trop entendue, à commencer par sa composition fameuse pour LE GRAND KIDNAPPING (plus tard réutilisée dans le BOULEVARD DE LA MORT de Tarantino).

Comme souvent avec ces petites productions horrifiques, la fin – abrupte ! – survient au terme d’une heure et quinze minutes de projection, le scénariste réalisant sans doute, à ce moment, qu’il est temps d’arrêter. Cette sage décision évite de faire durer plus que de raison cette intrigue basique et confère au produit fini un minimum de rythme, ce qui permet au moins de ne pas s’ennuyer.

Pour ne pas faillir à la tradition du cinéma catastrophe, FALCO TERROR se clôt cependant par un monologue alarmiste d’inspiration biblique destiné à avertir la population : l’accalmie sera brève, d’autant que les insectes s’apprêtent à prendre le relais des piafs pour poursuivre la conquête du monde…

Joyeusement gore (mais, étonnamment, peu porté sur l’érotisme et la nudité, quasi absents) et bien enlevé en dépit des nombreuses carences, FALCO TERROR constitue, en résumé, une grosse friandise de série Z complètement ratée mais, pourtant, relativement plaisante à suivre pour les amateurs indulgents de méchantes bestioles.

 

Fred Pizzoferrato - Novembre 2011