DE LA TERRE A LA LUNE
Titre: From the Earth to the Moon
Réalisateur: Byron Haskin
Interprètes: Joseph Cotten

 

George Sanders
Debra Paget
Don Dubbins
Patric Knowles
Carl Esmond
Henry Daniell
Année: 1958
Genre: Science-fiction
Pays: USA
Editeur Artus Films
Critique:

Réalisé, en 1958, par le spécialiste des effets spéciaux passé à la mise en scène Byron Haskin (responsable d’une excellente version de LA GUERRE DES MONDES en 1953 mais aussi de bien plus anonymes westerns), cette adaptation du roman homonyme de Jules Vernes tente de moderniser une trame déjà bien vieillotte dans les années ’50 en y ajoutant une parabole anti-nucléaire pas franchement indispensable.

Fabricant d’armes sans scrupules, Victor Barbicane annonce une nouvelle découverte sensationnelle : la Puissance X, capable de détruire n’importe quel matériau et de percer tous les blindages. Un de ses rivaux, Stuyvesant Nicholl, lui lance néanmoins un défi et affirme qu’un nouvel alliage de son invention pourra stopper le pouvoir destructeur de la Puissance X. Malheureusement pour Nicholl, Barbicane emporte son pari et empoche 100 000 dollars après avoir réduit en cendre une colline entière.

Cependant, le président Grant en personne intervient auprès du savant et lui demande de cesser ses expériences, lesquelles pourraient conduire à une véritable course à l’armement qui mettrait en danger, au final, la paix mondiale. Barbicane se voit par conséquent forcé de changer ses plans et imagine, comme démonstration de son génie, d’expédier vers la lune un projectile habité. Il sollicite l’aide de Nicholl et le lancement réussi mais, en route vers notre satellite, Barbicane découvre que son rival a saboté l’expédition…ignorant que sa propre fille, la charmante Virginia, a pris place clandestinement dans le vaisseau lunaire.

Produit par la RKO juste avant sa faillite (ce qui entraina de sévères coupes budgétaires et la suppression de toutes les scènes situées sur la lune), DE LA TERRE A LA LUNE court visiblement après les succès commerciaux des adaptations de Jules Vernes réalisées quelques années plus tôt. 20 000 LIEUES SOUS LES MERS, LE TOUR DU MONDE EN 80 JOURS ou même le plus modeste MICHEL STROGOFF annonçaient les futures sorties de VOYAGE AU CENTRE DE LA TERRE, L’ÎLE MYSTERIEUSE ou LE MAÎTRE DU MONDE, soit de plaisants divertissements colorés à souhait.

L’écrivain français d’anticipation avait, décidément, le vent en poupe durant les fifties et cette version "prestigieuse" de DE LA TERRE A LA LUNE s’annonçait intéressante, ne serait-ce que par son Technicolor flamboyant et son trio de vedettes : George Sanders, Joseph Cotten et Debra Paget. Les costumes et décors s’avèrent, eux aussi, soignés, les mécanismes imaginés par Verne trouvant leur équivalent à l’écran dans un style délicieusement suranné, proche du steampunk, comme en témoignent les intérieurs très cosy du vaisseau spatial.

Malheureusement, le film souffre de nombreux défauts rédhibitoires qui empêchent de le considérer comme une vraie réussite. Une longue sous-intrigue est, par exemple, greffée à la trame principale et fonctionne comme une parabole explicite sur l’énergie nucléaire. Les deux savants s’affrontent ainsi longuement et verbalement sur les dangers d’une nouvelle source de puissance en apparence illimitée qui pourrait, éventuellement, devenir une arme de destruction massive. Les arguments de l’un répondent aux craintes de l’autre et anticipent la problématique de la course aux armements. Le côté dissuasif des « missiles » est lui-aussi évoqué car si chaque camp les possède ne sont-ils pas le meilleur garant de la paix sous peine d’une apocalypse mondiale ? Des considérations intéressantes et toujours d’actualité qui appesantissent cependant un long-métrage manquant quelque peu de la fantaisie et du « sense of wonder » espéré d’une adaptation de Jules Verne. De plus, l’idée d’expédier un boulet de canon vers la lune pour démontrer la puissance d’une arme semble bien folklorique et toute cette première partie parait artificielle, quoique plaisante grâce à des dialogues de qualité.

DE LA TERRE A LA LUNE manque aussi d’humour, ce qui aurait permis d’accepter plus facilement les facilités du scénario et les aberrations scientifiques énoncées très sérieusement. En effet, en dépit de la naïveté du propos, les nombreuses incohérences et erreurs auront bien du mal à passer aujourd’hui, ce qui rend l’entreprise anachronique et dépassée.

Malheureusement, une fois dans la cabine spatiale, les choses ne s’arrangent guère et film se révèle ennuyeux et sans beaucoup d’intérêt. L’exaltation causée par un tel voyage disparaît, remplacé par une banale romance entre la fille d’un des savants et le viril héros. Vu la situation critique, le long-métrage se transforme alors en une sorte de drame en huis-clos, chacun espérant dévier la trajectoire du vaisseau spatial pour lui éviter une destruction annoncée lors de son retour sur Terre. Le final, bâclé, n’autorise même pas le spectateur à assister à l’alunissage promis par le titre, qui se déroule hors champs sur la face cachée de la lune.

Le budget restreint oblige d’ailleurs le cinéaste à concentrer toute l’action dans un décor réduit et à limiter les vues en extérieur. Les trucages sont, en outre, ratés et le vaisseau spatial apparaît clairement comme une maquette aux finitions douteuses, tiré par un fil très visible et environné de flammes incongrues. Du travail de cochon franchement embarrassant, y compris pour un film des années ’50, et un comble pour Byron Haskin, un homme ayant longtemps oeuvré dans les effets spéciaux.

Pourtant, malgré tous ces défauts et des longueurs parfois gênantes, DE LA TERRE A LA LUNE garde un charme appréciable que sauront apprécier les nostalgiques. Il s’en dégage un parfum rétro de bon aloi qui permet de le visionner sans trop d’ennui même si le film ne peut pas rivaliser avec des productions similaires mais plus réussies comme 20 000 LIEUES SOUS LES MERS ou VOYAGE AU CENTRE DE LA TERRE.

 

Fred Pizzoferrato - Août 2012