GODZILLA X MEGAGUIRUS
Titre: Gojira tai Megagirasu: Jî shômetsu sakusen
Réalisateur: Masaaki Tezuka
Interprètes: Misato Tanaka

 

Shôsuke Tanihara
Masatô Ibu
Yuriko Hoshi
 
 
 
Année:  2000
Genre: kaizu eiga / science-fiction
Pays:  Japon
Editeur  
Critique:

Après avoir assuré le poste d’assistant réalisateur sur les deuxième et troisième volets de la saga REBIRTH OF MOTHRA, Masaaki Tezuka accède au niveau supérieur en mettant en scène le plus célèbre des monstres géants dans ce GODZILLA X MEGAGUIRUS. La Toho en fut d’ailleurs suffisamment satisfaite pour lui confier les rênes de deux des épisodes suivants, à savoir GODZILLA X MECHAGODZILLA et GODZILLA TOKYO S.O.S.

La saga Godzilla, après une éclipse de 5 ans, était à cette époque entrée dans une nouvelle ère, celle des années 2000, avec le précédent épisode justement nommé GODZILLA MILLENIUM. Les films, enfin libérés des contraintes de la continuité, ne tenaient plus compte des 40 années d’évolution du Big G, officiellement mort lors de l’épisode commémoratif GODZILLA Vs DESTOROYAH, et chaque intervenant sur la saga peut donc livrer sa « vision » du plus célèbre monstre géant. Pourtant, en dépit de ces bonnes intentions, GODZILLA MILLENIUM avait déçu, tant d’un point de vue artistique que purement commercial.

Au lieu de continuer sur cette lancée, le vingt-quatrième film prend par conséquent une autre direction et propose une suite directe du GODZILLA originel de 1954. Fort logiquement, GODZILLA X MEGAGUIRUS commence par une reconstitution des attaques du monstre en 1954 puis s’affranchit de la pesante histoire du Lézard Atomique et oublie les métrages ultérieurs. Un pari osé mais sans doute nécessaire pour établir à nouveau le Big G comme une créature menaçante et redoutable.

Tous les métrages de la série « millenium » (ou « X »), furent ainsi pensés comme des relectures de la saga (un peu à la manière de la ligne de comics « Ultimates » chez Marvel) qui proposaient, à chaque fois, une suite alternative au premier film.

Depuis 1954, Godzilla menace le Japon pour en dévorer l’énergie nucléaire nécessaire à sa survie. Cependant, deux scientifiques se proposent de remplacer cette énergie par une nouvelle, jugée plus sécurisante et propre, le « plasma ». Mais en 1996, dans une vaine tentative de défendre Osaka, devenue la nouvelle capitale du pays après la destruction complète de Tokyo, l’armée se mesure une fois de plus au monstre vert. Ce dernier décime une bande de soldats chargé de l’arrêter et ne laisse qu’une seule survivante, Kiriko, laquelle développe une véritable haine à l’égard de Godzilla.

La jeune femme gravit les échelons et finit quelques années plus tard par diriger les G-Grapsers, à savoir la force d’intervention anti-Godzilla mise sur pied pour contrer les attaques de créatures géantes contre le Japon. Un jeune inventeur Hajime Kudo, est alors recruté pour aider les meilleurs scientifiques du pays à élaborer un nouveau plan qui vise à se débarrasser définitivement du monstre. L’idée consiste, carrément, à expédier le Big G. dans un trou noir artificiel. Malheureusement, l’expérience tourne mal et provoque l’irruption sur terre d’un étrange œuf extra-terrestre, lequel donne naissance à des centaines de libellules géantes agressives menées par le redoutable Megaguirus.

GODZILLA X MEGAGUIRUS constitue un spectacle très divertissant construit autour d’un scénario inventif et délirant qui rappelle les romans de science-fiction de gare des années 50. Tout un attirail désuet se trouve ainsi convoqué : une unité d’élite chargée de combattre les monstres géants, inspirée par la série télévisée « Les Sentinelles de l’Air », des savants un peu barges, des militaires patriotes et des armes improbables (un canon lanceur de trous noirs !).

Pour quiconque reste sensible au charme suranné de la science-fiction de grand-papa, ce joyeux foutoir se montre particulièrement plaisant. Mais, concession au modernisme et à l’époque actuelle, le métrage se développe à un rythme soutenu : passé la première heure, un peu languissante comme souvent dans la série, tout s’accélère pour culminer par un véritable festival d’explosions, de destructions massives et de combats de catch entre créatures géantes. Du grand spectacle !

Visuellement, GODZILLA X MEGAGUIRUS se révèle de toute beauté : les effets spéciaux sont de bonne qualité sans négliger l’aspect toc et bricolé qui donne à ses films une partie de leur charme naïf. Les Japonais semblent pourtant avoir rattrapé leur retard et mixent avec un égal bonheur les techniques antédiluviennes (figurant en costume, écran bleu, maquettes et modèles réduits) aux dernières innovations (images de synthèse) pour aboutir à un résultat très convaincant quoique toujours légèrement kitsch.

Situé la plupart du temps en plein jours les scènes de destruction sont, pour leur part, impressionnantes et les jolies maquettes se voient pulvérisées avec une énergie réjouissante. Godzilla retrouve, de son côté, une physionomie plus menaçante que précédemment et arbore une colonne dorsale surmontée de gigantesques piques, lesquelles rougeoient avant que le monstre ne crache son feu nucléaire. Superbe !

Loin de l’ami des enfants qu’il fut dans les années 70, Godzilla redevient ici une force de destruction massive, mais pas vraiment maléfique, mais impossible à stopper à l’image d’une catastrophe naturelle. Tel un cyclone ou un séisme, Big G dévaste tout ce qui se trouve sur son passage mais demeure « au-delà du bien et du mal », entre le gentil défenseur de la Terre et l’incarnation du péril atomique proposé par le premier film (et quelques autres ensuite). Une position entre deux chaises que l’on pourra juger, au choix, peu courageuse ou, au contraire, intéressante et qui tranche en tout cas avec le manichéisme de la majorité des épisodes de la saga.

Le combat final contre la libellule géante Megaguirus répond, lui, parfaitement à nos attentes et les deux énormes créatures se lancent dans un duel au finish tout à fait maîtrisé. Lorsqu’il affronte son adversaire volant, Godzilla ressemble véritablement à un lutteur en pleine démonstration de ses prouesses martiales et ne se prive pas de quelques coups et autres sauts hérités des jeux vidéo. Pas franchement réaliste (mais doit on attendre du réalisme d’un kaizu eiga ?), cette approche décomplexée reste divertissante au point qu’il ne manque que les commentaires enthousiastes d’un chauffeur de salle lançant le fameux « are you ready to rumble ? » cher aux fans de catch.

Du côté des humains le résultat se montre, malheureusement, moins novateur en proposant des personnages très stéréotypés, de la belle militaire avide de revanche à l’inventeur farfelu en passant par le gamin fasciné par le monstre. Rien de neuf mais il faudra s’en contenter, l’important étant définitivement ailleurs, à savoir dans les interventions des kaizu déchaînés.

En dépit de passages plus faibles et d’une poignée de longueurs, GODZILLA X MEGAGUIRUS délivre un spectacle jouissif qui comprend de belles scènes d’anthologie, en particulier la chevauchée de l’héroïne sur le dos de la bête en plein océan ! Un excellent divertissement populaire (dans le bon sens du terme) chaudement recommandé aux fans de Godzilla!

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2017