GHIDORAH - THE THREE HEADED MONSTER
Titre: San daikaijû: Chikyû saidai no kessen
Réalisateur: Ishirô Honda
Interprètes: Yosuke Natsuki

 

Yuriko Hoshi
Hiroshi Koizumi
Akiko Wakabayashi
Emi Ito & Yûmi Ito
Takashi Shimura
Akihiko Hirata
Année: 1964
Genre: Kaiju Eiga / Science Fiction
Pays: Japon
Editeur  
Critique:

Film charnière dans la « carrière » de Godzilla, GHIDORAH THE THREE HEADED MONSTER voit le lézard nucléaire passer dans le camp des gentils, défenseurs de la Terre contre les envahisseurs extraterrestres. Le métrage propose également la première apparition de King Ghidorah, un incroyable dragon martien tricéphale qui deviendra le kaiju (monstre géant) préféré des fans, de sorte qu’il reviendra à de nombreuses reprises affronter le BigG.

Après avoir combattu Angiras, Mothra et King Kong, le monstre radioactif est donc, cette fois, confronté à un adversaire à sa hauteur. La créature mesure en effet près de cent mètres d’envergure, compte deux queues et trois têtes terminées par d’impressionnantes mâchoires et crache des rayons mortels. Bref, Godzilla aura besoin de toute sa puissance, et accessoirement de l’aide de Mothra et Rodan, pour le défaire.

L’intrigue suit les pas de Naoko Shindo (déjà vu la même année, mais dans un rôle précédent, dans MOTHRA CONTRE GODZILLA), une journaliste travaillant pour l’émission de télévision « Les mystères du XXème siècle ». La demoiselle enquête sur une secte vénérant les extraterrestres dont les membres tentent d’établir le contact avec les soucoupes volantes vues récemment au-dessus du Japon. Cependant, au lieu d’un OVNI c’est une immense météorite de plus de cent mètres de diamètre qui s’écrase dans les montagnes non loin de Tokyo.

Au même moment, le frère de Naoko, un inspecteur de police, est chargé de protéger la princesse Mas Selina Salno (Akiko Wakabayashi, vue dans KING KONG CONTRE GODZILLA) de la petite nation du Sergina, perdue dans l’Himalaya, menacée par des révolutionnaires radicaux. L’avion de la princesse, saboté, croise heureusement la route d’un objet volant non identifié et la jeune femme survit à la destruction de son moyen de transport.

Peu après, on retrouve la princesse à Tokyo, affirmant être devenue une martienne capable de prédire le futur. Le Roi du Sergina, le véritable commanditaire de l’attentat manqué contre sa propre fille, envoie alors son chef de la sécurité assassiner Mas Selina Salno.

Le scénario de GHIDORAH THE THREE HEADED MONSTER va encore se compliquer avec la présentation des Petites Fées de l’île Infant, venues chanter leur fameuse chanson en l’honneur de Mothra au cours d’un show télévisé. Alors que le spectateur commence à trouver le temps long, King Ghidorah surgit finalement de la météorite aperçue quelques jours plus tôt. Le monstre vient de la planète Mars, sur laquelle il a exterminé l’ensemble de la population, ne laissant que quelques rares survivants forcés’ de s’exiler sur Terre.

La princesse Mas Selina Salno prédit également le réveil de Godzilla et de Rodan, sans oublier l’arrivée providentielle de Mothra, envoyée par les Petites Fées pour defender le Japon du péril extraterrestre. La grande bagarre entre les différents monstres géants peut enfin (oui enfin !!!) débuter…

GHIDORAH THE THREE HEADED MONSTER garde une place particulière dans le coeur des fans pour l’unique raison qu’il s’agit de la première apparition d’un Godzilla « gentil » chargé de défendre la Terre contre une redoutable menace extraterrestre. Malheureusement, il s’agit aussi de l’établissement d’une formule ensuite rabâchée jusqu’à l’épuisement, celle de l’invasion martienne (ou vénusienne, ou de la planète X) repoussée par les fiers kaiju terriens.

Comme dans la plupart des métrages ultérieurs consacrés à Big G le scénario prend tout son temps pour présenter les différents protagonistes et se focalise sur les humains au détriment des monstres géants. Les sous-intrigues, tentées par une sorte d’espionnage de pacotille vaguement inspirées par les James Bond de la même époque, multiplient, elles, les rebondissements sans parvenir aucunement à passionner le spectateur.

Très prévisible, le métrage retarde (bien trop) longuement les destructions massives orchestrées par Godzilla et ses acolytes, reléguées au dernier tiers du film, pour soutenir l’intérêt. Les nombreuses parlottes émaillant ce très bavard GHIDORAH THE THREE HEADED MONSTER n’aident pas non plus à en faire une grande réussite mais la bonne volonté de l’équipe reste palpable et élève le niveau au-dessus des médiocres et infantiles kaiju eiga des années ’70, Godzilla quoique considéré comme « gentil » n’étant pas encore devenu ce gros Casimir balourd et ami des enfants qu’il sera dans les œuvres (hum !) de Jun Fukuda.

Toutefois, tout n’est pas noir pour autant dans ce GHIDORAH THE THREE HEADED MONSTER et les effets spéciaux, aussi kitsch qu’ils puissent paraître à l’heure actuelle, gardent une large part de leur charme suranné, permettant quelques affrontements furieux entre les monstres et l’une ou l’autre séquence de destructions massives relativement spectaculaires.

Si le scénario s’avère laborieux et l’accent mis sur les humains au détriment des grosses bêtes plutôt regrettable, GHIDORAH THE THREE HEADED MONSTER reste globalement divertissant. Avec ces défauts (nombreux) et ses qualités (rares mais charmantes), ce cinquième épisode de la plus longue saga de l’histoire du cinéma demeure l’assurance d’une heure et demie de distraction régressive et plaisante.

Il y a certes de meilleur kaiju eiga mais il y en a également beaucoup de plus mauvais et GHIDORAH THE THREE HEADED MONSTER mérite donc une vision, ne serait ce que pour l’apparence ravageuse de Ghidorah lui-même. Sympathique et agréable, sans plus ni moins.

 

Fred Pizzoferrato - Décembre 2010