FLOWER AND SNAKE (VICES ET SUPPLICES)
Titre: Hana to hebi
Réalisateur: Masaru Konuma
Interprètes: Naomi Tani

 

Nagatoshi Sakamoto
Hiroko Fuji
Yasuhiko Ishizu
Hijiri Abe
Hiroyuki Mikawa
Toshihiko Oda
Année: 1974
Genre: Erotique / Pinku
Pays: Japon
Editeur  
Critique:

Ecrivain japonais décrit comme « le plus fameux auteur érotique SM », Oniroku Dan (1931 – 2001) publia plus de 200 (!) romans dans ce style mais devint célèbre avec « Flower and snake », dont il écrivit par la suite neuf séquelles. Véritable classique nippon aussi connu que L’HISTOIRE D’O en Occident, le roman donna lieu à une première adaptation cinématographique en 1974 dont le succès sauva de la ruine la compagnie Nikkatsu. En effet, le vénérable studio se trouvait alors dans une position financière difficile malgré ses précédentes tentatives, peu fructueuses, dans le domaine de l’érotisme, ou « roman porno ».

La solution, pour attirer le public dans les salles, résidait dans l’obtention d’une véritable star en la personne de Naomi Tani, laquelle avait déjà une riche carrière dans le cinéma d’exploitation sado-maso. Réticente à intégrer la Nikkatsu, Naomi Tani finit par accepter à la condition que son premier film pour le studio soit une adaptation du roman « Flower and Snake ». Après avoir convaincu l’écrivain Oniroku Dan, le long-métrage est mis en chantier sous la direction de Masaru Konuma, lequel effectue de nombreux changements dans le récit original.

Malgré les désaccords entre le romancier et le cinéaste, FLOWER AND SNAKE devient un grand succès et relance véritablement la Nikkatsu qui enchaine immédiatement avec un décalque / séquelle, UNE FEMME A SACRIFIER. Par la suite, FLOWER AND SNAKE connut trois suites (durant les années ’80) et un remake en 2004 sous le même titre, lui-même suivit de deux nouveaux épisodes en 2005 et 2010.

L’intrigue, elle, reste typique du pinku nippon à tendance sado-maso. Enfant, Makoto Katagiri a assassiné un client violent qui frappait sa mère, une prostituée. Des années plus tard, le jeune homme, traumatisé, vit toujours en compagnie de sa génitrice, une dominatrice qui photographie des scènes de bondage pour arrondir ses fins de mois. Impuissant, Katagiri ne peut obtenir du plaisir qu’en se masturbant sur des photos sadomaso, ce que découvre son patron, Senzo Toyoma. Le vieil homme décide d’exploiter ce vice et charge Katagiri de kidnapper sa jeune épouse, la trop prude Shizuko, qui refuse à céder à ses fantaisies érotiques et préfère les étreintes féminines. Le riche homme d’affaires ordonne à son employé d’enlever Shizuko et de la soumettre aux pires humiliations afin d’en faire une parfaite salope et une épouse dévouée. Un long dressage débute pour la pauvre demoiselle…qui finit par tomber amoureuse de son ravisseur.

Sans surprise, FLOWER AND SNAKE reprend le schéma habituel des films S/M basé sur l’initiation – ou le dressage – d’une demoiselle trop timide sexuellement qui, après bien des sévices, accepte avec joie de se plier aux désirs sadiques des hommes. Dans la tradition nippone, l’érotisme ne se comprend que dans des rapports de domination et de soumission teintés de viols, de tortures et de scatologie. Les lavements imposés, les coups et les corps soumis à de sévères séances de bondages tiennent donc lieu de stimulants sexuels.

La première scène osée nous montre ainsi la jeune héroïne, dénudée et ligotée, aux mains de son ravisseur et de sa mère. Cette dernière, sadique, lui injecte à l’aide d’une seringue de belle taille une grande quantité de liquide dans l’anus. La prisonnière se tortille sous ce lavement forcé puis, incapable de se retenir, demande d’aller aux toilettes mais son tortionnaire refuse cette demande. La jeune femme relâche finalement le contenu de ses intestins dans un sac en plastique. Excité par ce spectacle dégradant, son ravisseur, jusque-là impuissant, retrouve vigueur et la viole.

La suite de FLOWER AND SNAKE égrène les habituels composants de l’érotisme nippon, lesquels incluent du bondage, des corps féminins suspendus ou supplicié dans des positions très inconfortables, des flagellations, des humiliations diverses et des intromissions d’objets dans l’intimité malmenée de la demoiselle capturée. Au final, bien sûr, cette dernière y prend goût, en redemande et devient une parfaite salope, toujours disponible mais soumise aux désirs de l’Homme. La Femme, en effet, est toujours décrite comme un simple objet de plaisir uniquement destinée à être violentée et rabaissée.

Cette conception éminemment machiste de l’érotisme s’oppose résolument à la plupart des classiques occidentaux du genre où, souvent, le scénario suit les pérégrinations d’une héroïne libérée couchant avec de nombreux hommes. FLOWER AND SNAKE se situe par conséquent à l’opposé des EMMANUELLE et autre DEBBIE DOES DALLAS qui triomphaient à la même époque en France ou aux Etats-Unis.

Toutefois, la crudité des situations n’exclut pas une mise en scène travaillée qui, en dépit des contraintes imposées et des passages chauds placés à intervalles réguliers, se montre inventive et intéressante. Malgré leur aspect d’exploitation pure, les pinku possèdent souvent un soin bien supérieur aux mornes productions érotiques confectionnées à la chaine par les artisans besogneux de la pornographie. Peut-être parce que le « film rose » n’est pas considéré comme un genre mineur au Japon mais bien un moyen comme un autre d’expérimenter au travers de sujets autorisant, il est vrai, peu de variations.

L’humour, lui aussi, occupe une large place au sein de FLOWER AND SNAKE ce qui lui confère un ton très particuliers, non dénué d’un romantisme pervers surprenant dans un contexte aussi graveleux. Etrange mais, au final, intéressant, ce mélange de genre (érotisme, romance, comédie et même une pointe de critique sociale) aboutit à un film jamais ennuyeux et fort plaisant à suivre.

A la fois plus allusif (aucune nudité intégrale) et plus cru que ses homologues européens de la même époque, FLOWER AND SNAKE constitue une plongée fascinante dans l’imaginaire fantasmatique nippon. Sa courte durée, typique du Pinku (souvent exploités en triple programme) le rend en outre très digeste et recommandable pour les amateurs de divertissements pervers.

 

Fred Pizzoferrato - Novembre 2013