FLOSSIE
Titre: Flossie / Les expériences sexuelles de Flossie
Réalisateur: Mac Ahlberg
Interprètes: Marie Forså

 

Jack Frank
Anita Ericsson
Kim Frank
Gunilla Göransson
Lars Dahlgård
Marianne Larsson
Année: 1974
Genre: Erotique / Porno
Pays: Suède
Editeur Bach Films
Critique:

Petit classique de l’érotisme scandinave, FLOSSIE fut réalisé en 1974 par Mac Ahlberg et se situe logiquement au cœur du grand boom « sexy » du milieu des seventies. A cette époque, la frontière entre érotisme et pornographie se brouille et les films proposent des scènes considérées comme « soft » mais cependant très osées (fellation, masturbation, sexe en érection, etc.).

Toutefois, la libération des mœurs entraine la déferlante du hardcore et FLOSSIE devient trop timide pour son exploitation en salles. Dès lors une poignée d’inserts (environ trois minutes de métrage supplémentaires) viennent s’intercaler, plus ou moins harmonieusement, dans les scènes sexy et font définitivement basculer l’entreprise vers le porno. Les deux versions sont cependant présentes sur le dvd édité par Bach Films, laissant le cinéphage libre de choisir l’une ou l’autre. Une belle initiative.

L’intrigue, pour sa part, se conforme aux standards du genre. Un diplomate ayant beaucoup de succès auprès de la gent féminine, Jack Archer, se voit muter à Stockholm où, selon lui, vivent les plus belles femmes du monde. Il rencontre rapidement la jeune et jolie blonde Flossie, laquelle vit une grande relation homosexuelle avec la plus âgée mais toujours désirable Eva. Jack et Flossie se lancent, dès le lendemain, dans une suite de galipettes poussées mais Flossie refuse cependant d’ouvrir ses cuisses au diplomate, affirmant qu’elle a promis à Eva de lui garder l’exclusivité de son intimité. Le couple commence à se raconter ses souvenirs sensuels et le désir grimpe rapidement…

Mac Ahlberg reste une personnalité singulière du cinéma dont le parcours atypique mérite bien quelques commentaires. Il débute comme directeur de la photographie dans sa Suède natale puis devient metteur en scène et adapte, de manière « olé-olé », bon nombre de classiques littéraires. Il propose ainsi treize films entre le milieu des années ’60 et la fin des années ’70 dont BEL AMI (qui adapte Maupassant), NANA (inspiré par Zola), etc.

On lui doit aussi deux adaptations de romans salaces bien connus : JUSTINE ET JULIETTE (d’après, bien sûr, l’œuvre du Marquis de Sade) et FANNY HILL, seconde version (après celle de Russ Meyer) de l’excellent bouquin de John Cleland, un auteur anglais du XVIIIème siècle. Toutefois, après cette carrière déjà bien remplie, Mac Ahlberg décide de reprendre son premier métier et s’exile aux Etats-Unis où il exerce en tant que directeur photo sur un paquet de séries B comme HELL NIGHT, THE SEDUCTION ou LES ANGES DU MAL. Réputé pour sa collaboration avec le producteur Charles Band, il travaille sur RE-ANIMATOR, DOLLS, FROM BEYOND et d’autres petits classiques des années ’80. Par la suite, Mac Ahlberg passe à l’échelon supérieur et œuvre sur la série télévisée culte « Dream On » ou sur des blockbusters comme LE FLIC DE BEVERLY HILLS 3, le remake d’OSCAR ou encore le INNOCENT BLOOD de John Landis. Hélas, il retombe finalement dans la série Z et le direct to vidéo durant les dernières années de sa carrière (EVIL BONG, PUPPET MASTER : THE LEGACY). Un parcours sacrément saugrenu pour un cinéaste qui livra, avec FLOSSIE, un sympathique porno, enjoué et plein d’un charme nostalgique, loin des mornes et mécaniques copulations du X actuel.

Basé sur les monologues en voix off du principal protagoniste, Jack, lequel commente l’intrigue de manière très littéraire avec un vocabulaire recherché, pour ne pas dire précieux, FLOSSIE déroule une série de flashbacks « sexy » qui renouvellent habilement la mécanique sensuelle du long-métrage.

Si le début fait craindre le pire (la première scène chaude dure trop longtemps et trahit un budget restreint), les différentes escapades du héros et de sa belle conquête occupent ensuite efficacement le temps de projection pour rendre le film plaisant et rarement ennuyeux. Filmé dans des décors classieux et doté d’éclairages aux couleurs chaudes qui lui confèrent une atmosphère réussie, FLOSSIE se montre, dès lors, ludique et développe une philosophie insouciante et libertine, héritée sans doute du flower power dont les derniers effluves enfumés imprègnent ce sympathique scénario d’initiation érotique. La vedette de FLOSSIE, Maria Lynn (de son vrai nom Marie Forsa) avait eu précédemment de petits rôles dénudés dans LE CHATEAU DES MESSES NOIRES et CONTES IMMORAUX. Elle débute ici sa collaboration fructueuse avec Mac Ahlberg, qu’elle suivit durant une bonne partie de sa carrière sexy avant de se retirer du cinéma et de complètement disparaitre de la circulation à la fin des années ’70. Elle est cependant la seule actrice de FLOSSIE pouvant se targuer de posséder une certaine renommée puisque ses partenaires, tant masculin (Jack Frank) que féminines (Anita Ericsson, Kim Frank) n’ont guère marqués les esprits. Ils démontrent pourtant de jolies aptitudes à la comédie et se révèlent corrects et crédibles dans leur interprétation, souvent très naturelle.

Témoignage précieux d’une époque révolue, FLOSSIE demeure, après près de quatre décennie, un plaisant divertissement érotico-porno à savourer sans honte ni arrière- pensée. Dans son genre, une sympathique réussite, à redécouvrir pour les érotomanes curieux.

 

Fred Pizzoferrato - Mars 2013