GIOCHI EROTICI DI UNA FAMIGLIA PER BENE
Titre: Giochi erotici di una famiglia per bene
Réalisateur: Francesco Degli Espinosa
Interprètes: Donald O'Brien

 

Erika Blanc
Malisa Longo
Maria D'Incoronato
Gianni Pulone
Carla Mancini
 
Année: 1975
Genre: Giallo
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

Après son peu réputé western LES RAVAGEURS DE L’OUEST, Francesco Degli Espinosa propose pour son second (et dernier) long-métrage un giallo très classique. Seule véritable surprise : le cinéaste embrasse le courant « sexy giallo de machination » à une époque où le thriller à l’italienne se complaisait davantage dans les hécatombes sanglantes inspirées de Dario Argento.

Le professeur Riccardo Rossi rentre chez lui à l’improviste et découvre son épouse, Elisa, dans les bras de son amant. Ce-dernier parvient toutefois à s’enfuir sans que Riccardo ne puisse l’identifier. Blessé dans son orgueil et incapable de demander le divorce en regard de ses convictions politiques et morales (il milite d’ailleurs pour son interdiction !), Riccardo n’a d’autre choix que de supprimer son épouse. Pour ce faire, il l’emmène en voiture en vue d’une ballade romantique réconciliatrice au bord d’un lac mais, sur place, la drogue et jette son corps, enveloppée d’un sac, dans l’eau. Cependant, les jours suivants, Riccardo voit le spectre de sa femme décédée lui apparaitre tandis qu’un mystérieux barbu, vêtu d’un imperméable, l’épie. Incapable de rester seul, le meurtrier, brisé par la culpabilité, engage une prostituée, Eva, qu’il supplie de rester à ses côtés en échange d’une grosse rémunération…Mais les visions fantomatiques continuent et le poussent, peu à peu, vers la folie et le suicide.

Ecrit par le scénariste et metteur en scène Renato Polselli, bien connu des « bisseux » pour de sympathiques aberrations pelliculaires comme BLACK MAGIC RITES ou AU-DELA DU DESIR, ce petit thriller teinté d’érotisme trahit, une nouvelle fois, les emprunts effectués par les concepteurs de giallo aux œuvres de Boileau et Narcejac. En effet, GIOCHI EROTICI DI UNA FAMIGLIA PER BENE constitue un énième décalque des DIABOLIQUES et son scénario ménage donc peu de surprises pour les connaisseurs du genre.

Dès le départ, le spectateur réfute la thèse surnaturelle présentée à gros traits et flaire le coup classique de la machination visant à entrainer le principal protagoniste vers la folie et la mort. Difficile, dès lors, de ne pas rapidement deviner qui espionne notre assassin et, par conséquent, qui est l’instigateur de ce plan à la fois retors et invraisemblable pour le conduire au suicide.

Pourtant, GIOCHI EROTICI DI UNA FAMIGLIA PER BENE maintient l’attention et propose une suite de rebondissements en roue libre franchement réjouissants à condition de ne pas s’attarder sur leur manque de crédibilité. Quoique souvent brouillon et maladroit dans sa mise en scène, Francesco Degli Espinosa multiplie les fausses-pistes et parvient, peu à peu, à embrouiller un spectateur rarement dupe de ses ruses et astuces mais cependant agréablement diverti par cette intrigue biscornue à souhait.

Au rayon du casting, le cinéaste convoque quelques familiers du cinéma populaire de la Péninsule. La belle Erika Blanc (première incarnation d’Emmanuelle en 1969) a déjà fréquenté à maintes reprises le giallo, notamment via PLUS VENIMEUX QUE LE COBRA, SI DOUCES SI PERVERSE ou L’APPEL DE LA CHAIR. Pas de surprise, par conséquent, à la voir se dénuder dans un rôle de prostituée au grand cœur mais peut-être pas si innocente qu’elle n’y parait. A ses côtés, Malissa Longo dévoile, elle aussi, ses charmes de starlette du bis aperçue dans des perles de cinémathèque comme PRENEZ LA QUEUE COMME TOUT LE MONDE ou LA VIE SEXUELLE DE ROBINSON CRUSOE avant sa reconversion dans les naziexploitations made in Eurociné comme ELSA FRAULEIN SS et HELGA, LA LOUVE DE STILBERG.

A leurs côtés, outre la charmante mais peu connue Maria D'Incoronato, nous retrouvons une gueule familière du western spaghetti, Donald O’Brien (LE COLT ETAIT SON DIEU, KEOMA,…) ici reconverti en bourgeois aimant folâtrer avec sa désirable nièce. Le comédien fait, hélas, pâle figure comparé aux trois beautés précitées et manque de crédibilité et de tonus pour convaincre. Toutefois, cela n’empêche pas de prendre plaisir aux divers rebondissements distillés à intervalles réguliers.

En dépit d’un titre aguicheur, GIOCHI EROTICI DI UNA FAMIGLIA PER BENE reste malheureusement timoré au niveau de l’érotisme même s’il touche, de manière plus suggestive que frontale, au tabou de l’inceste ou aux amours saphiques. La durée restreinte (80 minutes !) permet, en outre, de garder un rythme soutenu qui évite de s’ennuyer et, surtout, de trop réfléchir aux situations improbables développées par le cinéaste.

Si le climax s’avère prévisible, tout comme l’habituelle conclusion cynique et moralisatrice déjà vue et revue dans d’innombrables « giallo » (où, on le sait à présent, le crime ne paie pas !), le long-métrage fonctionne efficacement et sans temps morts. Quoique très classique, GIOCHI EROTICI DI UNA FAMIGLIA PER BENE ne manque finalement pas d’attraits et se suit avec beaucoup de plaisirs.

A condition d’accepter les invraisemblances de son intrigue, le film se révèle divertissant, bien rythmé, sympathique, gentiment sexy et, en définitive, plaisant. Sans être un chef d’œuvre, on n’en attendait honnêtement pas autant de ce petit « sexy giallo » aujourd’hui oublié que les aficionados redécouvriront avec nostalgie.

 

Fred Pizzoferrato - Mars 2013