FEMMES CRIMINELLES
Titre: Tokugawa onna keibatsu-shi / The Joy of Torture
Réalisateur: Teruo Ishii
Interprètes: Yuki Kagawa

 

Asao Koike
Reiko Mikasa
Miki Obana
Masumi Tachibana
Fumio Watanabe
Teruo Yoshida
Année: 1968
Genre: Erotique / Horreur / Tortures / Film à sketches
Pays: Japon
Editeur HK Video
Critique:

Le cinéaste nippon Teruo Ishii (1924 – 2005) est un des principaux pourvoyeurs des récits ero-guru dont FEMMES CRIMINELLES reste un des plus beaux représentant. Débutant sa carrière de réalisateur en 1957, il touche à la science-fiction, le polar puis l’érotisme dont il devient un des maîtres. Le cinéaste, qui a rejoint la prestigieuse Toei au début des sixties, débute en 1968 une série de « films de tortures » mêlant violence sadique et érotisme déviant.

Le premier d’entre eux, le célèbre FEMMES CRIMINELLES, est sans doute le plus réussi et épouse, comme la majorité de la saga, les codes du film à sketches. Les trois segments qui composent cette anthologie abordent différents sujets et se révèlent tous intéressants, fait suffisamment rare, dans le domaine très inégal des « films à sketches », pour être signalé.

Le premier traite de l’amour incestueux (mais non consommé) d’un jeune homme, Shinza, pour sa sœur Mistu. Afin de payer le traitement médical nécessaire à son frère blessé, Mitsu se voit contraindre d’accepter les désirs lubriques du patron de Shinza, Mino, qui la viole avant de la soumettre à un odieux chantage. Conduite devant un tribunal qui la juge pour son supposé inceste, Mitsu garde le silence pour ne pas trahir l’honneur de son frangin. Elle sera suppliciée puis crucifiée la tête en bas au bord de l’eau.

Avec ce premier sketch, Teruo Ishii définit déjà les bases de la plupart des épisodes de la longue saga des « Joy of Torture » : attrait pour les tabous sexuels, intrigues basées sur le chantage, notions de perte de l’honneur et supplices divers et variés, à la fois brutaux et magnifiés par la photographie classieuse, comme en témoigne ce final visuellement splendide qui voit la jeune héroïne longuement agoniser dans le soleil couchant.

Le second sketch reste dans la thématique des amours interdits, cette fois entre une religieuse bouddhiste et un moine. Surprise par une rivale, la demoiselle sera soumise à de nombreuses tortures imaginatives qui incluent, par exemple, l’insertion dans son intimité d’anguilles, de piments ou d’un fer chauffé au rouge. Le final joue la surenchère avec une poignée de nonnes crucifiées et éventrées à coups de lance dans des flots de sang vermillon très esthétiques. Mené à bon rythme, cette histoire très linéaire impressionne par les tortueuses proposées qui, si elles restent plus suggérées que dévoilées graphiquement, n’en sont pas moins corsées.

Enfin, la dernière histoire raconte les tentatives d’un tatoueur nommé Horicho pour capturer, par son art, l’expression de la souffrance absolue. Alors qu’il pense avoir accompli son chef d’œuvre sur le dos d’une geisha, un jaloux lui affirme que les sentiments reflétés par les suppliciés sont erronés. Pour découvrir la véritable nature du tourment, le tatoueur suit un bourreau sadique dans ses tâches quotidiennes, lesquelles comprennent les tortures sexuelles d’une demi-douzaine de jeunes femmes accusées de prosélytisme chrétien.

S’il commence de manière assez posée, ce troisième sketch s’avère, au final, un des plus intéressants, ne serait-ce que par son twist final un peu prévisible mais plaisamment efficace. Les tortures, elles, sont variées : flagellations, corps plongés dans l’eau, poids posés sur des jambes martyrisées, etc. Le cinéaste reviendra d’ailleurs sur la fascination des tatouages dans l’épisode suivant de la série, le réputé (mais un poil décevant) L’ENFER DES TORTURES.

FEMMES CRIMINELLES, encore visuellement timide dans ses excès (la suggestion reste de rigueur en dépit d’une bonne dose de gore), mêle raffinement esthétique, érotisme déviant et brutalité sanglante dans une suite de saynètes sadomasochistes typiques des excès du « pinku ».

Proposant une totale érotisation de la souffrance féminine dans laquelle la cruauté tient lieu de spectacle émoustillant, FEMMES CRIMINELLES, tout comme les autres volets de la saga des « Joy of Torture », provoquera sans doute quelques crises cardiaques chez les féministes mais devrait ravir les amateurs d’exploitation complaisante.

 

Fred Pizzoferrato - Novembre 2013