GODZILLA CONTRE GIGAN
(OBJECTIF TERRE - MISSION APOCALYPSE)
Titre: Godzilla Vs Gigan /
Chikyû kogeki meirei: Gojira tai Gaigan
Réalisateur: Jun Fukuda
Interprètes: Hiroshi Ishikawa

 

Yuriko Hishimi
Minoru Takashima
Tomoko Umeda
Toshiaki Nishizawa
Zan Fujita
Kunio Murai
Année: 1972
Genre: Kaiju Eiga / Science-fiction
Pays: Japon
Editeur  
Critique:

Sous ce titre fantaisiste et alarmiste de OBJECTIF TERRE – MISSION APOCALYPSE (tout autant que EXTERMINATION 2025 choisi pour l’exploitation vidéo) se cache en réalité le douzième volet de la saga « Godzilla », connu dans les pays anglo-saxons sous les titres de GODZILLA ON MONSTER ISLAND ou, plus simplement, de GODZILLA Vs GIGAN.

A l’image des autres métrages de la série signés Jun Fukuda ce OBJECTIF TERRE – MISSION APOCALYPSE s’oriente complètement vers un divertissement destiné au jeune public mais reste relativement agréable à suivre si on accepte ce postulat de base.

Le scénario de cette nouvelle aventure apporte peu de nouveauté puisque l’essentiel du script se veut une variante « remixée » des précédents épisodes et convie à nouveau de méchants extraterrestres décidés à conquérir la Terre en envoyant une bande de monstres de l’espace dévaster Tokyo. Pas très original, d’autant qu’une partie conséquente des séquences impliquant les différents Kaiju est également recyclée des métrages antérieurs, permettant d’économiser sur le budget sans doute restreint. Une pratique moins flagrante que pour le désastreux GODZILLA’s REVENGE mais toujours désagréable pour les connaisseurs coutumiers de films du Big G.

Le scénario introduit tout d’abord le personnage de Gengo Kotaka, dessinateur de manga désireux de vendre une nouvelle bande dessinée consacrée à des monstres géants de son invention, qu’il baptise Shukura et Mamagon. Ni son éditeur ni sa copine, Tomoko Tomoe, accessoirement ceinture noire de karaté, ne semblent particulièrement impressionnés par les créations de Gengo mais ce-dernier croit en son talent. Néanmoins, il accepte un emploi « alimentaire » dans un parc d’attraction consacré aux Kaiju qui doit s’ouvrir prochainement, le Royaume des Enfants.

L’attraction principale de ce parc thématique est une immense tour attaquée par une réplique en plastique de Godzilla. Le patron du Royaume des Enfants, Kotaka, souhaite y créer un musée consacré à tous les monstres afin de promouvoir la paix auprès des enfants. Gengo accepte d’y travailler et rencontre rapidement une jeune demoiselle plutôt baba cool qui s’enfuit des bureaux de la compagnie en abandonnant derrière elle une bande magnétique volée à son patron. La mignonne se nomme Michiko Shima et, avec son ami Shasaku, elle recherche son frère disparu alors qu’il travaillait au Royaume des Enfants. Etrange, isn’it ? Bref, l’enquête conduit finalement Gengo, Michiko et Shasaku à la vérité : les dirigeants du Royaume des Enfants sont en réalités de méchants envahisseurs venus de l’espace souhaitant imposer leur vision de la paix planétaire aux terriens. La vraie apparence des aliens est celle de cafards géants, les seuls survivants d’une planète détruite par la pollution.

Affirmant que la Terre connaîtra sous peu un sort similaire, les extraterrestres décident de la conquérir et le Royaume des Enfants camoufle leur base principale. Pour dominer la planète, les aliens utilisent deux monstres, le bien connu King Ghidorah et le très hargneux Gigan, qu’ils contrôlent à l’aide de bandes magnétiques…Ils doivent donc récupérer celle volée par Machiko mais, celle-ci, après avoir joué la bande, appelle sans le vouloir Godzilla et Angiras, jusque là tranquille sur l’Île des Monstres. Les aliens décident alors de s’occuper des deux défenseurs de la Terre en leur envoyant Ghidorah et Gigan…

