SOUDAIN LES MONSTRES
Titre: The Food of the gods
Réalisateur: Bert I. Gordon
Interprètes: Marjoe Gortner

 

Pamela Franklin
Ralph Meeker
Ida Lupino
Jon Cypher
John McLiam
Belinda Balaski
Année: 1976
Genre: Horreur / Science-fiction / Film catastrophe
Pays: USA
Editeur  
Critique:

« Si l’homme continue à polluer la terre un jour la nature se révoltera et ce sera une sacrée révolte ». SOUDAIN LES MONSTRES débute par sentence menaçante et la suite confirmera de sanglante manière qu’il ne faut pas contrarier Dame Nature sous peine de subir son courroux. B

ert I. Gordon, affectueusement surnommé « Mr Big » et grand spécialiste du gigantisme à l’écran adapte ici un roman du célèbre auteur de science fiction H.G. Wells. Bert I. Gordon se servit d’ailleurs du roman « Food of the gods » à trois reprises puisqu’il en utilisa les bases pour VILLAGE OF THE GIANTS, en 1965, SOUDAIN LES MONSTRES en 1976 et L’EMPIRE DES FOURMIS GEANTES l’année suivantes. Ses autres réalisations notables comprennent L’INCROYABLE HOMME COLOSSE et sa suite LE RETOUR DE L’HOMME COLOSSE, EARTH Vs THE SPIDER, L’EPEE ENCHANTEE, NECROMANCY (avec Orson Welles dans le rôle principal) et SATAN’s PRINCESS, son dernier long métrage datant de 1990.

L’intrigue de SOUDAIN LES MONSTRES est simple : le sportif professionnel Morgan et deux de ses amis partent chasser sur une petite île isolée du Canada. Un des chasseurs est alors attaqué par un essaim de guêpes gigantesque et succombe à ses nombreuses piqures. Cherchant de l’aide, Morgan tombe ensuite sur un poulet géant qu’il parvient à tuer à grandes peines. Bientôt, les humains acceptent l’évidence : l’île est sous la domination des animaux, devenus gigantesques et agressifs. La cause de cette mutation réside apparemment dans une étrange substance, « la nourriture des dieux », que des fermiers, les Skinner, ont donné à leurs poulets afin de les faire grandir. Un homme d’affaires sentant la bonne affaire et, très accessoirement, la possibilité de résoudre les problèmes de famine tente d’ailleurs de s’emparer de la « nourriture des dieux ». Après avoir survécu à un nouvel assaut mené par des guêpes géantes un petit groupe de survivants, mené par Morgan, se retranche dans la ferme de Madame Skinner pour affronte les plus redoutables animaux géants de l’île : des rats avides de chair humaine.

Exemple typique du cinéma d’horreur « écologique » des seventies orchestrant la révolte d’une nature courroucée à l’égard d’une humanité polluante, SOUDAIN LES MONSTRES s’inscrit dans la lignée de PROPHECY, LA NUIT DES VERS GEANTS et, bien sûr, du grand ancêtre LES OISEAUX. L’intrigue se veut, par conséquent, à la fois universelle et moralisatrice et Bert I. Gordon ne prend guère la peine de développer une trame basique, balisée et prévisible. Le plus gênant reste cependant le manque de caractérisation regrettable des personnages, lesquels ne réagissent jamais de manière réaliste aux événements vécus. Certains passages versent carrément dans le ridicule, notamment quand le businessman découvre le corps d’un poulet géant et suggère, très sérieusement, qu’il peut s’agir d’une « maquette créée par un fou ».

Peu après, le héros déclare que « la situation n’est peut-être pas si terrible » et part à l’aventure pour constater que les rats sont redoutables et innombrables. La charge anti capitaliste, sans nuance, se voit pour sa part personnifiée par un homme d’affaires arriviste « prêt à tout pour gagner un dollar » qui connaîtra, logiquement, un juste châtiment dans la dernière bobine. Comme souvent, une femme enceinte sur le point d’accoucher se trouve également parmi les victimes potentielles et permet à Bert I. Gordon de glisser quelques considérations pas très originales sur la mort et le sens de la vie.

Au niveau de l’interprétation, SOUDAIN LES MONSTRE ne se montre guère inspiré et aucun acteur ne parait concerné, peu aidé, il est vrai, par des dialogues alternativement stupides ou terrassant de banalité. Le « non jeu » de l’acteur principal, Marjoe Gortner (STAR CRASH) reste cependant le plus problématique, tant son manque de charisme et son unique expression faciale se révèlent désastreuses pour la crédibilité du récit. Les trucages, pour leur part, ne sont guère convaincants, en particuliers ceux impliquant les insectes géants, grossièrement intégrés dans l’image et semblable à des défauts de pellicule.

Le poulet enragé bat, pour sa part, tous les records de ringardise et le combat du héros contre ce grotesque oiseau de plastique inerte transforme hélas SOUDAIN LES MONSTRES en nanar ringard. Même en mettant de côté son cynisme, le métrage compte hélas une poignée de scènes foireuses versant dans la parodie involontaire, provocant plus d’éclats de rire que de frissons.

Heureusement, la seconde moitié du film se révèle plus réussie et Bert I. Gordon se concentre essentiellement sur les rats, mieux gérés que le reste du bestiaire. Cette fois, le metteur en scène choisit de filmer de véritables rongeurs, rendus énormes par un ensemble de projections, d’incrustations et de maquettes. Les scènes d’attaque gagnent largement en efficacité et, pour une production classée « PG » (autrement dit « tout public »), ne manquent pas de férocité, les victimes finissant dévorées vivantes dans de belles éclaboussures sanglantes.

La dernière demi-heure propose un siège prenant alors que les survivants, retranchés dans une fermette isolée, défendant chèrement leur peau face à des hordes de rats monstrueux. Inspiré par LES OISEAUX et LA NUIT DES MORTS VIVANTS, Bert I. Gordon maintient un suspense rondement mené et parvient, enfin, à intéresser le spectateur au sort de ses protagonistes terrifiés à la perspective d’une mort horrible. La séquence finale, alarmiste et typique, annonce une suite qui ne sera pourtant tournée que douze ans plus tard sous le titre LA MALEDICTION DES RATS.

Plombé par des interprètes globalement calamiteux, des dialogues ridicules et quelques trucages perfectibles, SOUDAIN LES MONSTRES n’en reste pas moins un divertissement agréable qui se savoure avec une certaine indulgence pour les nostalgiques. Le rythme, alerte, et les séquences d’attaques, nombreuses et saignantes, évite au spectateur tout ennui et rendent l’ensemble fort sympathique à défaut de vraiment réussi.

 

Fred Pizzoferrato - janvier 2011