LES 4 FANTASTIQUES
Titre: The Fantastic Four
Réalisateur: Oley Sassone
Interprètes: Alex Hyde-White

 

Jay Underwood
Rebecca Staab
Michael Bailey Smith
Joseph Culp
Ian Trigger
Kat Green
Année: 1994
Genre: Science-fiction / Super Héros
Pays: USA
Editeur Jamais sorti officiellement !
Critique:

Considéré comme un nanar mythique, LES 4 FANTASTIQUES a acquis un statut culte de part son impossibilité à être visionné légalement. Toutes les copies circulant actuellement sur Internet ou lors de conventions consacrées aux comics s’avèrent, par conséquent, pirates. Comment en est on arrivé là ? Pour trouver une explication il faut remonter aux années ’70 et ’80. A cette époque, la Marvel a déjà tenté d’adapter son énorme vivier de bandes dessinées pour les petits et grands écrans, livrant des versions calamiteuses de Spider Man, Dr Strange ou Capitaine America. Ce sera via des personnages moins connus, comme Punisher et Blade, que la compagnie connaîtra ses premières modestes réussites.

Pendant ce temps, le rival historique de Marvel, la DC, connait de très gros succès commerciaux avec leurs adaptations de Batman. Et les « 4 Fantastiques » dans tout ça, la première et la plus fameuse équipe super héroïque de la Maison des Idées ?

Les droits du quatuor sont alors détenus par une compagnie allemande, Neue Constantin Film Production, incapable de rassembler les fonds nécessaires à un métrage de qualité. Alors que les rumeurs commencent à circuler sur d’éventuelles adaptations à gros budget des X Men, de Spiderman et des autres stars de la Marvel, les rusés producteurs décident d’adapter vaille que vaille les « 4 Fantastiques ».

L’idée est de réaliser un film, rapidement et n’importe comment, pour conserver les droits de la franchise et ensuite les revendre bien cher aux futurs investisseurs, lesquels ne manqueront pas de se manifester si les premiers long-métrages estampillés « Marvel » fonctionnent au box office. Un pari sans grands risques d’autant que, déjà à cette époque, Chris Columbus se déclare intéressé par les aventures de nos quatre amis dotés de super pouvoirs. Tenté par un coup de poker qui se révèlera payant, Roger Corman, le roi de la série B et Z américaine accepte d’avancer un budget dérisoire (un million et demi de dollars) pour tourner cette adaptation des « FF ».

Corman n’avait alors, selon diverses sources (Stan Lee par exemple), jamais eu l’intention de sortir le métrage et il souhaitait simplement l’enterrer pour toucher plus tard le pactole en revendant les droits de la bande dessinée à un plus gros studio. Mais, alors qu’on pouvait s’attendre à un bâclage absolu, l’équipe technique (ne sachant pas la destinée promise à leur grande œuvre) tente malgré tout de réaliser le meilleur film possible en dépit d’un budget ridicule par rapport à leurs ambitions.

Le film est finalement achevé mais LES 4 FANTASTIQUES ne virent jamais officiellement le jour, condamné à l’oubli pour laisser la place aux versions ultérieures à gros budget, LES 4 FANTASTIQUES et LES 4 FANTASTIQUES ET LE SURFEUR D’ARGENT.

Aujourd’hui, le métrage de Oley Sassone (BLOODFIST III et beaucoup de séries télévisées comme Hercule, Xena ou Mutant X) apparaît davantage comme une oeuvrette à la naïveté touchante que comme une réelle escroquerie. D’où un certain potentiel de sympathie en dépit de ses énormes faiblesses et d’une mise en scène plate (in)digne d’un téléfilm de bas étage.

Le scenario reprend les grandes lignes de la bande dessinée de Stan Lee. Reed Richards, un brillant scientifique, travaille sur de dangereuses expériences en compagnie de son ami Victor Von Doom, lequel meurt dans un accident de laboratoire. Dix ans s’écoulent et Reed décide de s’envoler pour l’espace en compagnie de son collègue, Benjamin Grimm et de ses amis, Susan et Johnny Storm. Malheureusement, un accident détruit leur vaisseau spatial expérimental qui retombe sur Terre et s’écrase.

