CRIMES SUR MESURE
Titre: La morte è di moda / Fashion crimes
Réalisateur: Bruno Gaburro
Interprètes: Anthony Franciosa

 

Miles O'Keeffe
Teresa Leopardi
Marina Giulia Cavalli
Luigi Montini
Giancarlo Prete
Giuseppe Pambieri
Année: 1990
Genre: Giallo
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

En 1989, le giallo a déserté les écrans ou s’est dilué dans des productions standardisées qui tiennent davantage du slasher ou du thriller érotique que des ancêtres italiens. Bruno Gaburro tente pourtant de réactiver le genre en reprenant à son compte les poncifs instaurés par Mario Bava un quart de siècle auparavant. Mannequin en danger, révélations successives, assassin mystérieux ganté de cuir noir frappant ses victimes à l’aide d’un couteau à cran d’arrêt, psychiatre louche, infidélité, inspecteur débonnaire,…En apparence rien ne manque à CRIMES SUR MESURE pour s’imposer comme un classique du giallo. Rien sauf le talent, malheureusement, puisque le résultat s’apparente bien davantage à un téléfilm policier routinier qu’à SIX FEMMES POUR L’ASSASSIN.

Une top modèle, Gloria, rentre chez elle, un soir, après un défilé et, suite à un problème de voiture, cherche assistance auprès des habitants d’une villa isolée. Quelques temps plus tard, la demoiselle, conduite à l’hôpital, se remet d’un choc et souffre d’amnésie. Elle affirme avoir été témoin de l’assassinat d’une jeune femme par un inconnu mais personne ne semble convaincu par ses dires, d’autant que la maison où le crime s’est soi-disant déroulé se révèle à l’abandon depuis de nombreuses années. Gloria accepte finalement de tenter une expérience de régression hypnotique conduite par le respecté psychiatre Gianmarco Contini. Si les premiers essais s’avèrent satisfaisants, il apparait toutefois que le médecin n’est autre qu’un des propriétaires de la fameuse demeure abandonnée ! Tandis que le meurtrier s’en prend à son entourage, Gloria tente de raviver ses souvenirs sous la protection de l’inspecteur Rizzo.

Laborieux, CRIMES SUR MESURE déroule une intrigue sans grand intérêt et bourré d’incohérences qui peine à maintenir l’intérêt du spectateur. Dès l’entame, le scénariste parait, de toutes manières, avoir baissé les bras puisque l’unique témoin d’un crime est épargné par l’assassin (pourquoi ?) qui, par la suite, passe le reste du métrage à essayer de la supprimer.

Les rebondissements successifs manquent, eux aussi, de vraisemblance et, si cette constatation peut s’appliquer à de nombreux thrillers, y compris parmi les plus réputés, le cinéaste ne parvient nullement, ici, à faire passer la pilule. Les personnages sont, en outre, inintéressants et les tentatives du cinéaste de leur conférer un minimum d’épaisseur plus problématiques que convaincantes. L’inspecteur déambule par exemple de manière décontractée et discourt de sa grande passion, la pêche à la ligne, tandis que tous les indices pointent vers le psychiatre. Néanmoins, les habitués, qui connaissent la chanson, comprennent immédiatement qu’avec ce faisceau de présomptions pesant sur sa personne, notre disciple de Freud ne peut être le véritable coupable. Ce-dernier se dévoilera, forcément, durant un climax bâclé et d’une mollesse impardonnable. Campé par un Miles O’Keefe (le diptyque ATOR et S.A.S. A SAN SALVADOR) désintéressé au possible, ce médecin ne se montre de toutes façons nullement crédible tandis que Teresa Leopardi traverse le film au bord de l’assoupissement complet.

La mise en scène insipide et l’horripilante musique synthétique n’arrangent guère les choses et CRIMES SUR MESURE distille, au final, un ennui persistant. Seuls quelques scènes éclairées de manière agressives et l’un ou l’autre passage où intervient le meurtrier se hissent, péniblement, au-dessus d’une épuisante médiocrité. Les amateurs d’exploitation se sentiront d’ailleurs frustré de la timidité du produit puisque l’érotisme, pourtant promis par le milieu fantasmatique du mannequinat, brille par son absence. Les meurtres, peu nombreux, sont également dénués de sang et ne possèdent aucun impact horrifique.

Si CRIMES SUR MESURE se conforme davantage aux schémas du giallo que bien des productions sorties à la même époque il n’est pas, hélas, une réussite et constitue même un des plus ennuyeux exemple de ce genre jadis flamboyant. Triste.

 

Fred Pizzoferrato - Mai 2014