FREDDY - LES GRIFFES DE LA NUIT
Titre: A Nightmare on Elm Street
Réalisateur: Samuel Bayer
Interprètes: Jackie Earle Haley

 

Kyle Gallner
Rooney Mara
Katie Cassidy
Thomas Dekker
Clancy Brown
Kellan Lutz
Année: 2010
Genre: Horreur / Fantastique
Pays: USA
Editeur  
Critique:

La vague hollywoodienne des remakes souffle depuis les années 2003-2004 et la plupart des titres phares des seventies (MASSACRE A LA TRONCONNEUSE, ZOMBIE, LA COLLINE A DES YEUX, AMITYVILLE,…) ou des eighties (VENDREDI 13) ont déjà eu droit à leur relecture contemporaine. Etonnamment, Freddy Krueger, sans doute l’icône la plus emblématique du cinéma horrifique des années ’80 avait jusqu’ici échappé à cette folie alors que des titres plus mineurs (SORORITY HOUSE, PROM NIGHT, MY BLOODY VALENTINE) se voyaient ré-imaginés avec plus ou moins de bonheur.

L’annonce de cette nouvelle version suscita donc un sentiment mitigé chez les fans de la première heure, frustré de cauchemars sanguinolents depuis la dernière apparition du monstre griffu dans l’amusant cross-over FREDDY Vs JASON. Le retour aux fondamentaux du personnage (à l’origine tueur d’enfant impitoyable puis clown macabre plus occupé à placer un bon mot qu’à trucider du teenager) laissait espérer un remake intéressant. Hélas, ce n’est guère le cas.

Œuvre novatrice et sans doute plus belle réussite de Wes Craven, LES GRIFFES DE LA NUIT généra en son temps une foultitude de séquelles d’intérêt variables qui finirent peu à peu par vider Freddy de sa dangerosité. Un retour à un tueur sérieux et menaçant semblait une excellente idée mais, malheureusement, cette version 2010 se contente de reprendre servilement la trame narrative de l’original.

Confié à Samuel Bayer, jusque là connu uniquement pour des clips de Nirvana, Green Day et quelques autres, FREDDY – LES GRIFFES DE LA NUIT est donc une déception mais le résultat se révèle toutefois moins catastrophiques que les premiers échos le laissaient présager.

L’intrigue de FREDDY – LES GRIFFES DE LA NUIT reprend grosso modo celle du classique de Wes Craven en transformant simplement, sans doute par souci de modernisme, le tueur d’enfants Freddy Krueger en un pédophile. Cette variation aurait pu amener l’une ou l’autre audace mais le sujet ne sera qu’évoqué par Simon Bayer et sa clique. Le scénario suggère également l’innocence de Krueger, lequel serait victime d’enfants menteurs…une piste intéressante mais rapidement abandonnée lorsque la culpabilité du croquemitaine est établie, juste avant sa mise à mort expiatoire. Krueger est donc en apparence un gentil bonhomme un peu simplet qui aime les enfants de la rue Elm. Malheureusement il les aime un peu trop et ceux-ci commencent à se plaindre d’attouchements. Les parents prennent alors la situation en main et, pour éviter à leur progéniture le traumatisme d’une déposition au tribunal, coincent le pédophile et le brulent vivant. Quinze ans plus tard, Kruger revient hanter les rêves de ses anciennes victimes, lesquelles ont tout oublié de leur passé.

Jackie Earle Haley, nominé à l’Oscar pour son rôle dans LITTLE CHILDREN et remarqué des amateurs par ses prestations dans WATCHMEN et SHUTTER ISLAND, a la lourde tâche de succéder à Robert Englund sous le masque, d’ailleurs remodelé et adouci, de Freddy. Sans démériter, l’acteur se contente souvent d’apparitions menaçantes et de sentences prononcées d’une voix très grave. Jackie Earle Haley se montre cependant plus convaincants que ses victimes, interprétées par de jeunes acteurs comme Kyle Gallner (RED, JENNIFER’s BODY), Katie Cassidy (TERREUR SUR LA LIGNE, le remake évidemment !) ou Rooeny Mara (prochainement dans le – hum – remake de MILLENIUM).