Indemnes, les quatre amis ne tardent pas à découvrir qu’ils sont à présent dotés de pouvoirs surhumains. Reed, devenu Mr Fantastic, possède la faculté de s’étirer comme un élastique, Susan peut se rendre invisible, Johnny se transforme en torche humaine capable d’embraser des objets par la seule force de sa pensée. Quant à Ben il se change en un monstrueux colosse de pierres mais tombe néanmoins amoureux d’une jolie aveugle prénommée Alicia. Les 4 Fantastiques apprennent à maîtriser leurs nouvelles capacités, qu’ils doivent bientôt utiliser pour combattre Victor Von Doom, lequel n’est pas mort et règne maintenant en dictateur absolu sur un petit pays, désireux de dominer le monde avec l’aide de son équipier, le Joaillier.

En dépit de son budget minuscule, LES 4 FANTASTIQUES garde un certain charme tant le métrage se vautre dans un amateurisme finalement divertissant. Excepté Alex Hyde-White, relativement impliqué et crédible, les interprètes sont malheureusement médiocres, en particuliers Jay Underwood qui compose (c’est beaucoup dire !) une bien piètre Torche Humaine.

Au niveau des effets spéciaux, LES 4 FANTASTIQUES alterne le passable et l’embarrassant. La Chose fait illusion en se montrant indulgent mais les effets d’élasticité de Mr Fantastic sont la plupart du temps piteux. Pire encore, l’embrasement de la Torche aboutit à des séquences grotesques plombant totalement le métrage. D’autres passages, et en particuliers ceux située dans l’espace et suivi par le retour des astronautes, souffrent d’une complète indigence de budget et paraissent tirées d’un film amateur réalisé dans le jardin d’une bande d’apprentis cinéastes. Le Docteur Doom n’est guère mieux loti même si son apparence se montre fidèle à la bande dessinée. Une unique matte painting dévoile son extravagant repère mais les intérieurs de celui-ci rappellent les antres d’antiques mégalomanes à la Flash Gordon ou Fu Manchu, période « Serial ». Ce côté rétro assumé confère au film un minimum de potentiel divertissant. C’est peu mais il faudra s’en contenter.

Pour l’intrigue, les scénaristes ne se foulent guère et condensent les origines des quatre super-héros et leur premier affrontement avec leur ennemi juré le Dr Doom (Fatalis en version française) en un peu moins d’une heure et demi. Saluons toutefois la relative cohérence de l’intrigue, encore une fois plutôt fidèle aux grandes lignes du comic book, sans excuser des invraisemblances criantes, des raccourcis douteux (Ben et Reed passent chercher Susan et Johnny et les emmènent dans l’espace comme si il s’agissait d’une ballade en taxi) et un manque flagrant de développement des personnages. Le plus mal loti est sans conteste Victor von Doom, réduit à un pantin ricanant sous son masque métallique et à qui les auteurs n’évitent aucun clichés. Le Joaillier, vilain de seconde zone inventé pour l’occasion et rappelant quelque peu Le Pingouin (voire l’Homme Taupe) se limite pour sa part à l’une ou l’autre apparition sans intérêt sous un maquillage grossier.

Souvent considéré comme un des pires métrages de l’histoire du cinéma, LES 4 FANTASTIQUES ne mérite pas une telle infamie. En dépit de moyens ridicules, le réalisateur fait son possible pour proposer un spectacle au minimum tonique et distrayant. Même si tout cela reste au niveau des intentions, cette implication est à souligner et les acteurs, aussi mauvais qu’ils soient, semblent y croire.

Il règne dans ce film une véritable naïveté et l’impression persistante que chacun reste soucieux de livrer le meilleur produit possible malgré les insurmontables difficultés techniques, logistiques et budgétaies. Loin de ces navets emballés sans la moindre conviction et qui paraissent se foutre du spectateur dès les premières secondes du générique, LES 4 FANTASTIQUES a pour lui une candeur et une conviction réjouissantes.

Bourré de défauts, le film reste sympathique et rappelle aux fans de comics leur enfance, lorsqu’ils jouaient dans le jardin familial en se disant « alors on va faire comme si j’étais Mr Fantatic et que tu étais Fatalis ». LES 4 FANTASTIQUES remplit, au moins partiellement, son contrat de pur divertissement familial.

Le résultat, quoique raté, laisse surtout l’impression rageante que si ce pingre de Corman avait mis un peu plus d’argent sur la table il aurait pu proposer une véritable petite réussite du cinéma populaire. Dommage !

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2011