BOURREAUX S.S. - LA DERNIERE ORGIE DU TROISIEME REICH
Titre: Ultima orgia del III Reich / The Gestapo's Last Orgy / Caligula reincarnated as Hitler / Bourreaux SS
Réalisateur: Cesare Canevari
Interprètes: Daniela Poggi

 

Adriano Micantoni
Maristella Greco
Fulvio Ricciardi
Antiniska Nemour
Caterina Barbero
Domenico Serengai
Année: 1977
Genre: Nazi-exploitation / Horreur / Video-nasty
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

Comme de nombreux sous-genres, la nazi-exploitation fut récupérée par les Italiens au cours des années 70 et les cinéastes de la Péninsules ne se privèrent pas pour surenchérir sur les premiers longs-métrages de ce style, tel NAZI LOVE CAMP 7 et ILSA. Contemporains de productions similaires utilisant à des fins racoleuses les couvents (la nunsploitation), les prisons de femmes (WIP) ou les tortures de l'inquisition, les métrages apparentés à l'érotisme nazi demeurent, aujourd'hui encore, les plus mal vus, y compris dans le petit monde du cinéma bis. Même si ils touchent à des tabous encore présents et utilisent une imagerie volontiers outrancière et nauséeuses, ces films - encore interdits dans de nombreux pays - sont pourtant souvent trop mal fichus et ridicules pour être pris au sérieux.

LA DERNIERE ORGIE DU TROISIEME REICH, pourtant, constitue une des tentatives les plus sérieuses et "intellectuelle" de s'approprier un sous-genre détesté. Cesare Canevari conte donc une histoire plus élaborée que de coutume même si il s'inspire outrageusement de PORTIER DE NUIT et, dans une moindre mesure, du SALON KITTY de Tinto Brass. Lisa, une jolie juive blonde, est envoyée dans un camp de concentration dirigé par le commandant Conrad Von Starker. Persuadée d'être responsable de la mort de toute sa famille, Lisa ne demande qu'à mourir mais le commandant, séduit par la jeune femme, ne l'entend pas ainsi. Il décide de la torturer, tant physiquement que psychologiquement, pour lui rendre le goût de vivre…et la tuer ensuite.

Raconté en flash-back, l'intrigue se veut donc plus intéressante que la sempiternelle accumulation de tortures et autres séquences pseudo érotiques. La violence est finalement assez restreinte et ne verse pas dans les excès d'autres titres similaires. Bien sûr, les habituels clichés sont présents: filles brûlées dans les fours crématoires, séance de flagellation, domination du commandant par sa cruelle assistante, corps plongés dans la chaux vive, etc. Les passages les plus mémorables nous montrent Daniela Poggi, l'interprète de Lisa, pendue par les pieds, nues, au-dessus de rats affamés.

Un autre moment culte consiste en un dîner entre dignitaire nazi virant au cannibalisme, puisqu'il faut bien que "les juifs aient une utilité". Après avoir déshabillé une servante, les gradés l'aspergent de Cognac et la font flamber dans une sorte de grande assiette...ensuite, tout excités, ils se lancent dans l'orgie promise par le titre! D'autres scènes de violence sont présentes mais la plupart du temps elles sont suggérées. Une mère qui refuse d'abandonner son enfant est battue à mort à coup de crosse de fusils, les nouvelles prisonnières - après un examen médical intime - sont violées brutalement par les soldats, une autre fille est jetée vivante à une meute de Dobermans affamés, une fille et sa mère coupables d'incestes sont attachées en 69 en attendant la mort, etc.

Classé Video Nasty en son temps, l'ensemble risque bien de ne plus intéresser grand monde aujourd'hui et excepté ces séquences (qui devraient quand même secouer les plus sensibles) le métrage dans son ensemble est particulièrement plat et manque vraiment de l'imagination délirante de la série des ILSA ou des Women In Prison. En dépit de la nudité complaisamment le film n'est de toute manière pas vraiment érotique (quoique l'une ou l'autre scène de jeu entre la blonde et le Nazi, en particulier celle impliquant un pistolet, le soit) et sa violence est plus suggérée qu'étalée, le gore ne faisant que de timides et peu convaincantes apparitions.

Quoique filmé avec un budget restreint, LA DERNIERE ORGIE DU TROISIEME REICH ne parait pas pour autant misérable. La photographie et les décors sont un minimum soigné et donne au métrage un certain cachet, ainsi qu'un atmosphère sombre et désespérée. Loin de l'aspect bande dessinée pour adultes de ILSA et autres BOURREAUX SS, la réalisation de Canevari développe un côté plus noir et démontre la corruption exercée par le pouvoir. Il suggère aussi qu'une victime peut facilement se transformer en tortionnaire et devenir aussi abjecte que ses bourreaux.

LA DERNIERE ORGIE DU TROISIEME REICH bénéficie d'une assez bonne réputation, du moins dans le domaine très particuliers de la nazi-exploitation. Pourtant le métrage se révèle en définitive plutôt ennuyeux. Certes, on y trouve davantage de qualités intrinsèques que dans la majorité des films du même style, à commencer par un "véritable" scénario et une interprétation plus convaincante, mais il lui manque le côté "campy" et purement "divertissant" de la plupart de ses concurrents.

La mise en scène possède heureusement une certaine classe et se veut même quelque peu "arty". La musique est, pour sa part, globalement adéquate et possède la même douceur langoureuse que les meilleurs bande sons de soft-core des années 70, en particulier les BLACK EMANUELLE. L'étude de la relation amoureuse et sado-masochiste entre les deux principaux protagoniste possède néanmoins une certaine force morbide. Les dialogues, eux, tentent de faire passer une certaine idée de recherche mais s'apparente davantage à des citations pompeusement copiées sur un roman de Sade ou un essai de Nietzsche qu'à une authentique volonté de réflexion philosophique sur le bien, le mal, la barbarie et toutes ces sortes de choses.

Prétentieux, longuet (en dépit d'une durée réduite à 80 minutes), peu passionnant mais traversé par quelques moments plus réussis ou à tout le moins intéressants, LA DERNIERE ORGIE DU TROISIEME REICH s'adresse aux inconditionnels de la nazi-exploitation mais risquent de profondément ennuyer (ou révulser) un public moins sensible à de telles extrémités cinématographiques. En bref, réservé aux fans!

 

Fred Pizzoferrato - Mars 2008