FEMMES DE SADE
Titre: Femmes de Sade
Réalisateur: Alex de Renzy
Interprètes: Ken Turner

 

Joey Silvera
Abygail Clayton
Annette Heaven
John Leslie
Leslie Bovee
 
Année: 1976
Genre: Porno
Pays: USA
Editeur Blue One
Critique:

Classique du hardcore des seventies, le métrage du spécialiste Alex de Renzy se réfère abusivement au divin marquis en nommant son "héros" Rocky DeSade. L'intrigue suit donc les pas de ce Rocky, fraîchement libéré de prison en compagnie d'un de ses copains de cellule, lequel est accueilli par sa copine très entreprenante. Rocky, après avoir bu une bière, se met à espionner le couple, tabasse son ancien compagnon de détention et viole la femme. Ensuite, le détraqué poursuit sa route en agressant violemment plusieurs jeunes personnes, dont une prostituée qu'il sodomise à coup de bouteille. Mais Rocky tombera finalement dans un piège tendu par ses victimes, lesquelles se vengeront cruellement.

FEMMES DE SADE est souvent présenté comme le meilleur métrage d'Alex de Renzy. Difficile de pouvoir l'affirmer devant une filmographie d'au moins 150 titres mais il est clair que FEMMES DE SADE possède une classe rarement égalée dans le domaine du cinéma X. Si Alex de Renzy est surtout célèbre pour ses "mondo porno" (comme PORNOGRAPHY IN DANEMARK, LONG JEAN SLIVER ou le "fameux" ANIMAL LOVER) et ses compilations comme ANTHOLOGIE DU PLAISIR, il a ensuite lancé quelques classiques du porno chic avec les saga BABY FACE et PRETTY PEACHES avant de sombrer comme tant d'autres dans la routine du tournage vidéo dénué de toutes ambitions. Mais FEMMES DE SADE, pour sa part, constitue une des meilleures surprises venues de ce qu'il est convenu d'appeler (avec raison) "l'âge d'or du cinéma X".

Doté d’un scénario plus travaillé que la moyenne, d’une mise en scène professionnelle et d’un montage adéquat donnant un bon rythme à l’ensemble, FEMMES DE SADE ne cherche pas à se montrer plus intellectuel que nécessaire (nous sommes quand même devant du porno !) mais élève cependant le propos en soignant l’emballage. En gros, Alex de Renzy ne cherche pas à rivaliser avec le cinéma traditionnel en sombrant dans la prétention et les tics « auteurisant » mais donne aux spectateurs un X de qualité. L’intrigue, bien que simple, existe donc réellement et n’est pas un simple prétexte à une série de scènes hard, même si celles-ci occupent logiquement une bonne moitié du temps de projection.

Au niveau purement sexuel, FEMMES DE SADE aligne les grandes figures de la pornographie mais reste relativement sobre, dans la tradition du porno chic. Le sadisme suggéré par le titre reste gentillet et plus fantasmatique que vraiment exploité, évitant au métrage de sombrer dans le glauque et le mauvais goût. Pourtant FEMMES DE SADE se révèle plus hard que la majorité des métrages appartenant à l’âge d’or du porno et verse régulièrement dans le pur cinéma d’exploitation (ou de sexploitation dans ce cas précis) en n’hésitant pas à briser quelques tabous encore vivaces au milieu des années 70. La séquence d’orgie finale se montre ainsi plutôt épicée avec quelques humiliations et un peu de scatologie, probablement truquée d’ailleurs. Un très bref passage zoophile impliquant un dalmatien survient également à la fin de cette longue scène alternant brutalité, délires décadents et érotisme déviant. Une combinaison annonçant les grandes œuvres de Gregory Dark comme la fameuse saga NEW WAVE HOOKERS.

Considéré à l’époque comme un métrage violent (le « héros » incarné par Ken Turner est en effet peu recommandable et certains viols, assez brutaux, sont d’ailleurs traité « sérieusement » et non pas à la manière de fantasmes comme dans moult productions X), FEMMES DE SADE semble pourtant relativement anodin aujourd’hui même si l’aspect détraqué de son personnage principal annonce les futurs psychopathes du cinéma « classique » des années 80.

Alex de Renzy s’est donc entouré d’une équipe éprouvée pour offrir au porno une belle réussite : les actrices sont belles et n’ont pas froid aux yeux (ni ailleurs), les acteurs masculins donnent un minimum de crédibilité à leur rôle et les techniciens sont solides, assurant à FEMMES DE SADE une bonne tenue générale proche, techniquement, du cinéma traditionnel de la même époque. Parmi les performeuses on remarque en particulier la débutante (et futur sex star) Hannette Haven (SEXWORLD, « F », TAKE OFF) aux côtés d’une certaine Abigail Clayton, une très belle demoiselle croisée en victime dans de nombreux hardcore (dont SEXWORLD) et le classique horrifique MANIAC.

Du côté des hommes, Ken Turner, dans le rôle du cinglé Rocky De Sade, démontre sa souplesse en effectuant une auto-fellation (!) et se laisse violer avec un godemichet par ses anciennes victimes dans une scène de revanche finale assez gratinée. Ce fut l’unique tête d’affiche de Ken Turner (sa seule autre contribution au cinéma fut un petit rôle dans la superproduction érotique SODOM AND GOMORRAH des frères Mitchell). Le légendaire John Leslie et l’infatigable Joey Silvera (plus de 900 titres en 30 ans !) complètent le casting.

Pour corser un peu le plat, Alex de Renzy promène encore sa caméra dans les quartiers chauds de la Californie du milieu des seventies, explorant librairies pour adultes, sex shop et autres bars avec un côté quelque peu documentaire, capturant sur pellicule les années « décadentes » et pré-sida des Etats-Unis.

Parmi les meilleurs porno des seventies, FEMMES DE SADE réussit l’exploit de maintenir l’intérêt durant près de 90 minutes et, incroyablement, reste intéressant même dans les passages non hard. A coup sûr le signe d’un vrai classique du X bénéficiant de beaucoup de soin et ayant parfaitement traversé les années!

 

Fred Pizzoferrato - Septembre 2009