FOLIE MEURTRIERE
Titre: Mio Caro Aassassino
Réalisateur: Tonino Valerii
Interprètes: George Hilton

 

Salvo Randone
Piero Lulli
Tullio Valli
Dana Ghia
 
 
Année: 1972
Genre: Giallo
Pays: Italie / Espagne
Editeur Neo Publishing
Critique:

Réalisé en 1972, FOLIE MEURTRIERE a débarqué sur les écrans en pleine vague du giallo, ces fameux thrillers italiens parsemés de meurtres sanglants et d’érotisme. Rapidement, le métrage s’est forgé une bonne réputation et se trouve aujourd’hui considéré comme un des classiques du genre. Et, en dépit de menus défauts, nous pouvons affirmer que l’œuvre mérite bien les éloges.

Tout débute par la mort brutale – et apparemment accidentelle - d’un détective des assurances, décapité avec une pelleteuse mécanique par un ouvrier de chantier. Ce dernier s’enfuit mais on le retrouve rapidement pendu. Chacun pense au suicide mais l’opiniâtre inspecteur Perreti démontre qu’il s’agit d’une mise en scène et donc d’un crime maquillé. Ces événements le conduisent à rouvrir une enquête classée : le kidnapping d’une fillette et de son père, tout deux retrouvés morts dans une maison abandonnée.

Assistant réalisateur de Sergio Leone, Tonino Valerii est toujours resté un peu dans l’ombre du maestro et pourtant il a signé dès 1967 un véritable petit chef d’œuvre du western spaghetti : LE DERNIER JOUR DE LA COLERE. Il mettra en scène ensuite d’autres grandes réussites, dont le fabuleux MON NOM EST PERSONNE. Mais nous n’en sommes pas encore là et, après le drame érotique UNE JEUNE FILLE NOMMEE JULIEN datant de 1971, le réalisateur nous livre son unique giallo.

Lancé en Italie quelques années plus tôt par le précurseur Mario Bava le thriller horrifique récolte alors un succès important via les œuvres de Dario Argento, lesquelles lancent rapidement une nombreuse descendance. Sergio Martino, Fernando Di Léo, Umberto Lenzi et bientôt Lucio Fulci ou Lamberto Bava s’attaquent alors à la mise en scène d’une série de titres rivalisant d’originalité dans les meurtres et les intrigues tordues. FOLIE MEURTRIERE, pour sa part, se révèle plus classique et posé que nombres de réalisations ultérieures.

L’enquête policière s’avère solide, pas trop invraisemblable et, surtout, bien menée par un inspecteur obstiné auquel le spectateur peut facilement s’identifier dans sa recherche de la vérité. Les meurtres ne sont pas très nombreux mais on en retiendra surtout deux : le premier voit un détective des assurances décapité par une pelleteuse (le scénariste affirme dans les bonus que cette seule idée de base lui a permis de vendre le film auprès des producteurs) et un autre, encore plus célèbre, montre une belle institutrice mutilée à la scie circulaire. Les autres crimes, par contre, sont beaucoup plus traditionnels et consistent essentiellement en divers égorgements.

Evidemment le tueur vêtu d’un imperméable noir et de gants de cuir assortis se conforme en tous points aux attentes du public. Son identité sera révélée au cours d’une réunion très « rétro » : l’inspecteur résume l’affaire devant les différents suspects avant d’accuser l’assassin, bref une séquence tout droit sortie d’un roman policier à la Agatha Christie. Valerii peut d’ailleurs se le permettre car son intrigue est solidement charpentée et les indices mènent peu à peu l’enquêteur à la vérité, une qualité que l’on retrouve rarement dans les giallos, souvent peu crédible dans leur déroulement. Toutefois il faut avouer que la révélation finale trouve son origine dans un indice oublié par l’assassin et découvert de manière très opportune par le flic, alors que certains éléments restent sans réponses, en particulier le fameux dessin d’enfant arraché sur un cahier et supposé contenir une preuve menant au coupable.

George Hilton incarne ce policier obstiné avec beaucoup de classe et on suit avec intérêt ses déductions. Le reste du casting est également convaincant et aide à donner une véritable substance à ce thriller très efficace. La musique de Ennio Morricone sonne aujourd’hui un peu cliché et daté tant ce genre de mélodies a été depuis entendue dans bien des films d’épouvante mais elle reste globalement sympathique et parfois même envoutante. Les amateurs de giallos risquent cependant de faire un peu la fine bouche devant le peu d’érotisme présent.

Elément important de nombreux films du genre (voire parfois même envahissant comme dans NUE POUR L’ASSASSIN par exemple), le côté sexy se trouve ici réduite à la portion congrue même si quelques poitrines seront dénudées pour le plaisir voyeuriste du spectateur. FOLIE MEURTRIERE touche par contre à un tabou en suggérant fortement la pédophilie d’un des personnages principaux lors d’un interrogatoire conclut par l’irruption d’une innocente fillette entièrement nue.

En résumé, FOLIE MEURTRIERE se montre rythmé et passionnant à suivre, l’enquête menée avec une belle assurance étant régulièrement ponctuée par un meurtre précédé d’un suspense réussi. Sans être un chef d’œuvre, le film de Valerii se classe donc parmi les meilleures réussites du giallo.

Au niveau du DVD, l’image est plutôt vieille et parfois parsemée de légères griffures mais ce n’est guère préjudiciable. Regrettons l’absence d’une piste originale italienne ne laissant le choix qu’entre l’anglaise et la française, cette dernière étant heureusement plutôt réussie et même agréable aux oreilles même si uniquement en mono. La longue interview du scénariste (45 minutes quand même !) aborde de nombreux sujets, depuis l’origine du scénario jusqu’aux réactions de la presse en passant par les explications des cascades et effets spéciaux.

Une édition tout à fait satisfaisante sous un joli packaging donc.

Fred Pizzoferrato - Avril 2009