VENDREDI 13 - CHAPITRE 3: MEURTRES EN TROIS DIMENSIONS
Titre: Friday The 13th - Part 3-D
Réalisateur: Steve Miner
Interprètes: Dana Kimmell

 

Paul Kratka
Tracie Savage
Jeffrey Rogers
Catherine Parks
Richard Brooker
 
Année: 1982
Genre: Slasher / Horreur / Gore
Pays: USA
Editeur  
Critique:

La franchise VENDREDI 13 adopte ici sa vitesse de croisière avec cette seconde séquelle à l'origine exploitée en relief. La mode de la 3-D, lancée dans les années 50 pour contrer le développement de la télévision, connut en effet un regain de popularité au tout début des eighties, sans doute pour concurrencer l'arrivée massive de la vidéo. Le cinéma populaire s'empara du phénomène et ont vit sur les écrans des DENTS DE LA MER 3-D, des AMITYVILLE 3-D, des PARASITE, des ROTTWEILLERS et même un PENSIONNAT DES PETITES SALOPES sûrement très amusant mais qui nous éloigne de notre sujet.

Les producteurs responsables des frasques de notre ami Jason utilisèrent eux aussi ce gimmick pour donner un semblant d'attrait et de nouveautés à ce qui reste, grosso modo, un décalque du second volet de la plus longue saga du gore grand public. Dès le pré générique, VENDREDI 13 - CHAPITRE 3 reprend la scène finale du précédent, mais en offre une conclusion légèrement différente avant de lancer le générique, conçu pour faire profiter les spectateurs des effets 3-D. Evidemment, en DVD (ou en vidéo pour les plus vieux de nos lecteurs!), l'effet s'avère un peu raté, pour ne pas dire très plat. La musique d'Harry Manfredini a, elle aussi, subi un lifting orienté eighties franchement surprenant. Donc, dès le départ, nous savons que cet épisode sera bien ancré dans son époque, pour ne pas dire très mode et, forcément, un quart de siècle plus tard, tout ça paraît justement bien… démodé! Visionné en plat le film perd également un important potentiel puisque la plupart des effets de suspense et des scènes-choc sont pensés en terme de relief. Bref, ce n'est pas la joie mais l'ensemble garde un certain potentiel pour les inconditionnels de Jason.

VENDREDI 13 - CHAPITRE 3 reprend la recette popularisée par HALLOWEEN 2, dans le sens où le film se déroule le lendemain des événements vus dans VENDREDI 13 - CHAPITRE 2. L'introduction du métrage commence par la vue (et la vie) d'un couple rapidement massacré par Jason, ce qui permet à Steve Miner de s'amuser avec sa double caméra et d'envoyer au spectateur tout ce qu'il est permis de lui envoyer au visage. Encore une fois, voir le film en plat (et c'est peu dire que ce film est plat!) permet de démonter le procédé employé et de constater à quel point celui-ci est grossier et facile.

Pour le scénario, rien de franchement novateur. Les habituels jeunes gens, menés par une certaine Chris, partent prendre des vacances dans une ferme de la région, située, bien sûr, à peu de distance du fameux camp de vacances maudit de Crystal Lake. La petite bande compte l'Espagnole Vera Sanchez, le comique de service Shelly, les deux fumeurs de oinj Chuck et Chili et le jeune couple formé par Andy et Debbie, laquelle est enceinte. Nos teenagers, malgré les avertissements menaçants du Vieux-qui-sait-tout (un personnage récurent des mauvais slashers) débarquent donc dans leur ferme et commencent immédiatement les activités saines coutumières: sexe, drogue et rock & roll. Peu après, un trio de bikers caricaturaux intervient, commence à échanger des mots doux avec nos héros et le quota de victimes potentielles étant atteint, le carnage débute.

Dans cet épisode, Jason reçoit également son plus célèbre ustensile, à savoir le masque de hockey porté par Shelly (notre comique de service, pour ceux qui ne suivent pas!) lors d'une scène supposée drôle. Le plaisantin est tué par Jason qui lui vole son masque ainsi qu'un fusil à harpon dont il se sert ensuite pour tuer Vera (paf dans l'œil!). Les meurtres suivants vont du couteau planté dans le corps (par le tueur caché sous un lit) au crâne éclaté à main nue en passant par deux punks massacrés à la fourche et une tête transpercée par une aiguille à tricoter. Pour les gourmets, signalons encore que Shelly se prend un hachoir dans le ventre au début du film mais, en fait il s'agit d'une fausse mort. C'est un gag imaginé par ce petit rigolo. Mais Jason n'aime pas les blagueurs, ni les buveurs, ni les fumeurs, ni les baiseurs, ni les voyeurs, ni les rockers. Sorte d'incarnation de l'Amérique bien-pensante, Jason supprime les " fauteurs " avec une belle énergie et Steve Miner fait mieux que son piètre épisode précédent. Il utilise un humour auto parodique suffisamment drôle pour amuser les spectateurs conciliants, tandis que les meurtres se succèdent dans l'esprit gore (soft) cher à la série. Les maquillages sont ici confectionné par Martin Becker qui livre exactement ce qu'on attend de lui, à savoir des remakes des meurtres imaginés par Tom Savini dans le premier volet. Le final constitue, à l'image des deux premiers chapitre, un bel exemple de n'importe quoi scénaristique au cours duquel la plus élémentaire cohérence est balayée pour permettre deux ou trois effets chocs supplémentaires, dont l'apparition de Madame Voorhess mère sous forme d'un zombie revanchard!

En dépit de ses nombreuses faiblesses, VENDREDI 13 - CHAPITRE 3 s'avère une relative bonne surprise et demeure un des meilleurs volets de la saga. Ce qui ne veut pas dire qu'il s'agit d'un chef d'œuvre, soyons clair! C'est un divertissement destiné à être dégusté en groupe, un bol de pop-corn dans une main et éventuellement une bière ou un joint dans l'autre. Dommage que les producteurs, scénaristes et cinéaste ne se soucient guère de cohérence, ni de continuité, tant la saga semble se dérouler dans une sorte d'univers parallèle complètement déconnecté de la réalité. Le changement complet d'apparence de Jason (interprété - c'est un grand mot - par un acteur différent au cours du temps) et les modifications drastiques de son maquillage sont difficiles à admettre puisque les événements surviennent censément le lendemain de ceux montrés dans l'épisode 2. Mais il ne faut pas trop en demander à un tel produit de série, d'autant que les trois-quarts des pistes ouvertes par le scénario (la grossesse de Debbie, les difficultés entre Chris et son copain, la rencontre, deux ans auparavant, de cette même Chris et de Jason, le pourquoi de tous ces meurtres,…) ne seront jamais explorées plus avant et ne servent manifestement qu'à remplir la durée nécessaire entre deux massacres.

Le conformisme des situations, les stéréotypes développés, la schématisation outrancière de personnages caricaturaux au possible et la représentation du mal, assimilé à un simple épouvantail apparenté au Grand Méchant Loup venu punir les enfants désobéissant et confiné dans son rôle de signifiant horrifique empêchent le film de se hisser au-delà du simple roller-coaster de série B.

Mais on a vu bien pire dans la masse des innombrables slashers sortis durant les années 80.

 

Fred Pizzoferrato - Mars 2007