FRANKENSTEIN ET LE MONSTRE DE L'ENFER
Titre: Frankenstein and the Monster from Hell
Réalisateur: Terence Fisher
Interprètes: Peter Cushing

 

Shane Briant
Madeline Smith
Bernard Lee
David Prowse
 
 
Année: 1973
Genre: Fantastique / Horreur
Pays: Grande Bretagne
Editeur  
4 /6
Critique:

FRANKENSTEIN ET LE MONSTRE DE L'ENFER est le dernier film consacré au mythe par la Hammer Films. C'est également l'ultime réalisation de Terence Fisher, le plus doué des cinéastes de la firme. Et c'est, pratiquement, le chant du cygne pour la compagnie anglaise. Septième métrage de la saga (mais cinquième signé Fisher), ce Frankenstein marque véritablement la fin d'un monde.

Comme le souligne très justement la Aurum Film Encyclopedia, la Hammer traduit l'évolution d'un univers qu'elle a elle-même contribué à façonner. Alors que Dracula surgit dans un univers refusant le maléfique au profit de la science, le Baron Frankenstein, en avance sur son temps, est accusé de sorcellerie.

L'intrigue de cet épisode se situe entièrement entre les murs d'un asile d'aliénés, terrain propice aux expériences d'un baron prisonnier mais ayant pris le contrôle des lieux. Il fait chanter le directeur, recrute un homme enfermé pour des expériences proches des siennes et utilise les malades pour son unique profit. Le baron est ici totalement déshumanisé, une véritable machine scientifique ne vivant plus que pour ses recherches, même si ses mains, brûlées précédemment, sont incapables d'effectuer une chirurgie précise. Un corps de géant, le cerveau d'un brillant mathématicien et musicien, les mains d'un sculpteur et différentes pièces "rapportées" permettent la création d'un monstre pathétique.

Peter Cushing reprend donc son rôle, effectuant ses expériences avec une froideur totale, loin de la passion qui l'animait à ses débuts. A ses cotés, Shane Briant offre une composition également froide et effective. L'élément féminin, représenté par Sarah, surnommée l'Ange (une jeune fille violée par son père, le directeur de l'asile), apporte peu de chaleur à cet environnement clinique.

David Prowse, ayant déjà incarné le monstre dans l'épisode précédent (le très inégal LES HORREURS DE FRANKENSTEIN de Jimmy Sangster) se montre pour sa part très convaincant: génie et artiste enfermé dans le corps d'un monstre au physique "préhistorique", il renvoie au personnage de Frankenstein lui-même, scientifique en avance sur son temps condamné à l'asile et prisonnier d'un monde rétrograde, devenu au fil du temps un "monstre" aigri, sociopathe et misanthrope.

FRANKENSTEIN ET LE MONSTRE DE L'ENFER annonce sans hésitation les horreurs des années soixante-dix en optant pour un lieu froid et des descriptions réalistes des expérimentations médicales. On y trouve aussi le concept de cloisonnement et de folie, laquelle contamine peu à peu les occupants d'un endroit donné, isolé du monde environnant, à l'image du supermarché de ZOMBIE, du poste de police de ASSAUT ou de l'immeuble de FRISSONS.

Le métrage de Fisher est donc une sorte de passerelle, un pont jeté entre le cinéma gothique des sixties dont il fut le chantre le plus illustre et le cinéma viscéral des seventies, celui de Romero, Cronenberg, Hooper ou Carpenter. Terence Fisher préférait, de son propre aveu, LE RETOUR DE FRANKENSTEIN, mais cette ultime réalisation, sans être la meilleure de la saga, marque pourtant l'aboutissement du thème, une conclusion logique et pessimiste.

A voir, même si les bonus DVD sont minimalistes, hélas!

Fred Pizzoferrato - Juillet 2007