FORT ALESIA
Titre: I giganti di Roma
Réalisateur: Antonio Margheriti
Interprètes: Richard Harrison

 

Wandisa Guida
Ettore Manni
Philippe Hersent
Ralph Hudson
Nicole Tessier
Goffredo Unger
Année: 1964
Genre: Peplum
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

Réalisé en 1964, FORT ALESIA apparaît immédiatement comme une transposition (plus ou moins habile) dans l’univers antique des classiques « histoires de commandos », populaires auprès des amateurs de récits guerriers. Prenant comme prétexte historique la défaite de Vercingétorix lors du siège d’Alesia en 52 avant Jésus-Christ, le film d’Antonio Margheriti peut, surtout, être considéré comme un remake à peine déguisé des CANONS DE NAVARONNE, un grand succès sorti trois ans plus tôt.

L’intrigue ne cherche par conséquent nullement la complication. Jules César désire marcher sur Alesia et soumettre enfin la coalition gauloise dirigée par le redoutable Astérix…pardon Vercingétorix. Toutefois, il apprend que les Gaulois possèdent une arme mortelle (qui n’est pas une potion magique) imaginée par leurs druides. Décidé à en avoir le cœur net, César convoque un de ses meilleurs légionnaires, Claudius Marcellus (joué par Richard Harrison) et lui demande de rassembler une équipe d’experts courageux afin de localiser, identifier et, si possible, détruire, la fameuse arme secrète. Aidé par un spécialiste du couteau et un soldat à la musculature extraordinaire, Marcellus s’enfonce au cœur du pays gaulois…

Très classique et linéaire, FORT ALESIA déroule son intrigue (écrite par les habitués Ernesto Gastaldi et Luciano Martino) sans temps mort et sur un rythme alerte. Dans la tradition du cinéma populaire et de la grande aventure, les membres du commando sont confrontés à divers périls puis capturés et torturés par l’ennemi. Toutefois, ils parviennent à fuir et délivrent, dans la foulée, une belle demoiselle captive et un soldat romain prêt à toutes les traitrises pour rester en vie. La suite du parcours consiste en divers affrontements, dont l’attaque des barques gauloises par les romains qui nagent sous l’eau avant de frapper leurs adversaires par surprise dans le plus pur esprit « commando ».

 

Si Margheriti n’évite pas les scènes romantiques un peu lourdes, il garde son énergie pour un climax riche en suspense au cours duquel les deux derniers survivants découvrent l’arme absolue de Vercingétorix : une immense catapulte. Manœuvrée par des cordes et des chaines, la monstrueuse machine expédie vers les légions romaines des boules de pois enflammées aussi meurtrières que des obus. Une fois encore l’analogie entre FORT ALESIA et LES CANONS DE NAVARONNE frappe le spectateur mais l’enthousiasme du cinéaste permet d’oublier ce défaut. Margheriti compose d’ailleurs quelques jolis plans crépusculaires qui compensent des scènes de batailles nettement moins inspirées et composées de trop de voyants stock shots. Notons aussi les tenues peu crédibles des Gaulois qui paraissent tout droit sorties d’un long-métrage sur les Mongols…et pour cause ils furent utilisés dans LES MONGOLS d’André De Toth.

Mais passons sur ces erreurs bien pardonnables et, en tout cas, coutumière du péplum italien en rappelant les mots de Frédéric Martin (in « L’Antiquité au cinéma »), d’ailleurs peu tendre avec le film, qui déclare : « FORT ALESIA est un exemple frappant de la façon dont les auteurs sacrifient toute vraisemblance historique à leurs propres codes cinématographiques ».

Dans le rôle principal, celui du brave légionnaire prêt à tout pour assurer le triomphe de César, nous retrouvons un culturiste habitué du péplum Richard Harrison (LES 7 GLADIATEURS, PERSEE L’INVINCIBLE) ensuite reconverti dans le western (AVEC DJANGO LA MORT EST LA), le polar, l’aventure et, plus tristement, la série Z ninja durant les années ’80. L’acteur tout juste quinquagénaire stoppe alors sa carrière, brisée par les malversations de Joseph Lai et Godfrey Ho, lesquels utilisent une poignée de scènes tournées par l’acteur pour « étoffer » de manière aberrante une quinzaine de titres pathétiques comme L’ENFER DES NINJAS ou LA PUISSANCE NINJA.

Ni chef d’œuvre ni ratage complet, FORT ALESIA se situe au final un peu au-dessus de la moyenne (assez basse, reconnaissons-le) du péplum italien fantaisiste des années ’60. Avec son casting plaisant composé de bellâtres musclés et de demoiselles au physique avantageux, son intrigue simpliste mais divertissante et sa mise en scène sans éclat mais au professionnalisme solide, FORT ALESIA peut se définir, pour reprendre la terminologie anglo-saxonne, comme un sympathique « time waster ». Sans plus ni moins.

 

Fred Pizzoferrato - Août 2011