FLICS DE CHOC
Titre: Flics de choc
Réalisateur:
Interprètes: Marc Chapiteau

 

Chantal Nobel
Pierre Banderet
Pierre Massimi
Jean-Luc Moreau
Mylène Demongeot
Jacques Balutin
Année: 1983
Genre: Polar
Pays: France
Editeur
Critique:

Réalisé en 1983 par Jean-Pierre Desagnat (dont le précédent méfait était le sinistre LES CHARLOTS CONTRE DRACULA), ce polar français très bis compile à peu près tous les défauts du genre pour aboutir à un résultat à la fois très mauvais et étrangement fascinant.

L’intrigue, inspirée d’un roman de Série Noire, n’est guère originale et rappelle grandement quelques thrillers italiens des années ‘70 comme LA LAME INFERNALE ou A TUTTE LE AUTO DELLA POLIZIA. Sauf que le résultat s’éloigne du giallo et ressemble à un léthargique épisode de série télévisée mâtinée de comique lourdingue, de nudité gratuite, de poussées de violences et de passages de « sexploitationn » incongrus.

Une femme, surnommée La Maitresse (Mylène Demongeot), organise des orgies destinées à de vieux nantis (refrain connu). Pour renouveler son « personnel », elle kidnappe deux demoiselles mais l’une d’elles parvient à s’échapper. Décidée à témoigner à la télévision, la gamine est tuée en pleine rue par un motard en combinaison de cuir noir. S’en est trop pour une brigade de policiers d’élite baptisée « flics de choc » qui décide de rendre justice et de démanteler un réseau de traite des blanches opérant avec la complicité de certaines élites.

Déjà handicapé par un script linéaire et prévisible, FLICS DE CHOC souffre en outre d’une interprétation globalement catastrophique (excepté quelques seconds rôles qui parviennent à faire illusion) accentuée par des dialogues consternants. Chacun des flics, en effet, s’exprime par des citations, des répliques voulues marrantes et autres « punchlines » à la Belmondo des grands jours nullement crédibles dans le contexte voulu sérieux.

L’humour se révèle attendu : une fille affirme que son amant d’une nuit « est à tuer » et l’instant d’après le voilà abattu. Suite aux commentaires peu sympathiques d’une demoiselle sur les performances sexuelles d’une victime, la principale flic de choc (Chantal Nobel) s’exclame devant le cadavre « heureusement qu’il n’entend pas, il en mourrait ». La scène de sa mort provoque également quelque ricanements, notre tueur en gilet pare-balles voyant un couteau rebondir sur sa poitrine renforcée de cuir. Plus drôle que ce passage où, après la mort d’un collègue, un flic se déclare « décidé » à quoi un autre policier ajoute malicieusement « à coudre ? ». De la bonne vanne !

Autre moment « pouet pouet » consternant : Marc Chapiteau attaché « pour rire » par ses équipiers sur un instrument de dressage SM et contraint de hennir comme un cheval. Dans ces conditions, le message (repiqué à divers polars ritals de la décennie précédente) sur la corruption des riches, les accointances du politique avec le crime organisé et la décadence des mœurs s’avère peu crédible mais participe au climat général de cette LAME INFERNALE du pauvre.

Typique de son époque, FLICS DE CHOC tente de paraitre mode et, forcément, s’est très vite démodé. Entre les tenues branchées des agents de police (blouson de cuir rouge, écharpe et T-shirt de Nina Hagen pour la forte tête de l’équipe), les cascades de Remy Julienne filmées sous tous les angles (et montrées cinq ou six fois de suite afin que le spectateur puisse les détailler à loisir), l’escale devant la console d’arcade et son « Casse-briques » (seuls les quadragénaires comprendront) et le machisme satisfait des protagonistes masculins (tous fans de football), le long-métrage accuse le poids des ans mais parvient à divertir par ses options d’exploitations surprenantes.

Quoique labellisé tous publics lors de sa sortie, FLICS DE CHOC offre en effet la dose de nudité escomptée et les victimes du meurtrier tombent au ralenti dans de belles éclaboussures écarlates sous le regard de figurants amorphes. Le climax parait, pour sa part, expédié : l’identité du tueur casqué semble n’avoir aucune importance (qui est-il ? d’où vient-il ? Nous ne le sauront jamais) et il est abattu par nos policier avec l’aide opportune d’un gamin qui lui balance une boule de pétanque dans les jambes. Grand moment à nouveau.

Les dernières minutes nous apprennent que l’affaire sera étouffée car un homme d’Etat important partouzait avec les gamines contraintes à la prostitution. Là encore, du banal ! Heureusement, un témoin se manifeste, refuse d’enterrer cette histoire et tout finira bien, les flics de choc ayant même droit à un congé bien mérité. Bref, FLICS DE CHOC constitue un minable polar aux évidentes inspirations italiennes mais l’ensemble pourra divertir les nostalgiques.

Proche d’une version édulcorée des romans de gare à la « Brigade Mondaine » / « Police des mœurs » publiés chez Gérard De Villiers, cet ersatz de giallo saura satisfaire les amateurs de sous-produits gentiment racoleurs. A condition de prendre le tout avec indulgence et, surtout, beaucoup de second degré il est possible de passer une soirée agréable.

Fred Pizzoferrato - Août 2015