LE GEANT DE THESSALIE
Titre: I giganti della Tessaglia (Gli argonauti)
Réalisateur: Riccardo Freda
Interprètes: Roland Carey

 

Ziva Rodann
Massimo Girotti
Luciano Marin
Alberto Farnese
Nadia Sanders
Cathia Caro
Année: 1960
Genre: Péplum / Fantasy
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

Si, pour beaucoup de cinéphiles, le nom de Riccardo Freda évoque immédiatement les plus belles heures du cinéma fantastique italien, le réalisateur fut également un des grands spécialistes du film de cape et d’épées et du péplum. Dans ce dernier genre, Freda livra une série de titres réputés comme THEODORA IMPERATRICE DE BIZANCE et une première version de SPARTACUS. Freda coréalisa aussi, sans être mentionné au générique L’OR DES CESARS et vint prêter main forte à Guido Brignone lors du tournage de SOUS LE SIGNE DE ROME, ensuite remanié par Michelangelo Antonioni.

Comme beaucoup de cinéastes de la Péninsule, Freda oeuvra aussi dans le « muscle opéra » mythologique, ces péplums axés sur des figures légendaires et des combattants à l’impressionnante carrure, notamment via LE GEANT A LA COUR DE KUBLAI KAHN et l’excellent MACISTE EN ENFER.

Ce GEANT DE THESSALIE, pour sa part, adapte une intrigue connue, celle de Jason et de ses Argonautes à la recherche de la mythique Toison d’Or. La Thessalie, en effet, se porte mal et le peuple a besoin d’un symbole capable de restaurer l’espoir en une vie meilleure. Cet emblème, bien sûr, est la mythique Toison d’Or jadis offerte par Zeus en personne mais aujourd’hui perdu aux confins du monde. Jason embarque donc à bord de l’Argos en compagnie d’une poignée de valeureux combattants parmi lesquels se trouvent Orphée, revenu des Enfers sans avoir pu sauver sa bien-aimée. Pendant qu’ils naviguent au loin, le redoutable Adraste complote de son côté pour s’emparer du trône de Thessalie. Jason et ses Argonautes affronteront bien des dangers pour s’emparer du présent de Zeus et le ramener en Thessalie.

LE GEANT DE THESSALIE mêle la légende des Argonautes à celle d’Ulysse, dans un de ces patchworks typiques du cinéma de divertissement italien de la grande époque. L’équipage sera ainsi confronté à divers périls, notamment la faim et la soif mais également une tribu de sorcières proches des Amazones vivant sur une île et transformant les marins qu’elles ont séduites en moutons parlants. Une scène qui, avouons-le, n’échappe pas toujours au ridicule.

Un peu plus tard, Jason et ses hommes affronteront un dangereux cyclope qu’ils parviendront classiquement à éborgner à l’aide d’un pieu. Là aussi il faudra au spectateur un peu de bonne volonté pour accepter les effets spéciaux assez rudimentaire mais, heureusement, la mise en scène de Freda parvient à tirer le meilleur parti des décors disponibles pour camoufler les déficiences techniques et le tout demeure distrayant.

Pour le rôle de Jason, Freda engage Roland Carey, un acteur né à Lausanne d’abord parti tenter sa chance sur les planches parisiennes avant d’obtenir de petits rôles à Hollywood. En raison de sa haute taille (188 cm) et de ses capacités physiques variées, entretenues par de nombreux sports dont la boxe et le karaté, Carey s’impose naturellement à Rome et obtient le rôle principal de quelques péplums ou films « historiques » (citons LA REVOLTE DES BARBARES et L’EPEE DU CID) avant de se tourner vers l’espionnage lors de la vague des sous-James Bond, adoptant alors le pseudonyme de Rod Carter. Fin des sixties l’acteur disparaît des écrans, n’y revenant qu’en 1981 pour trois porno signés Joe d’Amato ! Depuis, Roland Carey n’a plus effectué que de furtives apparitions au cinéma. Dans LE GEANT DE THESSALIE, Carey utilise surtout sa musculature et ses talents de cascadeur mais demeure un Jason acceptable. A ses côtés Massimo Girotti incarne Orphée et Alberto Farnese cabotine dans le rôle du diabolique Adraste, deux habitués du péplum et, plus généralement, du cinéma bis italien même si ils jouèrent aussi dans des films plus « sérieux ».

LE GEANT DE THESSALIE souffre aujourd’hui, immanquablement, de la comparaison avec le JASON ET LES ARGONAUTES réalisé trois ans plus tard et au budget bien plus conséquent. L’œuvre de Freda ne peut compter sur les effets spéciaux de Ray Harryhausen et doit donc se contenter de trucages bien plus sommaires et moins convaincants même si ceux-ci sont, en partie, assurés par le controversé Carlo Rambaldi. Néanmoins, la science de Riccardo Freda s’avère suffisante pour faire passer la pilule et la plupart des séquences, en dépit d’un manque criant de moyens, restent alertes et bien menées.

L’autre grand problème de ce GEANT DE THESSALIE réside dans le caractère très haché du scénario, lequel semble évoluer d’une saynète à une autre sans vraiment se soucier de les lier en un ensemble cohérent. Par manque de moyens, le film pâtit aussi d’une certaine absence de souffle épique et enchaîne trop rapidement les séquences sans beaucoup développer les relations entre les différents personnages. Le seul moment où Freda s’y attarde est lors du jugement d’un membre d’équipage coupable d’avoir caché sa copine dans la cale de l’Argos. Malheureusement, les marins se révèlent alors franchement antipathiques et l’aspect quelque peu expéditif de ce procès ne donne guère une image favorable des héros.

Le montage se révèle également un peu aléatoire et trahit parfois certains problèmes de continuité assez flagrants, notamment lors de l’épisode de la tempête en mer. Néanmoins, LE GEANT DE THESSALIE raconte l’intrigue jusqu’au retour final de Jason dans son pays natal, une conclusion plus satisfaisante que celle de JASON ET LES ARGONAUTES, lequel se terminait abruptement au moment où le héros s’emparer de la Toison d’Or, laissant tout un pan du scénario irrésolu. Ici, Jason rentre bien en Thessalie avec ses compagnons, lesquels adoptent une technique proche du fameux Cheval de Troie pour renverser le tyrannique Adraste.

Si LE GEANT DE THESSALIE ne peut prétendre être une totale réussite du péplum mythologique il n’en demeure pas moins une œuvre très estimable et divertissante à même de satisfaire les amateurs de ce genre de cinéma naïf et sans prétention. A redécouvrir avec un œil attendri.

 

Fred Pizzoferrato - Septembre 2009