FRANKENSTEIN ET LE MONSTRE DE L'ENFER
Titre: Frankenstein and the Monster from Hell
Réalisateur: Terence Fisher
Interprètes: Peter Cushing

 

Shane Briant
Madeline Smith
Bernard Lee
David Prowse
 
 
Année: 1973
Genre: Fantastique / Horreur
Pays: Grande Bretagne
Editeur  
Critique:

FRANKENSTEIN ET LE MONSTRE DE L'ENFER constitue non seulement le dernier film consacré au mythe par la Hammer Films mais, également, l'ultime réalisation de Terence Fisher. Le plus doué des cinéastes de la firme allait en effet prendre sa retraite après un quart de siècle au service du fantastique gothique. Une cessation d’activité qui signifiait pratiquement, le chant du cygne pour la compagnie anglaise, laquelle se trouvait alors sur une pente déclinante.

Septième long-métrage de la saga (le cinquième signé Fisher, les deux autres ayant été réalisés par Freddie Francis et Jimmy Sangster), ce Frankenstein marque véritablement la fin d'un monde et d’une vision de l’épouvante rendue obsolète par les succès du box-office plus réalistes et contemporains comme L’EXORCISTE, LES DENTS DE LA MER ou LA MALEDICTION.

Comme le souligne très justement la « Aurum Film Encyclopedia », la Hammer traduit l'évolution d'un univers qu'elle a contribué à façonne et, si Dracula surgit dans un univers refusant le maléfique au profit de la science, le Baron Frankenstein, en avance sur son temps, est pour sa part accusé de sorcellerie.

Peut-être par manque de moyens, l'intrigue de cet ultime épisode se situe entièrement entre les murs d'un asile d'aliénés, terrain propice aux expériences du baron Frankenstein. Ce-dernier, quoique prisonnier, a pris le contrôle des lieux et fait chanter le directeur, qu’il tient sous sa coupe. Il recrute ensuite un homme enfermé pour des expériences proches des siennes et utilise les malades pour son unique profit.

Si, dans les premiers volets, le baron semblait investi d’une authentique soif de connaissance et d’un désir d’apporter ses lumières à l’humanité, il devient ici une véritable machine scientifique dénué de la moindre éthique. Frankenstein ne vit plus que pour ses recherches qu’il poursuit vaille que vaille même si ses mains, brûlées précédemment, sont incapables d'opérations chirurgicales délicates. Le corps d’un géant, le cerveau d'un brillant mathématicien, les mains d'un sculpteur et différentes pièces "rapportées" vont cependant lui permettre de créer un nouveau monstre, encore plus pathétique que les précédents.

Peter Cushing, qui reprend le rôle une sixième fois, effectue ses expériences avec une froideur totale, loin de la passion de ses débuts. Ses complices servent seulement à l’aider dans ses tentatives blasphématrices d’insuffler la vie à des créatures composites assemblées à partir de morceaux de cadavres.

A ses cotés, Shane Briant offre une composition également froide et effective tandis que l'élément féminin, représenté par Sarah, surnommée l'Ange (une jeune fille violée par son père, le directeur de l'asile), apporte un soupçon de chaleur à cet environnement clinique.

David Prowse, qui a déjà incarné le monstre dans l'épisode précédent (le très inégal LES HORREURS DE FRANKENSTEIN) se montre, pour sa part, très convaincant dans le rôle d’un génie dont l’esprit se voit enfermé dans le corps d'un être au physique repoussant. Sa condition renvoie à celle de Frankenstein en personne, scientifique en avance sur son temps condamné à l'asile et prisonnier d'un monde rétrograde, devenu, au fil du temps, un "monstre" aigri, sociopathe et misanthrope..

 

Quoiqu’il se situe dans la tradition gothique de la Hammer, FRANKENSTEIN ET LE MONSTRE DE L'ENFER annonce les horreurs ultérieures en optant pour un lieu froid et des descriptions réalistes des expérimentations médicales. Le concept de cloisonnement et de folie qui contamine, peu à peu, les occupants d'un endroit donné et isolé du monde environnant préfigure, pour sa part, le supermarché envahi de ZOMBIE, le poste de police agressé de ASSAUT ou l'immeuble contaminé de FRISSONS.

Le denier long-métrage de Terence Fisher apparait donc, rétrospectivement, comme une passerelle jetée entre le cinéma fantastique des sixties et l’horreur clinique et viscérale des seventies, illustrée par George Romero, David Cronenberg, Wes Craven ou Tobe Hooper.

Si Terence Fisher préférait, de son propre aveu, LE RETOUR DE FRANKENSTEIN, cette ultime réalisation marque pourtant l'aboutissement du thème et s’impose comme une conclusion logique et pessimiste à une des sagas majeures de l’épouvante britannique.

 

Fred Pizzoferrato - Juillet 2007 (révisé en septembre 2012)