VENDREDI 13
Titre: Friday The 13th
Réalisateur: Sean S. Cunningham
Interprètes: Adrienne King

 

Betsy Palmer
Jeannine Taylor
Robbi Morgan
Kevin Bacon
Walt Gorney
 
Année: 1980
Genre: Horreur / Slasher / Gore
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Après le succès d'HALLOWEEN, le slasher devint une valeur sûre du cinéma d'épouvante et suscita rapidement l'enthousiasme des copistes avec des titres comme LE MONSTRE DU TRAIN, THE DAY AFTER HALLOWEEN, TOOLBOX MURDERS, etc. Néanmoins, ce sera VENDREDI 13 qui, en 1980, définira réellement le genre au point qu'il se vit à son tour plagier à tour de bras.

VENDREDI 13...Un bien beau titre pour un film d'horreur. C'est d'ailleurs de là que tout est parti, le créateur de la série, Sean S. Cunningham, désirant un titre suffisamment angoissant et mystérieux pour attirer le curieux. Une pratique commerciale évidente mais un bon investissement pour Cunningham, lequel a débuté dans le porno (CASE OF THE FULL MOON MURDERS) avant de produire le célèbre DERNIERE MAISON SUR LA GAUCHE de Wes Craven, en 1972.

Malgré de nombreuses interdictions, le film devint culte et surtout fort rentable mais, durant quelques années, Cunningham vivote et tourne des films familiaux, comme MANNY's ORPHANS. Pour manger à sa faim, il décide de se lancer dans l'horreur, suivant la voie lancée par HALLOWEEN mais en s'inspirant également du gore qui déferle sur les écrans. Pourquoi ne pas tenter le compromis idéal entre ces deux tendances et allier le suspense à l'horreur graphique en détaillant les agissements d'un tueur fou sanguinaire. Maigre argument mais le titre accroche. On en revient toujours là.

Le film a coûté environ trois cent milles dollars. Il va en rapporter près de 70 millions, soit environ 200 fois sa mise initiale. Du jamais vu. Aussitôt les copies défilent, jusqu' à la saturation. Combien font encore illusion aujourd'hui? Pas plus d'une demi-douzaine, et encore. Citons CARNAGE, THE MUTILATOR, SLEEPAWAY CAMP, BODY COUNT ou CAUCHEMARS A DAYTONA BEACH, parmi une masse immense. Les quelques métrages précités sont les arbres qui cachent la forêt dans une production comptant plus de cent titres, la plupart sorti entre 1980 et 1984.

L'intrigue de VENDREDI 13 est simple à souhait. En 1958, deux moniteurs du camp de vacances de Crystal Lake s'éloignent pour un gros calin, rapidement interrompu par quelques coups de couteau sanguinaires. Le camp est ensuite fermé mais, une vingtaine d'années plus tard, quelques personnes décident de se réouverture. A son postulat proche d'HALLOWEEN, le métrage ajoute donc une petite touche du BAIE SANGLANTE de Mario Bava et se permet également une révélation finale, invraisemblable, typique des thrillers italiens.

Si la construction de l'intrigue et le final lorgnent avec insistance sur l'oeuvre de John Carpenter, le résultat n'atteint pas - loin s'en faut - la même qualité. Pour l'ultime séquence - celle d'un Jason ressuscité venant prendre sa revanche sur la dernière survivante - Cunningham ne se prive pas d'utiliser un procédé popularisé, bien plus efficacement, par CARRIE, à savoir le coup du cauchemar pouvant devenir réalité, et vice et versa.

VENDREDI 13 vaut essentiellement le détour pour ses maquillages sanglants, signés Tom Savini. Si les meurtres paraîtront sans doute bien soft en regard des critères actuels (comme en témoigne ceux de SAW et consorts), ils firent à l'époque, forte impression: décapitation graphique, hache en plein visage et gorge tranchée sont au programme, au côté de nombreux coups de couteaux.

Parmi les moniteurs, le spectateur remarque Kevin Bacon, lequel se fait tuer d'une flèche dans la gorge juste après avoir fait l'amour. La morale est donc sauve: les baiseurs, les buveurs, les danseurs, les fumeurs de oinj ou les amateurs de bains de minuit à poil ne font pas de vieux os. Les pucelles, elles, s'en tirent. Un nouveau cliché ensuite usé jusqu'à la corde par les slashers successifs, tout comme le mobile de la vengeance ici utilisé et qui devint rapidement la norme.

La musique d'Harry Manfredini - stressante, énervante ou insupportable selon les sensibilités de chacun, contribue également au climat angoissant entretenu vaille que vaille par Sean Cunningham même si l'attraction principale réside dans les effets signés Tom Savini et les jeunes demoiselles tombant le haut à intervalles réguliers. Ce n'est pas grand-chose mais, au moins, il n'y a ni tromperie sur la marchandise ni volonté d'intellectualisation: juste l'envie de montrer des filles dénudées brutalement assassinées.

Pour information, VENDREDI 13 fut également le premier gore distribué par une Major Company, à savoir la Warner, ouvrant la porte à une plus grande permissivité dans le domaine de l'horreur cinématographique. Son importance historique est donc indéniable même si son intérêt intrinsèque s'avère finalement limité. L'ensemble n'est donc pas aussi mauvais que certains l'ont prétendu mais il ne peut pas, non plus, prétendre au statut de classique.

Fred Pizzoferrato - Février 2007