L'INVASION DES ARAIGNEES GEANTES
Titre: The Giant Spider Invasion
Réalisateur: Bill Rebane
Interprètes: Steve Brodie

 

Barbara Hale
Robert Easton
Leslie Parrish
Alan Hale Jr.
Bill Williams
Kevin Brodie
Année: 1975
Genre: Science-fiction / Horreur
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Artisan besogneux de la série Z, Bill Rebane débute sa carrière en 1961 avec le catastrophique MONSTER A GO-GO, régulièrement classé dans les pires films de l’Histoire du cinéma. Inachevé, le métrage sera d’ailleurs complété et terminé par Hershell Gordon Lewis, le « gorefather » en personne qui le sortira finalement en 1965. Après ce « coup d’éclat », Bill Rebane devra attendre le milieu des seventies pour revenir à la mise en scène, livrant cinq films en autant d’années dont le plus célèbre, du moins auprès des cinéphiles déviants, reste cet effarant L’INVASION DES ARAIGNEES GEANTES.

Le scénario, complètement délirant, mélange sans vergogne la science-fiction à l’épouvante puisque l’apparition d’un trou noir provoque la chute de météorites sur terre. La plupart des corps célestes s’écrasent dans un bled du Wisconsin et un couple de fermiers pouilleux les ramène dans leur maison afin de les examiner. Bien leur en prend puisque, à l’intérieur, se trouve de magnifiques diamants. Hélas, les météores abritent aussi de grosses tarentules velues qui s’échappent dans la nature et commencent à grossir jusqu’à atteindre la taille…d’un camion !

Tourné pour un budget d’environ 250 000 dollars (ce qui, même en 1975, ne représentait pas grand-chose), L’INVASION DES ARAIGNEES GEANTES calque son scénario sur les classiques de la science-fiction horrifique des années ’50, à l’image de TARANTULA, DEADLY MANTIS ou DES MONSTRES ATTAQUENT LA VILLE. Malheureusement, les effets spéciaux ne suivent pas et s’avèrent complètement ratés, au point de provoquer le rire du spectateur effaré par la médiocrité des trucages employés.

Difficile de ne pas pouffer, en effet, devant l’aspect grotesque des arachnides, d’autant que Bill Rebane n’hésite jamais à les exposer en pleine lumière. Au lieu d’opter pour une salutaire suggestion, le cinéaste détaille son gros monstre pelucheux dans ses œuvres destructrices. La bête attaque une voiture, détruit une habitation pour tenter de s’emparer d’une victime terrorisée et perturbe même les festivités locales, effrayant un groupe de figurants se croyant sans doute dans un GODZILLA.

Dans les plans larges, l’araignée est, en réalité, une Coccinelle Volkswagen affublée de grosses pates vaguement articulée et de gros yeux globuleux. Hallucinant ! Bill Rebane, lui, tente de sauver les meubles et de terminer le métrage en dépit d’un tournage chaotique dont il s’est souvent plaint en interview. Hélas, les effets spéciaux ne fonctionnent pas, des plans importants doivent être sucrés faute de temps ou de moyens et le scénario doit être régulièrement réécrit, les deux scénaristes n’étant pas d’accord sur la direction générale à suivre. Richard L. Huff, en effet, imagine un vrai film d’horreur, sérieux et dramatique, tandis que Robert Easton, pour sa part, s’oriente vers une satire, auto-parodique et riche en dialogues décalés. L’opposition, jamais réglée, entre les deux points de vue aboutit, par conséquent, à un résultat hybride traversé de quelques répliques humoristiques (volontaires ou pas) comme les impayables théories scientifiques à propos des trous noirs.

Pourtant, malgré tous ces défauts, quelques scènes sont plutôt réussies, en particuliers durant la première moitié du métrage lorsque les araignées, encore de taille raisonnable, causent l’un ou l’autre frisson. Si l’intrigue n’innove jamais, elle retrouve parfois le charme suranné des séries B des fifties et permet ainsi aux nostalgiques de passer un relatif bon moment. La durée restreinte (environ 75 minutes hors générique) assure de son côté un rythme correct et évite les scènes de remplissage inutiles, permettant de se focaliser sur les nombreuses scènes d’attaques animales.

Loin du gros navet annoncé par beaucoup, L’INVASION DES ARAIGNEES GEANTES se rapproche bien davantage d’une plaisante série B, certes franchement nanar par moment mais, au final, rarement ennuyeuse. L’ensemble, situé dans une honnête moyenne, se regarde sans déplaisir, ce qui, étant donné le niveau actuel du « film d’agression animale » (illustré, principalement, par les téléfilms miteux de SyFy ou The Asylum), n’est déjà pas si mal. Sympathique.

 

Fred Pizzoferrato - Octobre 2012