Critique: |
Jean Rollin a longtemps été méprisé en France et vénéré aux USA,
où une frange du public l'a érigé en auteur culte. Nul n'est prophète
en son pays, dit on, et son mélange d'érotisme prononcé, de fantastique
traditionnel et d'horreur sanglante, ne fut jamais appréciée à sa
juste valeur. Avouons également que nombre de ses films ne sont
guère passionnants.
En visionnant une œuvre de Rollin, les spectateurs, même fans de
fantastique, doivent s'attendre à une expérience dans laquelle il
n'est pas aisé d'entrer. On sait l'opposition existante entre les
détracteurs et les admirateurs du cinéaste.
Pour les premiers, les métrages de Jean Rollin sont lents, ennuyeux,
mal fichus, mal joués et dénué de scénario cohérent. Ce sont de
simple prétexte à des séquences de sexe, souvent lesbien, et des
scènes horrifiques décevantes.
Pour les seconds, le cinéaste s'adresse à un public plus intellectuel,
qui aime les références picturales, littéraires ou cinématographiques.
Les œuvres de Rollin relèvent de l'art, non de l'exploitation. Qui
a raison?
Qui a tort? A mon avis, personne.
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Rollin fait bel et bien du cinéma populaire: il a quand même tourné
une quinzaine de porno et à part LE PARFUM DE MATHILDE, co-réalisé
avec Marc Dorcel, aucun n'a bonne presse. On lui doit aussi quelques
titres peu glorieux comme LES TROTTOIRS DE BANGKOK, ZOMBIE LAKE
et les scènes hardcore de EMMANUELLE VI. Pour la cinémathèque, ce
n'est donc pas gagné! Rollin donne cepandant à son cinema bis un
cachet auteurisant bienvenu. Mais la critique n'est pas toujours
tendre à son égard. Lorsque l'on met en scène des vampires lesbiennes
dans des décors de château propices à des orgies sanglantes, le
public "arty" ne suit pas. Mais lorsqu'on propose, entre les séquences
"d'action", de longs passages contemplatifs et quasi surréalistes,
les amateurs de bis se sentent floués. De qui se moque t'on? semblent-ils
dire. Rendez-nous Jésus Franco!
Rollin a le cul entre deux chaises et FASCINATION illustre bien
ce problème mais, pourtant, il n'a pas volé son titre et s'avère
agréable à suivre dans le domaine du cinéma de genre fondamentalement
différent et libéré des conventions. Donc, autant savoir à quoi
s'attendre. |
| Le scénario, tout d'abord, est minimaliste et cliché à souhait:
un jeune voleur, Marc, fuit ses complices avec le butin d'un cambriolage
et échoue dans un château où vivent deux demoiselles peu farouches.
Marc les enferme mais les coquines ne s'en formalisent guère: elles
en profitent pour s'adonner au culte de Lesbos avec douceur et énergie.
La lumière est caressante et la caméra s'attarde amoureusement sur
les corps emmélé des jeunes femmes. On reconnaît la pate de l'auteur
pornocrate mais la séquence est sensuelle, suggestive et belle.
Puis, les filles quittent la pièce (elles avaient un double de la
clé!) et menacent leur invité, qui parvient à les désarmer. Les
complices de Marc débarquent alors et jouent du pistolet pour le
forcer à quitter sa cachette. Une des filles (Brigitte Lahaie, sublime et plutôt douée pour la comédie même si c'est surtout sa plastique qui est ici mis en évidence)
décide de rendre aux voyous l'argent volé mais ceux-ci jugent cette
bonne action insuffisante. Bien sûr, la belle demoiselle est violée
dans les écuries par un des apaches, qu'elle poignarde ensuite.
Vêtue d'une sorte de cape qui ne cache rien de son anatomie, elle
tue alors les trois criminels restants, à coup de faux. Une scène
plastiquement très aboutie, qui permet à Rollin des compositions
d'une grande beauté et des images vraiment splendides. Ensuite,
l'intrigue se concentre sur une série de bourgeoises bisexuelles
venues passer la nuit au château pour se repaitre de sang humain.
Marc est la victime désignée du sacrifice après de nouveaux jeux
amoureux… |
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Jean Rollin livre au final un petit budget intéressant, qui parvient
à dépasser ses contraintes imposées (décor réduit à un seul lieu,
interprétation approximative) et ses défauts évidents (dialogues
un peu ridicule, rythme assoupi, intrigue simpliste) pour offrir
au spectateur une œuvre singulière…et fascinante par instant.
Entre cinéma d'auteur, érotisme, fantastique et horreur, FASCINATION
s'impose comme une alternative possible au cinéma conformiste et
formaté. Même si on ne va pas crier au génie, l'entreprise apparaît
finalement honnête, sympathique et foncièrement originale.
Pas mal, donc.
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