LE JARDIN DES MORTS
Titre: Garden of the dead
Réalisateur: John Hayes
Interprètes: Philip Kenneally

 

Duncan McLeod
John Dullaghan
John Dennis
Susan Charney
Marland Proctor
Lee Frost
Année: 1974
Genre: Horreur / Fantastique
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Né en 1930 et décédé d’un cancer en l’an 2000, John Hayes demeure une personnalité très méconnue du cinéma indépendant américain. Dans les années ’50, Hayes se lance dans la réalisation de court-métrages dont l’un, intitulé « The Kiss », sera nominé à l’Oscar en 1959. Deux ans plus tard, Hayes propose son premier long-métrage, THE GRASS EATER, avant d’enchaîner avec vingt-cinq films d’exploitation dans les genres les plus divers, terminant sa carrière, comme tant d’autres bisseux, par une série de pornos. On lui doit aussi un film de science-fiction mettant en vedette Christopher Lee (DESTRUCTION PLANETE TERRE) et quelques séries Z horrifiques comme DREAM NO EVIL ou LES ENFANTS DE FRANKENSTEIN.

S’inscrivant tardivement dans la lignée de LA NUIT DES MORTS VIVANTS, avant la grande déferlante des « zombies » de la fin de la décennie, LE JARDIN DES MORTS constitue une peu originale série Z horrifique à l’intérêt limité.

L’intrigue, simpliste, s’intéresse à un petit groupe de prisonniers passant leur temps libre à respirer un produit toxique avec lequel ils se droguent joyeusement. Un soir, cependant, une tentative d’évasion est décidée mais celle-ci échoue lamentablement et la plupart des bagnards finissent abattus par les forces de l’ordre. Le directeur du pénitencier décide alors d’étouffer l’affaire et d’enterrer tous les défunts dans des tombes anonymes, laissant les survivants menottés dans le cimetière en guise de punition. Bientôt, un étrange et très suspect brouillard environne les tombes nouvellement creusées et provoque l’attendue et inexplicable résurrection des évadés abattus. Une voix off, celle des morts sans doute, nous informe de leurs intentions : « nous devons détruire le camp et tout ce qui est vivant ». Nos zombies se dirigent vers leur ancienne prison afin de commettre un petit carnage et, surtout, de se shooter à nouveau à grand coups d’émanations chimiques.

Handicapé par une absence regrettable d’effets gore, LE JARDIN DES MORTS accumule les scènes attendues, dénuées du moindre suspense, et sa seule originalité réside dans la présentation, encore inédite, de zombies junkies. Ceux-ci sont en outre capables d’utiliser des armes blanches (des pioches et des haches, essentiellement) et se déplacent avec célérité et non de manière léthargique, anticipant sur L’AVION DE L’APOCALYPSE ou les récents 28 JOURS PLUS TARD.

Malgré la bonne volonté du cinéaste, le manque de moyens se fait, hélas, cruellement sentir, la prison où se déroule l’intégralité du métrage consistant, par exemple, en quelques baraquements, une poignée de barils et une simple clôture. Si la première demi-heure, extrêmement ennuyeuse, détaille la vie quotidienne des prisonniers drogués, la seconde partie se révèle plus divertissante, les morts surgissant de leur tombe avant d’attaquer les vivants. L’amateurisme généralisé et la mise en scène approximative, encore aggravée par des cadrages confectionné à l’emporte-pièce et un montage effectué à la serpe rendent l’ensemble assez consternant mais non dénué d’un charme indéfinissable pour les inconditionnels du bis.

Les médiocres interprètes, pour leur part, débitent des dialogues affligeant et purement illustratifs, redondants par rapport aux images présentées. Ils confèrent par conséquent au métrage un parfum prononcé de nanar, ce qui motiva probablement la célèbre firme spécialisée Troma à s’en porter acquéreur. Le maquillage des morts vivants, confectionné par Joe Blasco (FRISSONS, ILSA LA LOUVE DES SS), s’avère, lui, tout juste acceptable et a probablement été réalisé avec très peu de matériel, de temps et d’argent. On pardonnera volontiers cet amateurisme et le manque de crédibilité des zombies en regrettant toutefois le manque de passages gore, ce qui rend l’ensemble bien timoré.

Les figurants, eux, sont mauvais comme cochon, surtout lorsqu’ils se défoncent à coup de produits toxiques avec des expressions de contentement exagérées et risibles. L’inévitable romance entre une jeune serveuse de bar et un prisonnier poignardé se révèle, de son côté, tout à fait accessoire, pour ne pas dire inutile.

Le final, abrupt, nous montre les zombies en pleine crise de romantisme aigu réclamer la tête (ou le cœur ou le corps, difficile de se prononcer), de la supposée héroïne. Stoïques, les morts vivants amoureux reçoivent, chacun à leur tour et comme à la fête foraine, une décharge de fusil automatique les renvoyant dans la tombe.

Longuet en dépit d’une durée ridiculement courte (58 minutes et basta !), prévisible et linéaire, LE JARDIN DES MORTS ne peut s’apprécier autrement que comme une curiosité réservée aux « completistes » du cinéma d’horreur indépendant des années ’70. Les autres s’abstiendront prudemment et se tourneront vers des valeurs sûres du « zombie movie ».

 

Fred Pizzoferrato - Août 2014