LA FEMME AUX SEINS PERCES
Titre: Chikubi ni piasu o shita onna
Réalisateur: Shôgorô Nishimura
Interprètes: Jun Izumi

 

Nami Matsukawa
Tatsuya Nanjô
Kate Asabuki
Koshirô Asami
Usagi Asô
 
Année: 1983
Genre: Pinku / Erotique / SM / Drame
Pays: Japon
Editeur Wild Side
Critique:

Datant de 1983, LA FEMME AUX SEINS PERCE s’inscrit dans cette prolifique lignée d’œuvres basées sur l’initiation à la soumission d’une jeune femme prête à accepter toutes les humiliations pour garder l’amour de son « maître ».

Dans la lignée du Marquis de Sade (crédité comme inspirateur « officiel ») ou des classiques littéraires comme « Histoire d’O » ou « L’Image », LA FEMME AUX SEINS PERCES suit le parcours d’une infirmière jouée par Jun Izumi, Satsuki, qui se laisse séduire par un inconnu, Gondo. Celui-ci lui offre chaque jour des fleurs et le couple entame une liaison passionnée. Mais l’homme désire bien plus qu’une amante, il veut une femme totalement soumise prête à accepter le moindre de ses désirs. Peu à peu, Satsuki accepte les chaines et les brutalités, étant chaque jour rabaissée davantage jusqu’à devenir un simple objet entre les mains de son « seigneur»…

Réalisé par le spécialiste incontesté du SM nippon Shôgorô Nishimura (auquel on doit de nombreuses adaptations de Dan Oniroku dont les actualisations de FLOWER AND SNAKE au milieu des années ’80), LA FEMME AUX SEINS PERCES déroule l’attirail coutumier de la domination. Une initiation progressive filmée avec beaucoup de maîtrise afin de suggérer sans jamais trop en dévoiler. Le film se conforme ainsi aux tabous japonais érigés par la censure et ne montre, par exemple, jamais les sexes des acteurs et actrices. Le cinéaste, timoré sur le plan purement graphique, se permet par contre un discours idéologiquement gratiné qui débute par un viol sauvage dans les toilettes publiques.

Classiquement, la jeune femme en redemande et s’installe chez son « bourreau », lequel va prendre plaisir à l’humilier de diverses manières. Le long-métrage s’intéresse, dès lors, à cette relation amoureuse en apparence aberrante et complètement toxique pour la demoiselle qui, pourtant, se soumet de bonne grâce aux envies perverses de son partenaire. Pour cela, ce-dernier use d’une sorte de conditionnement mental effectué à l’aide de « phrase clé », répétées à l’envie, dont les mots possèdent un pouvoir hypnotique sur sa maîtresse. Une bonne idée même si la courte durée du film (un peu moins de 70 minutes) empêche de la crédibiliser réellement…au spectateur d’accepter les ellipses dans le processus de dressage. Et, aussi, d’admettre la volonté d’exploitation d’un titre à considérer, surtout, comme un pur fantasme plutôt que comme une exploration psychologiquement sérieuse d’un processus de soumission.

Lors d’une scène qui constitue, probablement, le passage à la limite (pour le personnage mais aussi le spectateur qui risque d’être choqué devant l’audace) la femme devient l’urinoir de son « maitre » et accepte d’ouvrir la bouche chaque fois qu’il a besoin de se soulager. Agenouillée, la demoiselle lui conseille simplement de « bien viser » car elle s’est maquillée pour sortir et n’aura pas le temps pour une retouche. Un peu plus tard, devant une de ses amies, notre infirmière s’apprête à recevoir une nouvelle douche dorée en public mais l’homme s’éloigne en souriant et la laisse en position de complète soumission. Tordu et malsain!

Emportée par son souhait de satisfaire l’Homme, Satsuki sera encore davantage rabaissée par la suite puis transformée en véritable chienne qui, enchainée, mange par terre ou se nourrit dans une gamelle tel un animal domestique. LA FEMME AUX SEINS PERCES propose d’autres idées particulièrement tordues, à l’image de ce club privé pour « gentlemen » qui comprend une étrange cave à vin dont les occupantes, nues et enchaînées, se plient aux désirs des hommes venus les déguster comme de véritables « grands crus ». Les plus sensibles détourneront également le regard lors de deux passages éprouvant au cours desquels des tétons sont percés en gros plan afin d’y placer des anneaux, considérés comme signes d’appartenance complète de la soumise.

Au rayon des idées folles et complètement sadiennes citons encore cette jeune femme attachée à une cible tournoyante tandis que son tortionnaire y décoche des flèches enflammées à l’aide d’un arc. Toutefois, LA FEMME AUX SEINS PERCES peut, à plusieurs occasions, se conformer aux attentes des amateurs d’érotisme et compose quelques scènes plastiquement sublimes. On note, en particuliers, cette séance de masturbation de l’héroïne qui se roule sur un véritable tapis de rose dont les épines lui meurtrissent la peau.

Exemple typique d’un érotisme nippon à la fois malsain, raffiné et fascinant, LA FEMME AUX SEINS PERCES constitue un bel exemple de « roman porno » teinté de sadomasochisme mais sera néanmoins réservé aux habitués du genre, lesquels ne se choqueront pas du discours machiste et de l’imagerie humiliante développée.

 

Fred Pizzoferrato - Novembre 2013