GIALLO
Titre: Giallo
Réalisateur: Dario Argento
Interprètes: Adrian Brody

 

Emmanuelle Seigner
Elsa Pataki
Robert Miano
Silvia Spross
Lorenzo Pedrotti
 
Année: 2009
Genre: Thriller / Horreur / Giallo
Pays: USA / Italie
Editeur  
Critique:

En dépit des déceptions relatives que furent les films réalisés par Dario Argento depuis une dizaine d’années, l’annonce du retour du Maestro italien au genre ayant assuré sa renommée au début des seventies ne pouvait que susciter l’enthousiasme. Hélas, GIALLO n’a rien d’une réussite et s’avère probablement le plus mauvais film du cinéaste, à côté duquel les pourtant médiocre THE CARD PLAYER et TRAUMA ne pourront qu’être réévalué à la hausse. Car, et cela fait peine à dire et à écrire, Argento ne touche pas le fond avec ce nouveau long-métrage…non, il creuse carrément des souterrains !

Turin vit dans la terreur…un serial killer (« un quoi ? ») déguisé en chauffeur de taxi kidnappe, torture et assassine de belles et jeunes touristes. Linda (Emmanuelle Seigner) demande l’aide d’un inspecteur de police obstiné, Enzo Avolfi (Adrien Brody) afin de retrouver sa jeune sœur Celine (Elsa Pataky), enlevée par le maniaque. Avolfi, véritablement obsédé par le tueur surnommé « Giallo » (une maladie de peau rarissime l’a en effet rendu jaunâtre !) commence à traquer le meurtrier. Même si il est supposé être un véritable expert en psychologie criminelle, Avolfi passe l’essentiel de son temps à manger des pizzas en regardant d’un œil absorbé les photos des victimes mutilées et en fumant clopes sur clopes. Heureusement, Linda permet à l’enquête de progresser mais pourra t’elle retrouver sa sœur avant que Giallo ne la tue ?

Difficile d’imaginer ce qui a pu attirer Dario Argento dans ce projet aberrant tant le scénario peine à susciter le moindre intérêt chez le spectateur. L’intrigue, d’une simplicité désarmante, ne possède aucunement la complexité attendue des véritables « giallo » et s’inscrit davantage dans la lignée des enquêtes routinières de séries télévisées de fin d’après midi. Une véritable déception donc, Argento ayant choisi, pour son supposé « grand retour », un scénario n’ayant, finalement, pratiquement aucun éléments en commun avec les authentiques « giallo ».

Entre le thriller de bas étage et le « torture porn » sans imagination, GIALLO s’apparente en fait à une relecture du déjà peu passionnant THE CARD PLAYER versant souvent dans le risible. Ni tueur masqué, ni gant de cuir noir, ni victimes en petite tenue menacées par un mystérieux assassin ne sont donc présent dans un film portant bien mal son titre et dans lequel on s’attendrait presque à croiser un Leslie Nielsen adepte de la réplique délirante.

Au niveau de l’interprétation, Emmanuelle Seigner apparaît comme épuisée et même lessivée mais parvient à donner un minimum de conviction à un personnage sans aucun intérêt. Elsa Pataki se contente, elle, de crier et d’insulter son ravisseur de manière outrancière au risque de sombrer dans le comique involontaire. Les deux actrices font ce qu’elles peuvent pour assurer un semblant de tenue à l’entreprise mais la minceur de l’intrigue, le côté unidimensionnel de leurs rôles et la nullité des dialogues ne leur permettaient, de toute façon, aucun miracle. Disons qu’elles sauvent les meubles, ou du moins le peu qui peut l’être même si Seigner, peu concernée, se montre à plusieurs reprises tout simplement grotesque. Adrien Brody, pour sa part, se révèle embarrassant dans son rôle de policier incapable ayant évidemment subi un lourd traumatisme dans sa jeunesse : après avoir vu sa mère tuée par un dingue, le jeune garçon s’est vengé brutalement sous les yeux d’un flic compréhensif. Ce flashback sanglant à souhait achève de ruiner un métrage n’ayant, semble t’il, plus le moindre souci de vraisemblance et se contentant d’aligner les clichés les plus éculés.

Détenteur d’un Oscar pour LE PIANIASTE en 2003, Brody traverse donc le film d’un air absent, une clope au bec, en essayant de prendre l’air inspiré d’un vrai expert en psychologie criminelle mais reste surtout d’une médiocrité embarrassante. Pour ne rien arranger l’acteur incarne également (sous le pseudonyme en forme d’anagramme de Byron Deidra !) le tueur, Mr Giallo himself, dissimulé sous un lourd maquillage plus grotesque qu’effrayant et un bandana rouge lui donnant un air de Rambo sur le retour franchement incongru. Argento insiste lourdement sur la personnalité fort proche de ses deux protagonistes, renvoyant dos à dos le flic acharné et le maniaque, tous deux « travaillant » seuls et dans l’ombre afin d’exorciser les brimades vécues durant leurs jeunes années. Les deux visages d’une même pièce, aussi opposés et pourtant semblables que, disons, le Joker et Batman. Une symbolique peu originale mais toutefois intéressante, hélas ruinée par le manque d’intelligence du script et les gros sabots que chausse le cinéaste, peu aidé il est vrai par le jeu désastreux de Brody. Un beau gâchis pour une des rares idées vaguement intéressante pondue par les apprentis scénaristes !

Parmi les rares intérêts du film citons les maquillages gore du fidèle Sergio Stivaletti, lequel se laisse aller à quelques passages bien sanglants inspirés des récents excès du « torture porn ». Argento verse donc dans la violence outrancière et brutale mais ne retrouve jamais le climat de folie sanguinaire imprégnant ses meilleures œuvres, ni même le côté jusqu’au-boutisse du décrié et pourtant très divertissant MOTHER OF TEARS. Du gore banal qui saura contenter les nostalgiques (le côté rétro et vieille école des maquillages change agréablement des éclaboussures numériques des productions horrifiques récentes) mais ne pourra à lui seul justifier la vision de ce métrage d’une grande paresse. En dépit de ses innombrables faiblesses, GIALLO peut se prendre, au second degré, comme un hommage parodique et référentiel à la carrière de Dario Argento. On y aperçoit même un grand poster de JUNO (métrage dans lequel l’héroïne débat des mérites respectifs de SUSPIRIA et du WIZARD OF GORE de Hershell Gordon Lewis) afin d’accentuer encore cette impression de clin d’œil perpétuel.

La bêtise de l’intrigue et le ridicule de certaines situations, associé à des dialogues consternant, invite d’ailleurs les fans plus courageux (ou les plus aveuglés) du Maestro à ne voir en GIALLO qu’une aimable récréation humoristique. Malheureusement, la nullité sidérante du film n’engage guère à se montrer conciliant devant ce ratage dont on attendait pourtant beaucoup. Retour raté et hommage balourd au genre ayant assuré sa gloire, le long-métrage de Dario Argento se révèle malheureusement un échec cinglant et sans appel, une œuvre consternante et indéfendable, y compris pour les plus acharnés défenseurs du cinéaste. Triste et, quelque part, carrément pathétique !

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2010