GIALLO IN VENICE
Titre: Giallo A Venezia / Gore In Venice
Réalisateur: Mario Landi
Interprètes: Leonora Fani

 

Jeff Blynn
Gianni Dei
Michele Renzullo
Mariangela Giordano
Eolo Capritti
Vassili Karis
Année: 1979
Genre: Giallp / Horreur / Exploitation / Erotique
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

Au milieu de la longue masse de giallo sortis en Italie durant la grande époque du genre (en gros les seventies même si on peut déjà parler ici de giallo tardif, les meilleurs étant clairement ceux de la première moitié de cette décennie), GIALLO A VENEZIA bénéficie d’une réputation flatteuse de sommet de l’exploitation italienne. Il est vrai que le cinéaste Mario Landi joue la carte de la surenchère en proposant des meurtres sadiques et bien gore dans une intrigue prétexte où l’érotisme déviant prédomine. Malheureusement de « bonnes » intentions ne donnent pas nécessairement un bon film et GIALLO A VENEZIA apparaît surtout comme une production fauchée et racoleuse à l’intérêt limité.

Le métrage prend logiquement place à Venise et la première séquence décrit la mort de Fabio, un homme d’une trentaine d’années violemment poignardé à coup de couteau dans l’entre-jambe. A ses côtés une femme, Flavia, s’est noyée avant que son corps ne soit tiré hors de l’eau…Le détective DePaul, ayant la manie de manger à tout bout de champ des œufs cuits durs, se voit confier l’enquête et commence par interroger les amis des victimes, à commencer par une certaine Marzia. Celle-ci raconte au détective comment Flavia et Fabio se sont laissé emporter dans une spirale de sexualité trouble, Fabio encourageant son épouse à coucher avec d’autres hommes tandis qu’il l’observait en parfait voyeur. Alors que DePaul poursuit ses investigations, persuadé que « le sexe est la clé », divers personnages sont assassinés d’horrible manière et Marzia commence à recevoir des appels téléphoniques anonymes et menaçants.

Dans la grande tradition de la (s)exploitation, une large part de la durée de projection de GIALLO A VENEZIA est occupée par de longues scènes censément érotiques mais généralement glaçantes et sans intérêt. En dépit de sujets scabreux (voyeurisme, échangisme et même une scène où Fabio prostitue son amie à deux hommes qui finissent par la violer brutalement), le métrage reste fort peu excitant et verse plutôt dans la vulgarité, encore accentuée par le comportement nonchalant d’un inspecteur incapable aimant raconter des blagues insipides sur les scènes de crime. Un je m’en foutisme consternant pas si éloigné de certaines catégoriesIII hong-kongaises des années ’80 et ’90 traitant par-dessus la jambe des sujets graves comme dans RAPED BY AN ANGEL, DAUGHTER OF DARKNESS ou autre NAKED KILLER. La musique, souvent à contre emploi, possède même des tonalités festives particulièrement malvenues qui tranchent totalement avec la violence des meurtres et induisent un décalage déplaisant.

La mise en scène rarement inspirée et le jeu médiocre des interprètes n’arrangent pas les choses et le film n’a pas beaucoup à offrir au spectateur pour maintenir son intérêt. Mario Landi (qui tournera l’année suivante PATRICK LIVES AGAIN) propose toutefois une longue séquence de masturbation féminine explicite et une poignée de mises à mort outrancières, détaillant par exemple une victime dont la jambe est consciencieusement sciée par le meurtrier. Au rayon du mauvais goût, le cinéaste ose aussi filmer la mort d’une prostituée tuée à coup de ciseau dans le vagin.

De la pure exploitation, dénommé par les américains « euro trash » (ou « euro sleaze »), dont la gratuité se rapproche des Women In Prison, Rape and Revenge et Nazi-exploitation sorties en Italie à la même époque. Dans GIALLO A VENEZIA, l’enquête, le mystère et la partie giallo au sens strict n’ont malheureusement droit qu’à la portion congrue du métrage mais Landi réussit quand même à proposer, durant les moments de « suspense » ou de « terreur », l’une ou l’autre séquence intéressante.

L’attirail du sadique se conforme parfaitement, pour sa part, au standard du genre : lunettes de soleil, gant de cuir, vêtements noirs et armes blanches variées. Les motivations des meurtres, révélés dans les ultimes minutes, et les petits twists distillés durant le métrage ne sont pas franchement originaux mais Landi parvient toutefois à rester cohérent et ne verse pas dans le n’importe quoi complet, ce qui demeure appréciable. Notons néanmoins que le scénariste a recours à un procédé particulièrement discutable en « tirant de son chapeau » un témoin clé livrant une information capitale alors qu’il n’avait jamais été interrogé précédemment en dépit de sa présence à proximité du premier meurtre ! Pas vraiment fair play mais ce genre d’astuce est tellement courant dans le giallo qu’on peut excuser GIALLO A VENEZIA d’y avoir recours.

Malheureusement, les personnages sont tellement inintéressants qu’il est difficile de se passionner pour l’intrigue proposée. La caractérisation des protagonistes s’avère en effet inexistantes (les relations sado masochistes de Fabio et Flavia n’existent que pour justifier le côté sensationnaliste et sexuel) ou outrancières, le flic étant un véritable clown incapable et pathétique brossé en deux ou trois traits signifiants, en particulier son habitude de manger des œufs et ses blagues stupides.

La bande originale, elle, ressemble à ce qu’elle est probablement, à savoir un repiquage sans talent de musiques tirées de métrages antérieurs et plaquées sans génie sur les images. La photographie n’est pas beaucoup plus réussie et en dépit du titre et du cadre très photogénique de Venise, rarement utilisé dans ce type de film, Mario Landi ne parvient même pas à conférer à GIALLO A VENEZIA un aspect touristique ou « carte postale ». Au contraire, l’ensemble ressemble à un téléfilm audacieux de seconde partie de soirée « agrémenté » de cinq meurtres saignants.

Manifestement voulu comme un « giallo gore érotique », GIALLO A VENEZIA échoue sur pratiquement tous les tableaux. La partie giallo, quoique passable, se révèle sans grand intérêt et parfois même malhonnête dans ces rebondissements improbables, le gore se limite à une poignée de scènes certes extrêmes mais pauvrement filmées et l’érotisme s’avère en réalité glaçant et fatiguant.

Fonctionnant davantage comme une sexploitation typiquement seventies que comme un véritable thriller, GIALLO A VENEZIA reste en définitive une curiosité fauchée à réserver aux seuls inconditionnels du cinéma « grindhouse ». Les autres, avides de sang, de sexe et de perversions se tourneront vers le plus divertissant NUE POUR L’ASSASSIN ou le plus efficace L’EVENTREUR DE NEW YORK.

[note: il existe apparemment une version brésilienne agrémentée de quelques plans hardcore]

 

Fred Pizzoferrato - Décembre 2010