FRISSONS
Titre: Shivers / Parasite Murders
Réalisateur: David Cronenberg
Interprètes: Paul Hampton

 

Joel Silver
Lynn Lowry
Barbara Steele
Allan Kolman
Susan Petrie
 
Année: 1974
Genre: Fantastique / Horreur
Pays: Canada
Editeur  
Critique:

Premier long-métrage de David Cronenberg, FRISSONS apparaît aujourd’hui comme une œuvre relativement riche et, surtout, annonciatrice des futures obsessions du cinéaste même si on est en droit de la considérer comme assez mineure et brouillonne. Fidèle à ses angoisses, Cronenberg en reprendra cependant certaines thématiques dans ses métrages ultérieurs, en particuliers dans les deux suivants, RAGE et CHROMOSOME 3. Deux titres indiscutablement plus maîtrisés, efficace et aboutis.

En dépit de ses faiblesses, FRISSONS demeure toutefois intéressant mais s’appréciera davantage une fois replacé dans son contexte. Si FRISSONS est son premier essai au format long, le réalisateur canadien a déjà à son actif deux courts métrages (dont l’un intitulé FROM THE DRAIN inspirera en partie, apparemment, la fameuse scène de la baignoire de FRISSONS) et deux moyens métrages (STEREO et CRIMES OF THE FUTURE) réalisés à la fin des années soixante.

Fort de son expérience, Cronenberg se lance alors dans l’aventure de ce film d’horreur très particulier, d’ailleurs réputé pour être la première production d’épouvante tournée au Canada. Au début des années 70, Cronenberg a en effet proposé le scénario de FRISSONS au studio Cinepix, spécialisé dans le cinéma érotique. Après diverses péripéties et un bout d’essai sexy, il finira par le tourner lui-même en 1975, en une quinzaine de jours et pour un budget dérisoire. L’œuvre achevée sera un mélange assez déstabilisant d’horreur clinique, de passages gore assez sanglants pour l’époque, de considérations sociopolitiques et d’érotisme déviant, sans oublier un peu d’humour souvent grinçant.

L’intrigue, assez simple, se déroule presque exclusivement à l’intérieur d’un ensemble d’appartements modernes dans lequel va se développer une curieuse contamination. Un médecin travaillant sur l’utilisation de parasites à des fins scientifiques utiles va en effet provoquer une épidémie de nymphomanie extrême, transformant les résidants des appartements en créatures assoiffées de sexe et de sang. Peu à peu, l’invasion se répand…

A travers de ce scénario prétexte, Cronenberg se livre à une attaque de notre société moderne par le biais de ces parasites qui réveillant les instincts de l’humanité. Il va également confronter la technologie de cet ensemble d’habitations modernes fonctionnant en autarcie aux besoins les plus primaires de ses protagonistes surexcités. Une belle occasion pour le cinéaste de proposer des pratiques encore taboues (relations extraconjugales très libres, homosexualité, sadomasochisme, inceste, humiliation, etc.) qu’il entend balayer avec énergie et l’envie manifeste de heurter le spectateur et de briser les conventions.

Symptomatique de la révolution sexuelle tout comme de la récupération d’un certain cinéma de mauvais genre (en particulier l’horreur gore et l’érotisme alors en vogue) par des metteurs en scène venus du « film d’auteur », FRISSONS confronte donc l’artistique et le trivial, le travaillé et le brut, le cinéma ambitieux et les contraintes commerciales. Malheureusement, le tout manque un peu de mordant (un comble vu le sujet !) et l’intrigue tourne rapidement en rond même si la conclusion pessimiste, voire carrément apocalyptique (que l’on retrouvera ensuite comme un cliché récurrent des films de zombies), rattrape en partie les faiblesses précédentes. S

ouvent enthousiaste, parfois brouillon voire carrément maladroit, FRISSONS souffre en outre d’un certain manque de rythme qui rend l’action répétitive et pas vraiment passionnante. Mais l’ensemble comporte également de nombreuses scènes réussies qui s’incrustent durablement dans la mémoire du spectateur. Les parasites grouillant sous les ventres des protagonistes offrent un grand moment d’horreur clinique, tout comme certaines scènes d’orgies et la première séquence, bien glauque, qui plonge immédiatement le public dans une ambiance appropriée. Suffisamment de points positifs pour rendre agréable la vision de ce titre un peu oublié.

Techniquement parfois limite et amateur, FRISSONS compense en partie cet aspect brouillon par un côté document « brut », pratiquement pris sur le vif, qui lui confère une certaine puissance. Le métrage fonctionne ainsi à la manière d’un reportage en braquant une caméra encore hésitante, voire tremblotante, sur un microcosme dévasté par une inéluctable invasion. Les effets spéciaux, eux, manquent sans doute de réalisme mais possèdent un véritable potentiel horrifique par leur violence chirurgicale et restent capables d’écoeurer les plus sensibles.

Bref, un amateurisme plus ou moins assumé qui convient finalement plutôt bien à ce récit et permet à FRISSONS de garder une certaine force plus de trente ans après sa sortie, d’autant que le métrage préfigurait les craintes des décennies suivantes (sida, dérives scientifiques, contamination,…).

Variation sexualisée sur les thèmes de LA NUIT DES MORTS VIVANTS ou de l’INVASION DES PROFANATEURS DE SEPULTURES, ce premier long-métrage de Cronenberg peine à convaincre totalement mais demeure fort intéressant à suivre. Une découverte à faire pour les fans du cinéaste et une sympathique curiosité pour les amateurs de fantastique horrifique.

Pour un premier film, l’essai est donc en grande partie concluant.

Fred Pizzoferrato - Janvier 2009