FRERES DE SANG

Titre: Blutsbrüder
Réalisateur: Werner W. Wallroth
Interprètes: Dean Reed

 

Gojko Mitic
Gisela Freudenberg
Jörg Panknin
Cornel Ispas
Iurie Darie
Année: 1975
Genre: Western
Pays: Allemagne de l'Est
Editeur
Critique:
Western allemand (de l’est !) tardif (daté de 1975), FRERES DE SANG s’inscrit dans le courant « pro-Indiens » et reprend un schéma narratif déjà bien connu. Le scénario s’inspire en effet largement du classique UN HOMME NOMME CHEVAL tout en y adjoignant divers éléments empruntés à d’autres westerns américains, notamment l’inévitable LA FLECHE BRISEE mais aussi SOLDAT BLEU. Le tout anticipe également des productions ultérieures à grand spectacle comme DANSE AVEC LES LOUPS.

Harmonika, un soldat de la cavalerie américaine, assiste à un épouvantable massacre : alors que le président a promis la paix aux Cheyennes si ceux-ci restent sous la bannière étoilée, l’armée n’hésite pas à les exterminer, y compris des femmes et des enfants désarmés. Dégouté, Harmonika brise le drapeau américain, ce qui lui vaut d’être arrêté et condamné à la pendaison. En prison, il se lie avec deux autres détenus et réussit à s’évader. Le trio fuit dans les montagnes mais les deux associés d’Harmonika tuent d’autres Indiens sans défense. Le déserteur sauve cependant une jeune fille blessée, Rehkitz, et la ramène à son peuple. Le frère de la demoiselle, Harter Felsen, le défie alors dans un duel à mort. Cette fois encore, Harmonika prend le dessus mais épargne le jeune homme. Au fil du temps ils deviennent frères de sang et Harmonika finit logiquement par épouser Rehkitz. Hélas, le camp est attaqué et les Cheyennes décimés. Le pacifique Harmonika jure alors de se venger.



Bien réalisé, FRERES DE SANG détaille avec attention la vie des Peaux Rouges et propose au principal protagoniste un parcours initiatique classique : d’abord rejeté il finit par s’intégrer au sein de la tribu dont il partage la vie, délaissant par exemple son pistolet (« que serait l’homme blanc sans la poudre et le plomb ? ») pour le traditionnel arc de chasse. Le rôle principal de cet idéaliste pacifiste revient à Dean Reed, chanteur et acteur américain à l’époque fort populaire connu pour ses sympathies marxistes. Objecteur de conscience mystérieusement décédé en 1986 (on a parlé de suicide voire même d’un meurtre déguisé commandité par le KGB !), la vie du très gauchiste Reed fut le sujet du documentaire DER RODE ELVIS en 2007. On retiendra surtout, dans le domaine du western, son rôle dans le plaisant DIEU LES CREE MOI JE LES TUE. Joliment photographié dans des décors naturels grandioses, FRERES DE SANG reste cependant trop linéaire et prévisible pour passionner.

L’intrigue avance lentement, sans beaucoup d’action, et n’accélère que durant le dernier acte, donnant l’impression d’une fin précipitée : le long-métrage se termine ainsi par une conclusion ouverte que l’on eut aimé voir davantage développée. Quelques procédés faciles paraissent également datés, notamment les flash-backs au ralenti qui parasitent toute la seconde partie du film et finissent par lassés. La lourdeur du sous-texte épuise également les plus indulgents par son anti-américanisme primaire assorti d’une exaltation d’un mode de vie proche du communisme (pouah !) puisque tous les Blancs sont forcément d’infâmes capitalistes rêvant d’asservir le bon peuple qui, pourtant, ne demande qu’à vivre en paix en communion avec la nature. Chaque fois que le héros fait confiance à un Américain il est trahi tandis que les Rouges (pardon, les Peaux Rouges) sont pour leur part gentils, amicaux et accueillants. Le parcours de Reed dans ce film rappelle d’ailleurs ce qu’il avait vécu en réalité : il fut contraint à l’exil et trouva refuge en Allemagne de l’Est suite à ses prises de positions gauchisantes.

Le final est, lui, carrément un appel à l’insurrection contre l’oppresseur américain avec lequel aucune paix n’est possible, le pacifiste prenant finalement les armes pour exterminer un détachement de cavalerie. Tout un programme auquel ne manquent que les applaudissements et l’Internationale! Si on fait abstraction de cette détestable propagande, FRERES DE SANG se regarde distraitement mais son manque d’action le rend fort languissant et le (trop) long métrage peine à maintenir durablement l’intérêt. En dépit d’une durée restreinte, le film parait donc mollasson et prévisible même si on a vu bien pire. Les amateurs de westerns européens peuvent donc y prendre un certain plaisir à condition d’ignorer l’infâme sous-texte coco.

Fred Pizzoferrato - Mai 2017