Un casting faiblard mais difficile de blâmer les acteurs, sans doute peu concernés par leurs personnages très pauvrement écrits et développés. Notons cependant une actualisation du comportement de nos teenagers, lesquels deviennent des paumés égoïstes, jeunes, beaux et riches mais pas vraiment heureux. Ils se droguent aux médicaments, tiennent leur blog vidéo sur Internet et roulent dans de grosses bagnoles. Freddy, incarnation de leur traumatisme refoulé, revient finalement les rappeler à la réalité de l’existence et à la nécessité de se serrer les coudes même si veiller sur autrui ne semble pas vraiment dans leurs habitudes.

Interchangeables, les adolescents de FREDDY – LES GRIFFES DE LA NUIT, sont simplement de la chair à pâté, dénués de toute caractérisation et de la moindre épaisseur. Les rares idées novatrices non reprises de l’original (les micro-sommeils, la survivance du cerveau 7 minutes après la mort, les témoignages sur Internet d’autres victimes de Krueger) seront, elles, à peine exploitées. Frustrant. Au niveau frisson Simon Bayer se contenter d’aligner les scènes « boo ! » destinées à faire sursauter les adol

escents. Sa technique, basique et immuable, consiste à jouer sur un brusque choc sonore, une variation de l’éclairage et une apparition surprenante de notre croquemitaine préféré. Sauf que ce procédé éculé trouve vite ses limites et perd rapidement tout intérêt. La confusion entre la réalité et le rêve, une des grandes forces de l’original et même de la plupart des séquelles, disparaît ici complètement tant il est toujours aisé, en dépit des déclarations des protagonistes (« je ne peux plus distinguer le rêve de la réalité ») de déterminer si nous sommes dans le réel ou l’univers onirique de Freddy.

Peu soucieux de créer le moindre suspense ou de bâtir une atmosphère, Simon Bayer se repose donc sur une mise en scène tape à l’œil ponctuée d’effets sonores assourdissants. Excepté les séquences de flashbacks décrivant l’origine de Freddy, plutôt réussies et bien pensées, le métrage s’avère très plat et manque cruellement de mordant. Les séquences de cauchemars, très réussies dans l’original et parfois superbes même dans les séquelles les plus faibles (les épisodes 4 et 5 en comptaient de très efficaces en dépit de la faiblesse des films), sont ici dépourvue d’imagination et sans grand intérêt.

Répétitives, ces scènes traduisent en outre la faiblesse la plus dommageable à ce FREDDY – LES GRIFFES DE LA NUIT : le film n’est jamais effrayant et, voulu sérieux, il n’est jamais amusant non plus. Se reposant complètement sur des « jump scare » éculés plutôt que sur une atmosphère d’angoisse, Simon Bayer rate le coche, en particulier lors des passages directement décalqués de l’original mais cette fois recréés avec des effets numériques modernes paradoxalement bien moins menaçants que les trucages amoureusement bricolés voici 25 ans.

Regardable d’un œil distrait par les plus indulgents (et surtout par un grand public peu familier de l’horreur ne connaissant pas le chef d’œuvre de Wes Craven), ce FREDDY - LES GRIFFES DE LA NUIT s’inscrit malheureusement parmi les trop nombreux remakes ratés de ces dernières années. Revoyons plutôt LES GRIFFES DE LA NUIT (le vrai !), FREDDY III LES GRIFFES DU CAUCHEMAR ou FREDDY SORT DE LA NUIT plutôt que cette relecture qui apparaît comme une des plus faibles, sinon la plus faible, de toute la saga !

 

Fred Pizzoferrato - Décembre 2010