LE JEU DE LA MORT
Titre: Game of Death
Réalisateur: Robert Clouse & Bruce Lee & Sammo Hung
Interprètes: Bruce Lee

 

Kim Tai Jong
Yuen Biao
Robert Wall
Colleen Camp
Dean Jagger
Kareem Abdul-Jabbar
Dan Inosanto
Roy Chiao
Sammo Hung
James Tien
Casanova Wong (version HK)
Chuck Norris (images d'archives)
Année: 1978
Genre: Kung fu / Bruceploitation / Polar
Pays: USA / Hong Kong
Editeur  
Critique:

Film posthume de Bruce Lee, terminé cinq ans après son tragique décès, LE JEU DE LA MORT est un étrange patchwork, tour à tour divertissant et irritant. Surfant sur la vague « bruceploitation », l’appartenance de ce rafistolage à la filmographie officielle (certes succincte) du Petit Dragon reste discutable mais le produit fini possède cependant l’une ou l’autre qualité suffisante pour intéresser les fanatiques de Bruce Lee.

L’histoire, aujourd’hui, est bien connue : débuté en 1972, le tournage est suspendu pour permettre à la star chinoise de se consacrer à OPERATION DRAGON. Malheureusement, la mort empêche Bruce Lee de terminer son projet qui dort sur une étagère durant plusieurs années, lançant une vague de sous-produits variablement divertissants présentés comme authentiques tels LES SIX EPREUVES DE LA MORT ou GOODBYE BRUCE LEE, HIS LAST GAME OF DEATH.

En 1978, Robert Clouse reprend finalement le matériel existant et termine LE JEU DE LA MORT, dont il signe également le scénario sous un pseudonyme. Hélas, Clouse ne respecte absolument pas la vision initiale du Petit Dragon et balance aux orties la quête, à la fois martiale et philosophique, de son héros pour une intrigue bien plus simpliste. Bruce Lee incarne ici Billy Lo, vedette du cinéma kung-fu dont la vie est menacée par la mafia. Refusant de céder, l’acteur est abattu lors d’un tournage (en fait une reconstitution du final de LA FUREUR DE VAINCRE, ce qui permet d’en recaser quelques plans) et grièvement blessé au visage. Décidé à découvrir les coupables, Billy simule sa mort (à la consternation générale le film emprunte alors des images authentiques de l’enterrement de Bruce Lee) et, maquillé grossièrement, mène l’enquête.

Sur les quarante minutes (environ) d’images effectivement tournées par Bruce Lee, LE JEU DE LA MORT n’en retient qu’une douzaine, à savoir les trois affrontements de la dernière bobine. Tout le reste est jeté par Robert Clouse, obligé de procéder ainsi pour parvenir à connecter les scènes existantes avec celles qu’il tourne en 1978. Pour ces dernières, le cinéaste recourt à plusieurs sosies dont principalement Kim Tai Jong (que l’on revit dans trois autres bruceploitations : LE JEU DE LA MORT 2, JACKIE ET BRUCE DEFIENT LE MAITRE DU KARATE et KARATE TIGER) mais aussi Yuen Biao pour quelques mouvements acrobatiques.

Conscient de la bêtise du procédé, Robert Clouse laisse la plupart du temps son héros dans l’ombre, l’affuble de grosses lunettes aux verres polarisés ou le déguise à l’aide d’une barbe et d’une perruque factice, une tromperie subtilement intégrée au scénario qui voit « Bruce Lee » enquêter, incognito, sur son supposé assassinat. Pour rendre l’entreprise crédible, quelques plans du véritable Petit Dragon sont intercalés dans le long-métrage ce qui, paradoxalement, rend la substitution plus visible et risible. Un plan utilise même une photographie de l’acteur, simplement plaquée sur le corps de sa doublure. Pathétique !

Toutefois, tout n’est pas mauvais dans LE JEU DE LA MORT. Si le scénario s’avère simpliste et les acteurs peu concernés, les différents combats effectués par les doublures sont corrects et les chorégraphies, signées Sammo Hung, efficaces. Les trois affrontements réellement accomplis par Lee lors du climax sont, eux, parmi les meilleurs de sa courte carrière en dépit d’un montage un peu haché rendu indispensable pour les intercaler dans le nouveau scénario de Robert Clouse.

La vision du Petit Dragon, vêtu de l’iconique combinaison jaune, un nunchaku à la main, s’en allant défier trois maîtres des arts martiaux dont le géant Kareem Abdul Jabbar reste , malgré d’indéniables faiblesses, un sublime moment de cinéma.

L’influence Bondienne, particulièrement sensible dans l’excellente musique de John Barry, rend également le long-métrage nettement plus digeste même si cette partition romantique et énergique ne peut, à elle seule, réellement sauver les meubles.

Deux versions du film sont proposées : l’une, à destination de la Chine, crédite Sammo Hung à la mise en scène et comprend un efficace combat contre Casanova Wong (ensuite réutilisé dans la version internationale du JEU DE LA MORT 2) tandis que la version internationale, attribuée au seul Robert Clouse, intègre au casting Roy Chiao.

Au fil du temps, diverses versions « pirates », concoctée par des fans frustrés, ont également circulés, notamment une version dite « intégrale » de 127 minutes qui restaure l’entièreté des séquences tournées par Bruce Lee. Le documentaire G.O.D. offre, lui-aussi, une reconstitution du film originellement voulu par le Petit Dragon tandis que la biographie A WARRIOR’s JOURNEY reprend dans leur intégralité les combats de Bruce Lee, fortement écourtés dans la version de Robert Clouse.

La technologie moderne permettrait probablement d’utiliser plus efficacement les scènes tournées en 1972 afin de compléter le film de manière plus intègre mais, dans l’attente d’une hypothétique « reconstruction » numérique, il faudra se contenter du JEU DE LA MORT actuellement disponible. Lequel vaut essentiellement pour ses combats qui, mis bout à bout, ne représentent pourtant qu’environ vingt-cinq minutes du temps de projection.

Montage peu convaincant, LE JEU DE LA MORT s’appuie toutefois sur un dernier quart d’heure anthologique et une bande originale enthousiasmante pour éviter de sombrer dans la complète médiocrité. Pour un spectateur averti et appréciant la bruceploitation, la vision de cette production opportuniste reste cependant globalement plaisante quoique sa médiocrité objective la réserve aux inconditionnels de Bruce Lee ou aux amateurs passionnés de séries B kung-fu, voire de nanar.

A noter que la séquelle se débarrasse rapidement de l’argument « Bruce Lee » pour se consacrer à Kim Tai Jong (qui incarne son « frère ») et se révèle, étonnamment, bien plus réussie et divertissante.

 

Fred Pizzoferrato - Août 2014