OBJECTIF TERRE – MISSION APOCALYPSE déroule cette intrigue en apparence simple et linéaire mais en réalité complexe et pas vraiment cohérente, la plupart des séquences n’ayant tout simplement aucun sens et encore moins d’intérêt. Reprenant de larges pans des scripts de GHIDRAH THE THREE HEADED MONSTER, INVASION PLANETE X et LES ENVAHISSEURS ATTAQUENT, le film met évidemment en vedette le kaiju favori des fans, le dragon extraterrestre tricéphale KING GHIDORAH. Une décision doublement commerciale puisque la présence du monstre contente les aficionados et rend possible l’utilisation de passages entiers des précédents métrages. Gigan, pour sa part, se présente comme le sommet du kaiju décomplexé et se refuse à toute vraisemblance en optant pour un look délirant. Sorte de dinosaure à demi cybernétique, Gigan possède en effet un crane d’oiseau cornu pourvu d’un œil unique et d’un bec menaçant, de petites ailes et, surtout, une scie circulaire dépassant de son abdomen. Le monstre sera fort apprécié du public et reviendra dès l’année suivante dans l’effarant GODZILLA Vs MEGALON puis, bien plus tard (et armé de tronçonneuses !) dans l’ultime GODZILLA FINAL WARS.

Si la première partie de ce OBJECTIF TERRE – MISSION APOCALYPSE procure seulement un tenace sentiment d’ennui, les quarante minutes suivantes redressent largement la barre en offrant un spectacle certes abrutissant mais également divertissant. En effet, l’action ne faiblit guère durant cette seconde moitié quasiment entièrement consacrée à des combats proches du catch où les 4 monstres, par équipes de deux, s’affrontent dans une sorte de ring naturel. Godzilla et Angiras auront ainsi beaucoup de difficultés à triompher de leurs ennemis, le pauvre Big G versant même pas mal de sang dans la bagarre.

Les rares passages impliquant les humains, durant cette seconde moitié du métrage, se révèlent, pour leur part, ridicules et ne possèdent pas la moindre crédibilité. Une bonne partie du temps de projection se voit en outre occupé par d’interminables et inutiles parlottes, le comble étant atteint lorsque les aliens dévoilent leurs plans de conquête en diffusant un petit film documentaire tourné pour l’occasion.

Comme, au début des années ’70, les arts martiaux sont à la mode nous avons cependant droit à quelques combats de karaté prudemment chorégraphiés permettant à la copine du héros de démontrer ses talents en mettant au tapis l’un ou l’autre méchant. Notons que les trop nombreuses sous-intrigues débutées durant ces trois premiers quart d’heure ne trouveront, pour la plupart, aucune conclusion, comme si les scénaristes avaient simplement décidés d’occuper un maximum de temps avant de placer réellement les monstres au cœur de l’histoire.

Le plan général des aliens parait d’ailleurs moisi dès le départ et à peine moins stupides que celui de leurs homologues de PLAN 9 FROM OUTER SPACE. L’idée d’une race extraterrestre conquérante voulant dominer une planète entière à l’aide de deux monstres géant caoutchouteux est de toute façon « too much » pour posséder la moindre vraisemblance alors autant se limiter à l’essentiel, à savoir les nombreux combats spectaculaires.

Hélas, les séquences de destructions massives attendues par les fans sont bien présentes mais l’inclusion de trop nombreux stock-shots provenant des métrages antérieurs en atténue l’impact tant l’impression de déjà vu se fait sentir chez les habitués de la saga. Néanmoins, les explosions sont effectives et les maquettes mises en pièces par les monstres sont relativement jolies. Dommage que le King Ghidorah utilisé pour ce OBJECTIF TERRE – MISSION APOCALYPSE ne puisse soutenir la comparaison avec celui des précédents épisodes, entrainant une impression de bâclage, la taille et la morphologie du monstre changeant d’une scène à une autre.

De la même façon, la bande sonore recycle les thèmes musicaux d’une demi-douzaine d’autres films japonais, aucune nouvelle composition n’illustrant le métrage ! Toutefois, l’effet est quasi indiscernable tant les musiques s’avèrent utilisées avec à propos et seuls les spécialistes du kaiju pourront éventer la supercherie.

Autre motif d’étonnement : les monstres terriens ont acquis la capacité de parler, une nouvelle preuve des souhaits des producteurs de s’adresser au public le plus jeune et le plus large possible.

Au final OBJECTIF TERRE – MISSION APOCALYPSE apparaît comme un exemple du déclin d’une saga minée par les redites et les trop nombreuses séquences et intrigues recyclés des précédents volets. Toutefois, après avoir subi le mongoloïde LA PLANETE DES MONSTRES, ce kaiju délirant se révèle sympathique et agréable à suivre. Loin en deçà des grandes réussites des années ’50 et ’60 mais au-dessus du panier des pénibles années ’70 et bien plus distrayant que son quasi remake tourné l’année suivante, l’atterrant GODZILLA CONTRE MEGALON.

A réserver aux inconditionnels du kaiju ou, au contraire, à ceux qui ne connaissent pas la saga et souhaite débuter par un film familial et sans prétention typique de son époque.

 

Fred Pizzoferrato - Décembre 2010