GODZILLA CONTRE HEDORAH
Titre: Gojira tai Hedorâ
Réalisateur: Yoshimitsu Banno
Interprètes: Akira Yamauchi

 

Toshie Kimura
Hiroyuki Kawase
Keiko Mari
Toshio Shiba
Yukihiko Gondô
Eisaburo Komatsu
Année: 1971
Genre: Kaiju Eiga / Science-Fiction
Pays: Japon
Editeur  
Critique:

Typique de son époque, le début des seventies, GODZILLA Vs HEDORAH reste sans aucun doute un épisode à part dans la longue saga Godzilla. Ce onzième volet, tenté par un psychédélisme « peace and love » délicieusement suranné, joue en effet la carte de l’écologie avant que le sujet ne soit véritablement à la mode. Au début des années ’70 la saga consacrée au Big G cherche un peu à se renouveler, les cinéastes choisissant la voie de l’infantilisme (LE FILS DE GODZILLA) ou la surenchère de combats de monstres (LES ENVAHISSEURS ATTAQUENT). Jun Fukuda emmènera ensuite la série dans d’absurdes nanars voyant le lézard nucléaire s’opposer à des robots géants (GODZILLA Vs GIGAN ou GODZILLA Vs MEGALON) avant un ultime tour de piste de Inoshiro Honda introduisant le fameux MechaGodzilla.

Aussi kitsch qu’il puisse paraître, GODZILLA Vs HEDORAH constitue donc la dernière tentative (avant le remake du premier film sorti en 1985) d’adopter un ton sérieux et sombre en confrontant le monstre né de l’atome à une créature issue de la pollution. Malade durant la préparation du métrage, le producteur Tomoyuki Tanaka fut parait il estomaqué par le résultat et fortement énervé par la réalisation du débutant Yoshimitsu Banno dont se fut l’unique incursion dans le domaine du Kaiju Eiga. En fait, Banno ne tourna plus ensuite que NINJA THE WONDER BOY en 1979, son troisième et dernier film.

Le scénario de GODZILLA Vs HEDORAG, assez classique, fourmille pourtant d’idées bizarres et divertissantes. La famille Yano vit paisiblement au bord de l’océan. Le père exerce le métier de biologiste marin tandis que son épouse élève leur enfant âgé d’une dizaine d’années, Ken. Un jour, un pêcheur apporte au professeur Yano une petite créature ressemblant à un têtard mais vivant en eaux salées. Intrigué, le professeur et son fils découvrent sur le rivage d’autres bestioles capables de lancer de l’acide. Ken baptise cette espèce Hedorah…

Or des milliards de ces minuscules formes de vie se sont à présent assemblées pour créer une gigantesque créature, un monstre venu d’une lointaine galaxie et se nourrissant de la pollution pour gagner en puissance. Néanmoins, devant la menace qu’Hedorah fait peser sur le Japon, l’arrivée de Godzilla semble inévitable et le Roi des Monstres parvient à repousser son adversaire même si aucun vainqueur ne se dégage clairement de cet affrontement titanesque. Il ne s’écoule que peu de temps avant que Hedorah ne revienne à la charge, adoptant cette fois une nouvelle forme qui lui permet de voler et d’émettre des gaz toxiques tuant les humains et décomposant les matériaux. Ken suggère alors à son père d’utiliser l’électricité pour détruire un Hedorah de plus en plus gigantesque mais ce plan audacieux fonctionnera t’il ?

Profondément schizophrène, GODZILLA Vs HEDORAH met au premier plan un enfant fan de Godzilla (mais qui souligne que Superman battrait tous les kaiju !) qui sera le premier à nommer son adversaire, appelé Hedorah, une créature venue d’une galaxie éloignée incarnant la nature courroucée face à la pollution humaine. Pourtant, en dépit de l’infantilisme agaçant de nombreuses séquences, jamais, depuis le GODZILLA original, un Kaizj Eiga n’avait bénéficié d’un message sous-textuel aussi fort et aussi clairement énoncé, le cinéaste ayant remplacé la peur de l’atome par celle d’une pollution susceptible d’éradiquer toute forme de vie terrestre. Le cinéaste montre ainsi les ravages causés par le monstre (nuage toxique, explosion d’usines,…) et souligne que les affrontements entre Hedorah et le Big G font des dizaines de morts, ce que les derniers Kaiju occultaient complètement !

Banno se permet également des séquences quasiment horrifiques rappelant THE BLOB en filmant de pauvres humains cernés par une sorte de boue noire mortelle émanant du monstrueux Hedorah, sans oublier des cadavres décomposés et rongés jusqu’à l’os. Un présentateur télévisé nous apprend alors que 1600 personnes ont péri et que plus de 30 000 sont blessées…Bref, un contraste assez déstabilisant pour un film normalement destiné aux enfants et hésitant de manière surprenante sur le ton à adopter.

Le cinéaste utilise aussi de brèves séquences animées explicatives à l’imagerie naïves pour nous expliquer les raisons de l’existence d’Hedorah, lequel ne fera que grandir et prendre de la puissance si les humains n’arrêtent pas immédiatement de polluer la planète. « Hedorah a déjà gagné puisque tout produit de la pollution » nous dit on d’ailleurs sentencieusement. GODZILLA Vs HEDORAH se permet encore quelques scènes uniques, comme par exemple un rassemblement d’une centaine de hippies venus danser au son de guitares électriques saturées pour protester contre la pollution et « utiliser leur énergie pour une bonne cause ».

Godzilla lui-même, totalement assimilé à un super-héros défenseur des opprimés, utilise pour sa part son feu nucléaire pour s’élever dans les airs et voler à la poursuite de son adversaire. Notons également des passages où les protagonistes hallucinent sous l’influence de drogues, des séquences dansées et des chansons « à texte » disséminée dans un métrage déstabilisant.

Bref, un joyeux foutoir, accentué par une musique aux accents parfois funky, ou influencée par le western spaghetti voire même par le folklore et la « musique de cirque » (!), laquelle parait de prime abord totalement inappropriée mais finit par produire son petit effet hypnotique. Handicapé par un budget restreint obligeant le cinéaste à situer la plupart des combats de nuit et dans des zones inhabitées (les transparences sont en outre fort visibles !), GODZILLA Vs HEDORAH reste toutefois une petite bouffée de fraicheur (ou de puanteur vu le look du monstre en question) au sein d’une saga sclérosée par ses propres conventions.

Inclut dans la liste de Harry Medved « The 50 worst movie of all time » (au côté de LA MALEDICTION, APPORTEZ MOI LA TÊTE D’ALFREDO GARCIA ou même 747 EN PERIL, ce qui atténue la crédibilité de l’ouvrage !) et souvent considéré comme le pire épisode de la saga, GODZILLA Vs HEDORAH se revoit aujourd’hui avec plaisir et ses innovations surprenantes et déroutantes offrent une agréable alternative aux routinières confrontations entre monstres dans laquelle la série s’est rapidement embourbée.

Un épisode mémorable et divertissant !

 

Fred Pizzoferrato - Août 2016